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Le capital humainBien qu'il y ait stagnation en ce qui concerne l'allégement de la dette, l'ordre du jour économique international devrait changer de manière perceptible. Après avoir maintenu près de 20 ans le développement humain en arrière de la mondialisation et de l'ajustement structurel, peut-être allons-nous voir s'ouvrir l'ère de l'investissement dans «le capital humain et social» qui facilitera considérablement la diffusion dans le monde entier de la révolution de l'éducation. Le «consensus de Washington», opéré grâce au plaidoyer commun de la Banque mondiale et du FMI - qui avait donné un traitement de choc à la stabilisation économique et insisté sur la minimalisation du rôle de l'Etat - est aujourd'hui soumis à réexamen. Pour Joseph Stiglitz, principal vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale, le consensus de Washington est incomplet du fait qu'il ne reconnaît pas que la privatisation n'est pas la seule clef du bien-être économique. La création de marchés compétitifs est tout aussi importante; l'Etat peut et doit jouer un rôle de premier plan dans la promotion d'une croissance économique à long terme 25. Pour assurer cette croissance, les sociétés doivent garantir l'équité sociale, car les conditions sociales influent directement sur la santé des marchés. Il est donc dans l'intérêt de tous, de la croissance économique, de la stabilité sociale et de l'Etat lui-même de réglementer les marchés et l'économie intérieure, et d'établir des normes dans des secteurs comme la sécurité des produits, l'environnement ou la protection du consommateur. Dans ce contexte, l'éducation joue un rôle «critique», car pour maintenir des marchés compétitifs et une démocratie viable, une population instruite est une condition essentielle. Parmi les pays en proie à la crise économique, ceux qui ont investi dans l'éducation ont de meilleures chances de s'en sortir avec moins de dommages, et un potentiel de reprise supérieur. Ces arguments sont aussi ceux de l'économisme argentin Bernardo Kliksberg. En Amérique latine, la pauvreté et les inégalités sont plus graves aujourd'hui qu'au début des années 80, fait-il remarquer, et la durée moyenne de scolarisation d'un individu ne dépasse pas 5,2 ans. Tout nouveau consensus doit prendre en considération non seulement le capital économique, mais deux autres types de «capitaux» - le capital humain (la santé, l'éducation et la nutrition de la nation), et le capital social (la culture, les valeurs partagées et une société civile vigoureuse). Le capital social a commencé à être considéré comme un élément clef de la croissance: en avril, la Banque mondiale a annoncé que le capital social serait intégré parmi les objectifs, quand elle mesurerait l'impact des projets. Contrairement aux postulats de l'ancien modèle économique, indique M. Kliksberg, il y a symétrie entre égalité et croissance. «Nous savons maintenant que le manque d'équité ne peut produire qu'un manque d'équité 26.» Cette interprétation devrait améliorer les chances d'élargir la révolution de l'éducation dans le monde entier. «L'éducation», comme le disait à juste titre feu Mahbub ul Haq, l'un des avocats les plus éloquents et les plus influents des droits de l'homme, «est l'essence même du développement humain. Sans l'éducation, le développement ne peut se faire sur une base large, ni durablement 27.» Les preuves toujours plus abondantes qui appuient cette assertion ajoutent du poids à l'Initiative 20/20 préconisée par l'UNICEF et d'autres partenaires du système des Nations Unies. Selon cette Initiative, les programmes sociaux de base doivent se voir consacrer par les gouvernements des pays en développement 20% de leurs budgets nationaux, et par les pays industrialisés 20% de leur aide au développement. A l'heure actuelle, les ressources allouées à ces services représentent en moyenne environ 13%des budgets nationaux, et 10% de l'aide publique au développement (APD) fournie par les pays donateurs. Rien qu'en portant ces crédits jusqu'à la barre des 20%, on dégagerait des ressources suffisantes pour réaliser en moins d'une décennie l'éducation pour tous 28. Pour éduquer tous ses enfants, le monde devrait dépenser en moyenne sept milliards de dollars supplémentaires par an, pendant les dix prochaines années 29. C'est moins que ce que les Etats-Unis dépensent chaque année en produits cosmétiques ou l'Europe en crèmes glacées 30 (voir Fig. 14 Coûts de l'éducation pour tous d'ici 2010 ). Pour une fois, la démographie est de notre côté. Dès le départ, les tentatives d'éducation universelle se sont essoufflées en vain à essayer de suivre la croissance démographique. Mais voici que le vent a tourné. Après 30 années d'efforts pour ralentir la natalité, la population du monde en développement a cessé de rajeunir - un résultat probablement dû à l'éducation. Si les cohortes d'enfants de chaque âge continuent à être chaque année plus nombreuses que l'année précédente, elles représentent toutefois un pourcentage plus faible de la population totale, et il faut donc proportionnellement moins d'argent qu'auparavant pour répondre à leurs besoins. Il est clair que le lien entre les droits de l'homme et un développement humain durable, évoqué il y a 50 ans dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et qui se trouve traduit dans les principes de la Convention relative aux droits de l'enfant, annonçait déjà le plaidoyer pour un développement économique équitable. A cet égard, l'éducation joue un rôle unique, absolument vital, du fait qu'elle accroît le potentiel de chaque individu et favorise son développement sur le plan individuel autant que sur le plan social; elle est essentielle pour la mise en oeuvre d'autres droits de l'homme.
Sans doute a-t-il fallu un demi-siècle pour voir complètement accepté le droit universel à l'éducation, proclamé dans la Déclaration universelle des droits de l'homme. Mais ce droit ne saurait aujourd'hui être remis en question. Il incombe au monde d'y répondre sans aucun retard. Nous pouvons aller rapidement de l'avant, sachant qu'assurer l'éducation pour tous - c'est-à-dire faire de la révolution de l'éducation une réalité mondiale - est l'investissement le plus sûr dans un avenir paisible et prospère, le meilleur que nous puissions faire pour nos enfants. |