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L'ombre de la detteIl faut de toute urgence trouver un moyen pour le désendettement du monde en développement, cette dette étant l'un des aspects majeurs du problème d'accès aux ressources qui entrave l'éducation pour tous. La crise est particulièrement aiguë dans les pays les plus lourdement endettés, et pour une grande partie de leurs habitants qui doivent lutter chaque jour pour nourrir leur famille, payer un traitement médical crucial ou envoyer leurs enfants à l'école. Cette crise se traduit par l'analphabétisme, la maladie, des décès précoces. Jusqu'à ce que le monde réalise que la Terre ne fait qu'un tout et que nous dépendons tous du bien-être des nations les plus pauvres, la lutte pour l'allocation des ressources restera un travail de Sisyphe.
Dans toutes les régions, à l'exception de l'Amérique latine et des Caraïbes, les pays en développement ont aujourd'hui à verser pour le service de leur dette un pourcentage plus important de leurs recettes d'exportation que ce n'était le cas en 1980. Les pays les plus endettés vivent dans l'ombre d'une dette représentant plusieurs fois leur revenu national. La dette du Nicaragua, par exemple, était en 1995 six fois supérieure à son PNB22. Comment des gouvernements aussi endettés pourraient-ils progresser vers l'éducation pour tous? La Tanzanie n'est pas la seule à dépenser six fois plus pour le service de sa dette extérieure que pour l'éducation de ses citoyens. En septembre 1996, le FMI et la Banque mondiale ont mis en place un nouveau cadre pour alléger le fardeau des pays les plus endettés, des années après avoir affirmé que toute annulation de la dette était impossible. Leur but était de ramener la charge de la dette des pays à faible revenu à un niveau supportable, en maintenant au-dessous de 25% la proportion des recettes d'exportation consacrée au service de la dette, dont le montant total par rapport aux exportations ne devrait pas dépasser 250%. Mais pour pouvoir bénéficier de cet allégement, les pays devaient avoir appliqué pendant six années pleines des mesures d'ajustement structurel strictement surveillées. L'imposition de ce délai a donné lieu un peu partout à de vives critiques, à la suite desquelles le processus a été accéléré pour un certain nombre de pays, dont la Bolivie, le Burkina Faso, le Guyana, le Mali, le Mozambique et l'Ouganda. Beaucoup d'autres Etats ont eu à attendre bien plus longtemps. Ce qui apparaissait comme une initiative prometteuse ouvrant aux pays les plus pauvres du monde l'espoir d'entrer sans dettes dans le nouveau millénaire a échoué lamentablement, pour des raisons qui tiennent largement aux intérêts divergents des gouvernements des pays créditeurs. Pendant que l'on discute pour déterminer quels pays doivent payer, et combien, le Mozambique, par exemple, doit continuer à consacrer au service de la dette près de la moitié de son budget,plus qu'il ne peut en dépenser pour les secteurs de la santé et de l'enseignement primaire 23. Une telle inertie devrait considérablement embarrasser une communauté internationale qui a répondu si magnifiquement et si vite aux besoins de pays asiatiques et latino-américains beaucoup plus riches, ainsi que, il y a 50 ans, à ceux des pays européens. Pour ce qui est de l'allégement de la dette, un haut fonctionnaire de la Banque mondiale, chargé des programmes africains, reconnaît: «Il est évident que c'est un secteur où nous avons gravement manqué à ces pays. Et c'est tout simplement parce que manque la volonté politique de mieux faire 24.» |