La situation des enfants dans le monde 1998: Regard sur la nutrition
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Encadré 20: Les vers, fléau mondial

UNICEF/5847/Vilas

Les affections dues aux vers sont parmi les maladies les plus fréquentes. Elles entravent le développement physique et mental des enfants. Ici, une petite Indienne à l'école.

Peu de gens, si on leur demande de nommer les maladies les plus répandues, placeraient les vers sur leur liste. Pourtant les affections dues aux helminthes (vers) sont parmi les maladies les plus fréquentes - et les plus négligées - atteignant plus de 30% de la population mondiale. Elles peuvent affecter la capacité physique et mentale des patients tout comme leur santé et leur productivité.

Les enfants des pays en développement sont les plus touchés, surtout entre 5 et 14 ans; les parasites intestinaux représentent chez eux la principale cause isolée de maladie, constituant jusqu'à 12% du fardeau nosologique total. Si l'on estime généralement que l'impact des vers sur la santé et la croissance des enfants se fait plus nettement ressentir après l'âge de cinq ans, une nouvelle étude menée en Inde met en évidence un lien entre les helminthiases et le défaut de croissance chez des enfants de un à quatre ans.

Jusqu'à 150 000 enfants succombent chaque année à une obstruction intestinale ou à d'autres complications abdominales causées par de gros vers adultes. Chez des millions d'autres, les vers sont une cause importante de malnutrition, entravant la croissance, entraînant une anémie grave, de la dysenterie, un retard de puberté et des problèmes d'apprentissage et de mémoire. En 1990, on estimait que 44 millions de femmes enceintes souffraient d'ankylostomiase, ce qui exposait le fœtus aux risques d'un retard de développement intra-utérin, de prématurité et d'insuffisance pondérale à la naissance.

La transmission est facile, insidieuse, surtout là où l'hygiène et l'assainissement laissent à désirer. Un enfant peut attraper des ankylostomes en marchant pieds nus, des ascaris en mettant un doigt sale dans sa bouche. Il n'est pas rare de voir un enfant héberger jusqu'à 1000 ankylostomes, ascaris et trichocéphales qui pompent sang et nutriments.

Globalement, l'ascaridiose affecte environ un milliard et demi de personnes, ce qui la classe au troisième rang des parasitoses humaines dans le monde; la trichocéphalose touche un milliard d'individus, dont près d'un tiers de tous les enfants d'Afrique. Plus de 1,3 milliard de gens sont porteurs d'ascaris, et 265 millions sont infectés de schistosomes, les parasites qui causent cette maladie débilitante qu'est la schistosomiase (appelée aussi bilharziose).

Les vers affectent la nutrition de différentes façons, en ingérant du sang et en induisant une perte de fer et d'autres nutriments. Ils entraînent aussi des modifications du revêtement intestinal qui réduisent la surface de la membrane permettant la digestion et l'absorption des aliments. Il y a de ce fait malabsorption des graisses, de certains hydrates de carbone, des protéines et de différentes vitamines (dont la vitamine A). Cela peut aussi induire une intolérance au lactose et une mauvaise utilisation du fer disponible.


Les affections dues aux helminthes (vers) sont parmi les maladies les plus fréquentes - et les plus négligées - atteignant plus de 30% de la population mondiale. Elles peuvent affecter la capacité physique et mentale des patients tout comme leur santé et leur productivité.

Le traitement, simple, est relativement peu onéreux. Une dose unique d'un antihelminthique tel que le mébendazole ne coûte que 0,03 dollar, et peut éliminer ou réduire de façon importante l'infestation. Le prix de revient total des programmes de traitement s'établit typiquement entre un et deux dollars par personne et par an. Des expériences contrôlées en Inde, en Indonésie, en Malaisie, au Myanmar et en Tanzanie ont prouvé que le traitement est efficace durant plusieurs mois. Pour l'UNICEF, l'OMS et la Banque mondiale, ce sont les enfants d'âge préscolaire et scolaire, les femmes en âge de procréer et les adolescentes qui tireraient le plus de bénéfice des programmes de lutte contre les helminthiases.

Les avantages de ces programmes sont impressionnants. Une étude menée au Kenya en 1994 selon des procédés novateurs, utilisant des détecteurs de mouvement sur les cuisses d'enfants des écoles, a constaté que l'activité physique s'améliorait chez les jeunes que l'on débarrassait de lourdes quantités d'ankylostomes. Chez les enfants traités, l'appétit était meilleur, les douleurs abdominales et les maux de tête disparaissaient. Au bout de neuf semaines, la croissance, le gain de poids (par l'accroissement des dépôts de graisse aussi bien que de la masse musculaire), l'activité physique et l'appétit étaient meilleurs dans le groupe traité que dans le groupe témoin. De nombreuses études ont également noté les effets de l'anémie sur les plans cognitif et mental chez les enfants porteurs de vers, et l'amélioration des performances intellectuelles après traitement.

Dans le cadre d'une étude à grande échelle réalisée en Inde en 1996, deux groupes d'enfants de un à quatre ans ont reçu deux fois par an des suppléments de vitamine A; l'un des groupes a reçu aussi des comprimés vermifuges. A la fin de l'essai, les enfants du groupe vermifugé pesaient en moyenne 1 kg de plus que les enfants non traités. Cette étude montre non seulement qu'un traitement antihelminthique de masse peut améliorer le poids des jeunes enfants dans les régions où les vers sont fréquents, mais aussi que l'on peut en pratique combiner dans les zones à risque un traitement contre les vers avec une supplémentation en vitamine A.

Certains arguent que le traitement vermifuge n'est pas une solution satisfaisante parce qu'il doit être répété aussi longtemps que l'on n'aura pas amélioré l'assainissement, l'hygiène et l'éducation sanitaire, et que les réinfestations sont fréquentes. Il n'en demeure pas moins qu'un traitement périodique réduit l'obstacle que les helminthes représentent pour le développement des enfants à certaines périodes critiques de leur vie, au moins jusqu'à ce que l'on ait pu remédier à la situation et aux causes des infestations et de la contamination environnementale.

 

 
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