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Encadré 3: Croissance et développement intellectuel
Conséquences du retard de croissance
Selon une étude récemment menée aux Philippines, il existe un lien entre la malnutrition au début de la vie et des troubles du développement intellectuel de l'enfant, persistant en dépit de la scolarisation et qui diminuent la capacité d'apprentissage. L'étude a analysé le défaut de croissance - indicateur primordial de malnutrition, qui se traduit par une taille inférieure à celle qui correspond à l'âge - chez plus de 2000 enfants du Grand Cebu, la deuxième ville des Philippines. Près des deux tiers d'entre eux étaient trop petits. Ceux chez qui les troubles de la croissance avaient débuté très tôt, avant l'âge de six mois, présentaient à deux ans les insuffisances de taille les plus marquées; à 8 et 11 ans, ils obtenaient également, par rapport aux enfants de taille normale, des scores nettement inférieurs aux tests d'intelligence. Ce travail a de profondes implications au niveau mondial: dans les pays en développement, 226 millions d'enfants de moins de cinq ans (près de 40% de ce groupe d'âge) présentent un retard de croissance modéré ou grave. «L'insuffisance de taille chez les enfants, lorsqu'elle est répandue, donne à penser qu'il y aura aussi des défaillances dans le développement physique et mental susceptibles d'empêcher des enfants de profiter pleinement des possibilités d'apprentissage à l'école. Cela peut aussi avoir des conséquences sur la réussite ultérieure des enfants dans la vie», explique l'un des chercheurs, Linda S. Adair, professeur associé de nutrition à l'Université de Caroline du Nord, Chapel Hill (Etats-Unis).
Elle ajoute: «Le défaut de croissance n'est pas la cause directe du mauvais développement intellectuel de l'enfant. Il est probable, plutôt, que les mêmes facteurs sont à l'origine des deux sortes de troubles.» Chez les enfants de Cebu, ces facteurs englobent notamment le faible poids de naissance, l'insuffisance de l'allaitement au sein et l'inadéquation des aliments donnés en complément ou en remplacement du lait maternel, et la fréquence des épisodes de diarrhée et d'infections respiratoires. Les enfants de taille insuffisante, constate également l'étude, commencent souvent leur scolarité plus tard et manquent plus souvent la classe que les enfants bien nourris. L'étude, qui fait partie d'un programme de recherches concertées de l'Office of Population Studies de l'Université de San Carlos à Cebu, et de l'Université de Caroline du Nord, a constaté une insuffisance de taille importante chez 28% des enfants enquêtés. A deux ans, ces enfants mesuraient près de 11 cm de moins que la normale; à huit ans, leur QI était de 11 points inférieur. Quand on a refait passer les tests d'intelligence aux enfants de l'étude, à l'âge de 11 ans, ceux qui avaient présenté à deux ans les retards de croissance les plus importants continuaient à se classer derrière les autres, mais l'écart des QI s'était réduit, aux alentours de cinq points. Ces enfants obtenaient aussi des résultats nettement inférieurs aux tests d'expression verbale et de mathématiques. La plupart des sujets de l'étude étaient issus de familles pauvres; leur régime alimentaire - et celui de leurs mères - se situait au-dessous des niveaux nutritionnels recommandés par le Gouvernement philippin. Ils venaient de communautés urbaines pauvres, à forte densité de population, de zones de peuplement nouvelles en bordure de la ville, ou encore de communautés rurales. L'étude met en lumière l'importance et l'impact durable de la nutrition à la période cruciale de la première enfance - et même avant la naissance, avec une alimentation maternelle correcte. Les enfants qui n'ont pu prendre un bon départ dans la vie ont des difficultés à rattraper le terrain perdu; les conséquences peuvent être lourdes et durables pour leur développement, et celui de leurs sociétés.
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