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Encadré 4 Thaïlande: des ordinateurs d'occasion, une vision nouvelleSomjai est en troisième année d'une école primaire, dans le nord-est de la Thaïlande. Elle avait fait des progrès réguliers en première année, mais son niveau a baissé en deuxième année, et ses notes de compositions sont devenues mauvaises
Aujourd'hui, cette chute se poursuivant, son institutrice a consulté une fiche informatisée de renseignements scolaires concernant Somjai. Elle y apprend que la fillette a été fréquemment absente pendant sa deuxième année, qu'elle se rend rarement au dispensaire malgré son mauvais état nutritionnel, qu'elle a trois jeunes frères et soeurs et que sa mère, divorcée, travaille. L'enseignante décide de rendre visite à la mère afin de voir si Somjai manque l'école pour s'occuper des plus petits pendant que sa mère travaille. Si c'était le cas, elle suggérera à cette dernière d'envoyer ses enfants à la garderie communautaire, ou elle persuadera les autorités scolaires de prendre contact avec les fonctionnaires locaux pour lancer un projet d'activités rémunératrices au profit de la communauté. Le cas de Somjai montre bien comment fonctionne le CHILD (Children's Integrated Learning and Development Project: Projet intégré d'apprentissage et de développement des enfants), qui a démarré lorsque le directeur d'une petite école primaire rurale de la région a décidé que ses 150 élèves devaient avoir accès à un ordinateur. Il a donc écrit à l'Institut de la nutrition de l'université Mahidol pour demander si l'on connaissait quelqu'un disposé à donner un ordinateur. Il a expliqué que l'appareil ne serait pas seulement utilisé en classe et pour l'administration de l'école, mais qu'il permettrait aussi de connaître les changements et les influences dans la communauté dont étaient issus les élèves.
Cette modeste demande d'un ordinateur d'occasion a non seulement abouti à la création d'un réseau d'ordinateurs dans les écoles rurales de Thaïlande, mais elle s'est transformée en un exemple dynamique et original de mise en oeuvre des droits de l'enfant. Lancé dans deux écoles d'une province en janvier 1997, le projet CHILD s'est étendu, en l'espace d'une année, à 25 écoles, 38 communautés et quelque 3000 enfants. Le projet, géré par l'université Mahidol avec l'appui de l'UNICEF, a mis sur pied un système d'alerte précoce qui associe indicateurs scolaires et communautaires afin d'aider tous les élèves à réaliser au mieux leur potentiel d'apprentissage - en particulier ceux qui présentent des besoins éducatifs spéciaux. Les écoles établissent donc pour chaque enfant une fiche de renseignements scolaires comprenant des facteurs sociaux et familiaux qui peuvent avoir une incidence sur l'apprentissage de l'enfant. Les enseignants et les communautés peuvent ensuite s'y référer pour prendre des décisions mieux documentées et proposer des actions de manière intégrée et globale. L'expansion immédiate du projet témoigne de son succès. Son développement rapide a également entraîné des changements d'optique pour répondre à la diversité des conditions sociales des nouvelles écoles et communautés. Par exemple, dans plusieurs communautés, la malnutrition protéino-énergétique, les troubles dus à une carence en iode ou l'anémie ferriprive menaçaient la santé des enfants et donc leur capacité de fréquenter l'école. Dans d'autres communautés, où les parents migrent à la recherche de travail, un nombre croissant d'enfants sont confiés aux grands-parents qui connaissent mal les soins de santé modernes. Se concentrer sur les seuls résultats scolaires des enfants s'est donc révélé insuffisant pour faciliter leur apprentissage. C'est pourquoi le projet CHILD a redéfini ses objectifs pour y intégrer la défense et la protection des droits de l'enfant, conformément à la Convention relative aux droits de l'enfant. Cette conception pratique et globale des droits de l'enfant permet aux communautés de mieux percevoir les relations entre les mauvais résultats scolaires et la santé, la nutrition et d'autres facteurs extérieurs à l'école. En conséquence, les communautés participent désormais plus activement à leur développement et à celui de leurs enfants. Elles entreprennent un vaste éventail d'activités pour élargir l'accès des enfants à l'enseignement primaire et secondaire, relever la qualité des repas scolaires, et améliorer l'approvisionnement en eau et les conditions d'assainissement. En outre, des communautés créent des garderies et des centres de formation professionnelle pour les jeunes qui reviennent dans leur village par suite de la récente crise économique et financière frappant l'ensemble de la région. |