La situation des enfants dans le monde 1998: Regard sur la nutrition
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Immunodéficience induite par la nutrition

On estime que le système immunitaire de quelque 23 millions de personnes dans le monde a été endommagé par le VIH1. On sait moins que la malnutrition affaiblit le système immunitaire d'au moins 100 millions de jeunes enfants et de plusieurs millions de femmes enceintes - dont aucun n'est porteur du VIH. Mais, contrairement à ce qui se passe avec le SIDA, le «remède» à l'immunodéficience d'origine nutritionnelle est connu depuis des siècles: c'est un régime alimentaire équilibré apportant tous les nutriments essentiels. Aujourd'hui, on comprend de mieux en mieux le rôle spécifique des différents nutriments dans le fonctionnement du système immunitaire, ce qui doit aider à concevoir des interventions susceptibles d'améliorer la situation dans un avenir proche. En outre, cela fait mieux ressortir encore l'importance de donner à tous les habitants du monde accès à une alimentation qualitativement et quantitativement appropriée.


Le «remède» à l'immunodéficience d'origine nutritionnelle est connu depuis des siècles: c'est un régime alimentaire équilibré apportant tous les nutriments essentiels.

Les scientifiques savent depuis un certain temps déjà que la malnutrition et l'infection sont liées. Une monographie de l'OMS datant de 1968, sur les interactions de la nutrition et de l'infection, est l'une des premières études à avoir décrit ces liens de manière complète.

Nous avons déjà parlé du risque que la carence en vitamine A fait courir à la vie des jeunes enfants. En quelques années, la communauté scientifique qui jugeait «trop beau pour être vrai» le fait que les suppléments de vitamine A puissent réduire la mortalité s'est convaincue qu'il était «trop beau pour n'être pas vrai». Mais, encore récemment, on comprenait mal les nombreuses façons dont la carence en vitamine A augmente la mortalité des enfants. Aujourd'hui, les résultats d'une douzaine d'études, menées au Brésil, au Ghana, en Inde, en Indonésie, au Népal et ailleurs, montrent que la supplémentation en vitamine A des aliments donnés aux enfants au risque de carence peut réduire les décès par diarrhée. Quatre des études particulièrement centrées sur la diarrhée ont montré que cette réduction atteignait de 35 à 50%. La vitamine A peut également abaisser de moitié le nombre de décès dus à la rougeole2 (voir fig. 11).

Au Bangladesh, le nombre de jours de maladie (fièvre et infections respiratoires) enregistrés pendant les six premiers mois de la vie était moins élevé chez les bébés nourris au sein et dont la mère avait reçu après l'accouchement une forte dose, unique, de vitamine A que chez les enfants de mères non supplémentées appartenant au même groupe socio-économique dans la même région3.

Le zinc est un autre micronutriment dont on sait depuis longtemps qu'il est indispensable à la croissance et au développement des cellules et au fonctionnement du système immunitaire. Néanmoins, parce que la carence en zinc est extrêmement difficile à mesurer, la possibilité qu'elle entrave la santé et le développement des enfants n'a longtemps suscité que peu d'attention (voir fig. 12).

Des essais au Bangladesh, en Inde et en Indonésie ont déjà mis en évidence des réductions d'environ un tiers de la durée et de la gravité de la diarrhée chez les enfants recevant des suppléments de zinc et une diminution moyenne de 12% de l'incidence de la pneumonie4. Dans ces enquêtes, ce sont les enfants les plus malnutris au départ qui ont tiré le plus de profit de cette supplémentation.

Selon une étude récemment achevée à Lima (Pérou), les avantages de la supplémentation en zinc sur l'immunité peuvent commencer avant même la naissance. Des chercheurs de l'Ecole de santé publique Johns Hopkins de Baltimore (Etats-Unis) et de l'Institut de recherche nutritionnelle de Lima ont ajouté du zinc aux suppléments de fer et de folate administrés à des femmes enceintes et ont observé les conséquences de cette mesure sur la santé de leurs enfants nouveau-nés, y compris sur l'activité du système immunitaire. Les analyses initiales montrent que les taux d'anticorps juste après la naissance sont plus élevés chez les enfants mis au monde par des femmes ayant été supplémentées en zinc que chez les bébés dont la mère a reçu un placebo.

La supplémentation en zinc paraît donc si efficace pour réduire l'incidence de la diarrhée et de la pneumonie dans les pays pauvres qu'un scientifique de l'Université Johns Hopkins, Robert Black, a déclaré que la distribution de suppléments de zinc était une intervention de santé publique aussi importante pour lutter contre la diarrhée que l'amélioration de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement. Par ailleurs, de nouvelles recherches font penser que l'administration de zinc et de vitamine A pourrait atténuer même les conséquences du paludisme, ennemi mortel des enfants comme des adultes (voir encadré 18).

La carence en fer peut également porter atteinte à l'immunité d'un enfant en pleine croissance, réduisant l'aptitude de son corps à tuer les agents pathogènes qui l'infectent, ce qui entraîne une morbidité accrue dans les populations ainsi carencées5. D'après des études réalisées en Egypte, les épisodes de diarrhée sont plus longs et plus graves chez les enfants anémiques que chez ceux qui reçoivent des suppléments de fer.

La science est maintenant en mesure d'expliquer ces résultats étonnants. Jusqu'à présent, le zinc et la vitamine A sont les deux micronutriments qui se sont révélés les plus étroitement liés à un fonctionnement harmonieux des défenses de première ligne du corps. Ces deux micronutriments aident à maintenir l'intégrité des barrières physiques (peau et muqueuses) qui empêchent les micro-organismes d'envahir le corps, tout en renforçant l'activité des leucocytes comme les cellules NK (de l'anglais natural killer) et les macrophages - les phagocytes qui vont partout dans le corps engloutir, puis détruire, les agents pathogènes étrangers tels que les bactéries.

Tout aussi important est le fait qu'un apport alimentaire insuffisant de zinc et de vitamine A réduit le nombre et entrave le développement et le fonctionnement de deux types de cellules B - qui jouent un rôle clef dans «l'immunité acquise». Elles produisent des anticorps et des lymphocytes T qui, à leur tour, sont chargés d'éliminer les cellules hôtes contaminées par le virus. Elles produisent également les substances biochimiques connues sous le nom de cytokines, qui favorisent encore l'activité des cellules B et des macrophages. On sait aussi maintenant qu'un apport suffisant de zinc est nécessaire pour que la vitamine A et l'iode puissent s'acquitter de nombre de leurs fonctions vitales.

 

 
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