La situation des enfants dans le monde 1998: Regard sur la nutrition
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Encadré 12: Au Niger, les femmes mènent la lutte contre la malnutrition

UNICEF/93-1973/Pirozzi

Les femmes qui doivent consacrer de longues heures aux corvées d'eau, de combustible ou autres travaux pénibles n'ont plus beaucoup de temps pour leurs enfants. Des efforts conjoints peuvent alléger quelque peu ce fardeau. Ici, les membres d'une coopérative agricole du Niger aménagent une terrasse pour lutter contre l'érosion.

Des semences de qualité, de meilleurs engrais, un moulin à moteur diesel, deux charrettes à âne: ce sont les modestes apports qui permettent aux femmes de Kwaren Tsabre, petit village de 680 habitants au centre du Niger, de voir s'alléger leur tâche et d'enregistrer des progrès contre la malnutrition qui menace leurs enfants.

Il y a peu d'années encore, les problèmes semblaient insolubles. Plus de la moitié des enfants du village n'atteignaient pas le poids normal, et beaucoup montraient les signes d'une sérieuse carence en vitamine A - carence qui peut conduire à la cécité et à la mort.

Les progrès enregistrés sont dus à un partenariat étroit entre la communauté et les fonctionnaires du district, sur la base d'une évaluation et d'une analyse de la situation par les villageois eux-mêmes. Les problèmes étaient aigus: comme beaucoup de villages au cœur du Sahel ouest-africain, Kwaren Tsabre connaissait les pénuries chroniques d'aliments de base; les régimes alimentaires manquaient autant de richesse que de diversité; les femmes, écrasées de travail, n'avaient guère accès à l'éducation et à l'information; enfin, les services de santé étaient éloignés, et laissaient souvent fort à désirer.

Les femmes étant les plus directement et les plus gravement affectées, il fallait qu'elles soient au centre des décisions, et que les initiatives à prendre leur profitent. Un groupe de femmes - le Comité des villageoises - a été créé et ses participantes formées par des fonctionnaires du district. Comme l'explique Zouera, la première Présidente de ce Comité, il était nécessaire pour commencer de déterminer quelles mesures pourraient apporter des améliorations tangibles en matière de nutrition.

«Nous nous sommes rendu compte qu'avec des journées de 14 à 17 heures de travail, il ne nous était pas possible de soigner nos enfants comme nous l'aurions voulu», raconte-t-elle. Une première mesure a été d'obtenir un prêt pour l'achat d'un moulin à moteur diesel, libérant les femmes du travail exténuant de piler à la main le sorgho et le millet. Une autre a été l'achat de deux charrettes à âne, qui a réduit les longues heures consacrées à la corvée d'eau et de bois. Charrettes et moulin épargnent du temps, et sont source de revenu: les habitants de Kwaren Tsabre, mais aussi leurs voisins à des lieues à la ronde, versent une somme modique pour l'utilisation du moulin et des charrettes.


Les femmes de Kwaren Tsabre savent aujourd'hui qu'elles disposent des instruments et du processus qui leur permettront de s'attaquer même à un problème aussi difficile, avec l'aide de leurs partenaires.

Grâce à une aide technique, une meilleure irrigation, des semences et des engrais de plus grande qualité, les récoltes de denrées de base ont pratiquement triplé, et l'on produit aussi de nouveaux aliments riches en vitamine A (y compris amarante et feuilles de baobab). Les femmes ont intégré ces sources de vitamine A, ainsi que de petites quantités d'huile, dans leurs repas habituels, et elles ont très vite constaté que la vision nocturne de leurs enfants commençait à s'améliorer (la difficulté à voir dans l'obscurité, ou héméralopie, est un symptôme de carence en vitamine A). Des femmes de villages voisins ont signalé que l'héméralopie avait régressé aussi chez les femmes enceintes.

Zouera et ses collègues du Comité ont également décidé, en consultation avec le personnel technique des services publics, de mettre en place une banque céréalière coopérative. Cette banque achète et entrepose en bonnes conditions le grain après la moisson, et elle permet aux familles pauvres d'acheter du grain à un prix raisonnable pendant la saison qui précède la récolte, quand ces familles ne peuvent pas acquitter les prix du marché.

En très peu de temps, la banque céréalière est rentrée dans ses frais, et a même fait des bénéfices. «Cet argent nous sert à financer d'autres activités, par exemple la distribution de beurre de cacahuète comme complément alimentaire pour de jeunes bébés encore au sein», explique Zouera. Le Comité alloue également une petite somme aux femmes qui assurent le contrôle régulier de la croissance des enfants. Ce contrôle permet aux femmes de voir par elles-mêmes ce qu'il advient de leurs enfants, et de se servir de cette information pour analyser les problèmes de leurs foyers ou de leurs communautés et y apporter des solutions.

En un bref laps de temps, entre 1995 et 1996, les taux de malnutrition des enfants ont régressé de dix points de pourcentage à Kwaren Tsabre. Et ce n'est que le commencement. L'inaccessibilité et la mauvaise qualité des services de santé reste un problème, et un obstacle à de nouvelles avancées contre la malnutrition. Mais les femmes de Kwaren Tsabre savent aujourd'hui qu'elles disposent des instruments et du processus qui leur permettront de s'attaquer même à un problème aussi difficile, avec l'aide de leurs partenaires. En multipliant les progrès réalisés à Kwaren Tsabre par les 326 villages de la province nigérienne de Maradi où le programme s'est diffusé, on commence à voir la victoire se profiler dans la bataille séculaire contre la malnutrition des enfants.

 

 
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