La situation des enfants dans le monde 1998: Regard sur la nutrition
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Encadré 15: Kiwanis: lutte impitoyable contre les carences en iode

L e révérend Bob Wildman, pasteur protestant en retraite, ne sait plus à combien de centaines de réunions du Kiwanis International Club il a assisté ces dernières années dans l'Illinois et l'Iowa (Etats-Unis). Il ne dispose en général que de quelques minutes pour tenter de convaincre un auditoire parfois réticent.

Beaucoup des membres de ces clubs font partie du monde des affaires, et ont soutenu des projets Kiwanis en faveur des enfants ou autres personnes dans le besoin, dans leurs propres communautés. Le pasteur Wildman, dirigeant Kiwanis vétéran (73 ans), est déterminé à élargir leur notion du «voisinage» à la planète entière.

Il met son expérience de la chaire au service du premier projet international Kiwanis: la campagne destinée à éradiquer l'un des plus graves problèmes nutritionnels du monde, à savoir les troubles dus à la carence en iode (TDCI). Les dirigeants Kiwanis ont mobilisé pour cet effort mondial les 600 000 membres que compte le club dans 83 pays.

On estime à 28 millions par an le nombre de nouveau-nés exposés au risque de déficience mentale en raison du manque d'iode dans l'alimentation de leur mère. Des centaines de milliers d'enfants et d'adultes souffrent de la conséquence extrême de la carence en iode - ce que l'on appelle le crétinisme.

Le pasteur Wildman a entrepris de sensibiliser les membres des clubs Kiwanis de son secteur aux problèmes des habitants de villages perdus d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique latine. Le manque d'iode a eu sur les enfants de nombreux pays en développement des effets terribles, allant de difformités physiques à l'arriération mentale. L'iodation du sel de table - méthode de fortification aujourd'hui classique dans les pays industrialisés et qui revient à moins de 0,05 dollar par personne et par an - peut faire disparaître cette tragédie de la surface du monde.

Avant de prendre la parole, le pasteur Wildman place sur le podium une grande photo d'un gamin nommé Abdul Alim, qu'il avait rencontré en 1994 dans un village du Bangladesh. A huit ans, Abdul a la taille d'un enfant de quatre ans, estropié de surcroît. Il est sourd, atteint d'arriération mentale grave, et il est tenu dans les bras d'un jeune homme du village parce qu'il est incapable de marcher.

Le pasteur Wildman décrit alors les infirmités d'Abdul, et les gros problèmes que cela pose au village. L'image de ce petit enfant crée un pont au-dessus des divisions géographiques et culturelles, et l'auditoire est vite convaincu de se joindre à la campagne contre les TDCI.

Lorsqu'en 1994, Kiwanis International s'est lancé dans cette campagne, il s'est engagé à trouver 75 millions de dollars d'ici juillet 1998. Aujourd'hui, grâce à ses efforts, plus de 20 millions de dollars ont été versés ou promis pour des programmes en cours dans une cinquantaine de pays. L'UNICEF estime que cette contribution a épargné une arriération mentale irréversible à quelque trois millions d'enfants.

Sous l'impulsion d'hommes tels que le pasteur Wildman, les membres des clubs Kiwanis ont senti se réduire la distance entre leur ville et de petits villages comme celui d'Abdul Alim, et le concept «penser mondialement - agir localement» s'implante de façon créative dans le monde entier.

Le Kiwanis Club de Ried (Innkreis, Autriche) a récolté 9000 dollars pour la campagne anti-TDCI en organisant une représentation de l'Ensemble de danse et d'acrobatie chinois, et celui d'Atikokan (Ontario, Canada) 2000 dollars grâce au groupe folklorique Jolly Ukrainians. Les Kiwanis Clubs philippins soutiennent la campagne dans leur propre pays, où la carence en iode est encore un problème, par des projets d'éducation communautaire et la distribution de sel iodé.

Les Kiwaniens des Pays-Bas se sont engagés à trouver 600 000 dollars par la vente de pots de sel et d'un recueil d'essais, illustré de photos. Ceux de Hong Kong ont recueilli 10 000 dollars en organisant une randonnée sponsorisée d'une centaine de kilomètres. Le Kiwanis Club de Bergerac (France) a donné les bénéfices d'un bal masqué et celui de Christchurch (Nouvelle-Zélande) les 1300 dollars rapportés par un tournoi de bowling. A la Jamaïque, les Kiwaniens de Spanish Town ont convaincu une saline locale d'ioder ses produits, ont sponsorisé des actions d'éducation contre les TDCI, et ont fait installer sur une des routes principales un panneau publicitaire concernant la prévention des TDCI.

A Rockford (Illinois), la ville même du pasteur Wildman, les 95 membres du Kiwanis Club ont réussi à recueillir plus du double des 30 000 dollars qu'ils s'étaient engagés à réunir. Au dîner qui marquait sa prise de fonction, Kathleen Sullivan, la nouvelle présidente, a décidé qu'au lieu d'acheter des fleurs coûteuses, les tables seraient ornées de décorations maison fixées par des boîtes de sel. «L'argent ainsi économisé a été versé à la campagne anti-TDCI», explique Mme Sullivan, «et pendant que je fabriquais ces décorations avec mes filles, je leur ai expliqué ce que la carence en iode faisait à des enfants comme elles. J'aime à penser que cette campagne leur donnera une meilleure vue du monde.»

 

 
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