La situation des enfants dans le monde 1999: Education
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Encadré 3 Tunisie: un apprentissage fondé sur les compétences

Une mosquée blanche, au bord de la route, avec un nid de cigognes sur le minaret. En bas, deux enfants attachent les ânes qui les ont amenés à l'école, dans le paisible village de Mahjouba, au nord-ouest de la Tunisie. La cour de l'école bruisse du chant des oiseaux nichés dans les amandiers et les abricotiers qui ombragent un potager et des cabanes à lapins. Sur la droite, cinq salles de classe aux murs décorés de vastes fresques peintes par les enfants. Sur la gauche, une grande salle polyvalente abrite une bibliothèque scolaire et les différentes activités extrascolaires - une pièce fondamentale dans une école où les élèves doivent utiliser les salles de classe à tour de rôle.

L'école de Mahjouba est un exemple type du projet intégré de développement scolaire lancé en 1992 dans le gouvernorat d'El Kef, à la frontière algérienne. Plus de 40% des habitants de la région sont analphabètes et plus de 10% vivent dans la pauvreté absolue. Le projet visait d'abord à renforcer les résultats de 30 écoles rurales d'El Kef en améliorant les méthodes d'enseignement, tout en développant l'infrastructure (construction de murs d'enceinte et de pièces polyvalentes, par exemple), en fournissant de l'eau potable et en plantant des potagers ou des vergers pour donner aux élèves des occasions d'apprentissage. Les méthodes expérimentées par Mahjouba et d'autres écoles d'El Kef ont donné de si bons résultats qu'elles ont été introduites dans 475 écoles primaires de tout le pays.

Ce projet, conçu par un comité directeur national d'experts de l'UNICEF et du ministère de l'Education, est appelé «enseignement axé sur les compétences». Cette expression désigne un système visant les aptitudes ou «compétences» que les enfants devraient pouvoir acquérir et sur lesquelles sont fondés l'enseignement, le rattrapage et l'évaluation. Les enseignants effectuent des contrôles réguliers afin de déterminer quelles compétences ont été acquises par les enfants et quels domaines nécessitent une attention particulière de leur part.

Dans de nombreuses régions du monde, l'enseignement repose sur des postulats et, trop souvent, le manque de compréhension et de préparation ne se manifeste que lors des examens de fin d'année; beaucoup d'élèves doivent redoubler parce que leurs problèmes n'ont pas été reconnus assez tôt. Les résultats d'El Kef sont encore préliminaires, mais néanmoins encourageants: le taux de passage à la fin de la sixième année est monté de 46% en 1991 à 62% en 1997.

Des réponses inattendues qui auraient autrefois valu à l'élève un coup de règle sur les doigts sont maintenant considérées par les enseignants comme une étape normale du processus d'apprentissage, ces mauvaises réponses pouvant même être utilisées pour évaluer les résultats de l'enseignement.

Samir Elaïd, qui enseigne à l'école de Mahjouba depuis 1987, est catégorique. Les résultats scolaires sont là pour prouver le bien-fondé du système: il y a trois ans, 10 des 30 élèves de sa classe de troisième année avaient dû redoubler, contre 4 seulement en 1998.

Abdallah Melki, principal de l'école, est un autre converti. Au début, cet homme de 50 ans au visage souriant nourrissait une certaine méfiance à l'égard des nouvelles méthodes, mais il est maintenant convaincu de leur efficacité, particulièrement pour les élèves en difficulté. Son seul regret est que l'approche fondée sur les compétences se soit jusqu'à présent limitée à trois disciplines: l'arabe, le français et les mathématiques, et à partir de l'année scolaire 1998-99, les sciences.

L'école de Mahjouba a également été une pionnière pour trois autres innovations. Dans la première, les élèves concluent avec l'enseignant un contrat sur le travail à accomplir pendant un laps de temps donné: par exemple deux pages d'orthographe et une de mathématiques pour la prochaine semaine. Les enseignants d'El Kef ont constaté que ce pacte aidait les enfants à se sentir plus responsables de leur propre apprentissage.

La deuxième innovation consiste à diviser la classe en groupes de trois ou quatre enfants. Les élèves travaillent individuellement sur la même tâche, puis ils parlent de leurs résultats et présentent une réponse commune. Dans une légère variante de ce système, les groupes sont composés d'élèves de différents niveaux qui travaillent ensemble et s'entraident.

La troisième nouveauté est la pratique du «tutorat» dans lequel les bons élèves dispensent conseils et explications à leurs camarades plus faibles. A l'école de Mahjouba, par exemple, Wahida aide son amie Hanene, ravie de ce soutien. Hanene a choisi elle-même Wahida comme «professeur particulier» car elles sont amies et font chaque matin le chemin de l'école ensemble. Quant à Wahida, elle trouve ses études beaucoup plus intéressantes et elle les comprend mieux depuis que son enseignant évalue régulièrement ses progrès.

 

 
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