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Encadré 1 Une région en transition: l'éducation en chute libreDes classes remplies d'enfants aux yeux brillants, partout, des régions industrialisées d'Europe orientale jusqu'aux steppes yakoutes d'Asie centrale. La propagande soviétique nous avait habitués à s es innombrables images, mais celle-là est l'une des rares à avoir reflété la réalité. Les pays communistes atteignaient effectivement des niveaux enviables d'accès à l'enseignement. La scolarisation des enfants de 6 à 14 ans était à peu près universelle, pour les filles comme pour les garçons.
Certes, la qualité de l'é ducation laissait quelquefois beaucoup à désirer: l'enseignement, souvent rigide et autoritaire, visait à inculquer des faits plutôt qu'à développer chez l'enfant une pensée créative - il n'en demeure pas moins que la quasi-totalité des enfants allaient à l'école. C'était là pour de nombreux pays une base solide. Dans la troisième étude internationale sur les mathématiques et les sciences, une enquête internationale menée en 1995 pour évaluer les résultats de l'apprentissage chez les enfants de 13 ans, la Fédération de Russie, la Hongrie, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie se trouvaient classées avant la plupart des grands pays occidentaux. Alors que beaucoup de systèmes, en Europe centrale notamment, continuent d'assurer aux enfants une scolarité de qualité, un déclin est signalé dans d'autres pays de la région. Le passage à l'économie de marché aurait pu être l'occasion pour ces Etats de tirer le meilleur parti de l'ancien système d'éducation tout en rejetant le pire. Au lieu de cela, de nombreux enfants reçoivent aujourd'hui un enseignement inférieur à celui qu'ont eu leurs aînés. Le changement économique et politique qui a accompag né la transition vers l'économie de marché a parfois été brutal. De nombreux Etats ont dû se construire ou se reconstruire. La région compte maintenant 27 pays, contre huit seulement à la fin des années 80. Presque partout, le produit intérieur brut (PIB ) est inférieur - et souvent très nettement - aux niveaux de 1989; les moindres recettes de l'Etat e t les inégalités croissantes entre les riches et les pauvres compromettent dans certains pays l'organisation publique de l'éducation et l'aptitude des familles à faire face aux frais de scolarité.
Dans d'autres pays, la transition a été marquée par la guerre civile, notamment en Arménie, en Azerbaïdjan, en Géorgie, au Tadjikistan et en ex-Yougoslavie. L'héritage éducatif y a été mis en pièces - pendant le conflit, les enfants de Bosnie-Herzégovine qui avaient la chance d'être scolarisés se relayaient pour aller à l'école à tour de rôle; les enseignants manquaient de matériel et travaillaient souvent dans l'obscurité et sans chauffage. Un récent rapport du Centre international UNICEF pour le développement de l'enfant à Florence (Italie) documente de manière graphique le déclin de l'éducation dans les bouleversements provoqués par le passage à l'économie de marché:
Le tableau n'est pas simplement celui d'un déclin généralisé, mais aussi celui d'une réapparition des inégalités, car les familles pauvres se trouvent moins capables de financer l'éducation de leurs enfants, et les écoliers des zones ruralesou issus de minorités ethniques sont particulièrement touchés. Si le fossé de l'éducation s'est élargi de manière inquiétante entre les riches et les pauvres au sein des pays, il s'élargit de même entre les pays d'Europe centrale et orientale d'une part, et ceux du Caucase et d'Asie centrale d'autre part. Ainsi, en Asie centrale, les prestations de l'éducation ont suivi une spirale descendante pour atteindre des niveaux jamais enregistrés en une génération, alors que beaucoup d'autres pays ont aussi de graves motifs d'inquiétude. La transition d'une économie planifiée à une économie de marché a des répercussions sociales graves, trop souvent oubliées, comme si seule l'économie comptait. L'histoire de l'éducation dans les années 90, depuis la Slovaquie jusqu'en Sibérie, montre de toute évidence que le monde oublie trop souvent la dimension sociale. |