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Encadré 5 Tanzanie: les handicapés sont bienvenus à l'écoleLe plus beau jour de la vie de Martina Mukali fut celui où ses parents lui ont annoncé qu'elle pourrait aller à l'école. Alors âgée de huit ans, Martina a fait avec sa mère infirmière un voyage de 200 km, depuis sa maison dans la région de Morogoro jusqu'à la capitale, Dar es-Salaam, pour entrer à l'école primaire Uhuru Mchanganyiko. En Tanzanie, près d'un tiers des enfants en âge de fréquenter l'école primaire ne sont pas scolarisés. Pour Martina, qui est née aveugle, cette chance était vraiment la réalisation d'un rêve.
Fondée en 1921, l'école primaire Uhuru Mchanganyiko est l'une des plus anciennes du pays et la première à accepter des enfants handicapés avec d'autres enfants, dans les cours et pour toutes les activités annexes. Sur les 1200 élèves actuels, il y a 62 aveugles, 11 sourds et aveugles et 55 souffrant d'arriération mentale. Comme les autres élèves aveugles, Martina loge à l'école; elle passe les week-ends et les vacances chez une de ses soeurs, qui habite Dar es-Salaam. Dans les pays en développement, il est difficile aux enfants atteints de handicaps physiques et mentaux de surmonter les obstacles qui s'opposent à leur éducation. D'après l'UNESCO, moins de 1% des enfants ayant des besoins spéciaux réussissent à entrer dans les systèmes éducatifs de ces pays. Les enfants vivant dans les zones rurales sont les plus mal lotis. En Tanzanie, l'enseignement n'est pas gratuit - les élèves doivent verser des droits de scolarité et acheter uniformes, cahiers et autres fournitures - même si les principales dépenses engagées pour la scolarité des enfants handicapés sont assumées par l'Etat, qui prend en charge les frais de pension, de scolarité, les dépenses médicales et les fournitures scolaires pour tous ceux qui ne sont pas originaires de Dar es-Salaam. Martina, qui a aujourd'hui 17 ans, a bien mieux réussi que beaucoup de ses camarades voyants. Ses compagnons de classe l'aident à circuler dans le campus, elle lit et écrit en braille et adore chanter. Elle affirme: «Je peux faire tout ce que vous faites sauf la cuisine, et c'est seulement parce que personne n'a pris la peine de me l'apprendre!» Son amour de la vie et sa soif de connaissance sont contagieux et inspirent ses camarades et tous ceux qui la rencontrent.
A l'école primaire Uhuru Mchanganyiko, les élèves aveugles sont intégrés à partir de la troisième année. Avant de commencer les cours ordinaires, on leur apprend à s'orienter dans le campus de l'école - dortoirs, classes et terrains de jeu - et on leur enseigne les symboles mathématiques, les éléments du braille ainsi que certaines compétences essentielles comme l'hygiène et les soins personnels. Huit enseignants spécialisés et huit enseignants aveugles, eux-mêmes diplômés de l'école primaire Uhuru Mchanganyiko, travaillent avec les professeurs d'histoire, de géographie et d'études sociales, préparent le matériel en braille et le dictent aux élèves. Les textes pédagogiques en braille sont produits dans une imprimerie locale. Les élèves qui ont besoin de soutien peuvent fréquenter des classes spéciales après les heures de cours normales. Quatre des élèves aveugles et sourds vivent sur le campus de l'école. Les sept autres habitent chez eux, et des enseignants spécialement formés travaillent avec leurs parents et d'autres membres de la famille afin d'améliorer la communication et l'interaction avec ces enfants. Un élève sur cinq - et la majorité des élèves handicapés - inscrits à l'école primaire Uhuru Mchanganyiko entre à l'école secondaire. Beaucoup d'élèves trouvent du travail ou se lancent dans le commerce à leur sortie de l'école primaire. Une formation professionnelle pratique en menuiserie, maçonnerie et briqueterie est d'ailleurs proposée aux garçons et aux filles à la fin de leurs études primaires. Kenny Lugenge, jeune handicapé mental de 15 ans, qui vit avec sa mère, vendeuse d'oignons à Dar es-Salaam, réussit bien en menuiserie. Quand il est arrivé à l'école il y a cinq ans, il ignorait tout de l'hygiène de base et ne savait pas communiquer avec d'autres enfants. Aujourd'hui, il a des relations avec ses camarades et il est capable de fabriquer des lits, des étagères, des armoires. Son ami Hussain Ali, qui a aussi 15 ans et présente un handicap mental, a maîtrisé les notions de base en mathématiques et en éducation civique et il a atteint le niveau de lecture de la deuxième année d'enseignement. Hussain apprend la maçonnerie. Ces résultats remarquables sont obtenus malgré de très maigres ressources. L'équipement des dortoirs de l'école Uhuru Mchanganyiko est rudimentaire, et il n'y a pas de personnel spécialisé à demeure pour s'occuper des enfants aveugles, et aveugles et sourds. Il n'y a pas assez de matériel didactique, de mobilier pour les classes, ni de fournitures et équipements de formation professionnelle. L'école parvient néanmoins à mobiliser l'appui de la communauté. Des plans prévoient de faire participer les parents et la communauté aux activités de collecte de fonds, de sensibiliser le public au sort des handicapés et de commercialiser les produits fabriqués par les élèves, à qui iront directement les recettes. |