La situation des enfants dans le monde 1998: Regard sur la nutrition
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Exploiter les bénéfices de la vitamine A

Bien que l'on sache depuis des décennies que la vitamine A protège les enfants de la cécité, il y a peu de temps seulement que la communauté scientifique et médicale a dans son ensemble admis la capacité étonnante qu'a cette vitamine de renforcer la résistance aux infections et réduire les risques de décès des enfants.

UNICEF/94-0730/Booker

Dans ce centre de jour vietnamien, de jeunes enfants consomment des légumes riches en vitamine A, provenant de jardins communautaires.

Après la sensation créée en 1986 par un rapport en provenance d'Indonésie, révélant que l'administration de vitamine A avait fait diminuer de 34% la mortalité des enfants d'âge préscolaire5, sept autres études ont été réalisées en sept ans. La plupart de ces études, qui ont porté sur plus de 160 000 enfants d'Afrique et d'Asie, ont signalé d'importantes réductions de la mortalité lorsque les enfants absorbaient plus de vitamine A au travers de suppléments ou dans des produits alimentaires enrichis. La consolidation de ces résultats en 1993 a permis d'établir que la supplémentation en vitamine A pouvait réduire d'environ 23% la mortalité des enfants dans les régions connaissant un risque de carence6. Ces conclusions, en outre corroborées par des indications montrant que l'effet protecteur de la vitamine est encore plus marqué chez les enfants atteints de rougeole, ont fait largement accepter l'idée que des mesures de prévention de l'avitaminose A pouvaient avoir un formidable impact sur la survie de l'enfant.

Si un apport adéquat de vitamine A n'empêche guère la contamination, il a en revanche un effet capital pour réduire la gravité de la maladie, notamment dans la diarrhée persistante, la dysenterie, la rougeole et le paludisme (voir encadré 18). Le pouvoir de la vitamine A de diminuer la gravité de la maladie a été mis en évidence au Ghana où une distribution périodique a fait baisser de 12% le nombre des consultations dans les dispensaires locaux et de 38% celui des hospitalisations7. Ainsi, la vitamine A peut avoir un effet sur deux plans: tandis qu'elle réduit la gravité de la maladie et sauve des vies, elle peut aussi alléger la tâche d'agents et de centres de santé souvent surchargés de travail.

La découverte que la vitamine A est un outil de survie de l'enfant a suscité dans le monde un regain d'intérêt pour l'actualisation des connaissances sur l'ampleur et les conséquences en santé publique des carences en vitamine A et autres micronutriments. Plusieurs enquêtes sur les carences cliniques et subcliniques en vitamine A ont permis d'estimer qu'en 1990, plus de 100 millions de jeunes enfants dans le monde en étaient menacés par suite d'un régime inadéquat; aujourd'hui toutefois, le risque immédiat a été réduit pour beaucoup de ces enfants par des interventions efficaces, y compris l'administration régulière de suppléments de vitamine A.

Certains pays manquent encore de bonnes évaluations, mais la carence en vitamine A, ses causes fondamentales et ses conséquences pour la santé et la survie sont aujourd'hui bien mieux comprises qu'auparavant.

L'héméralopie (cécité nocturne) des femmes enceintes, un trouble vieux comme le monde, a finalement été reconnue comme un problème de santé publique majeur. Longtemps ignorée par les femmes qui en souffraient et les médecins, on sait désormais qu'elle est très répandue: rien qu'en Asie du Sud, on compte à tout moment entre un et deux millions de femmes enceintes qui en sont affectées. Les femmes expliquent qu'elles peuvent voir correctement pendant la journée, mais que dès la tombée de la nuit elles sont incapables de s'acquitter de leurs tâches ménagères. Elles considèrent que c'est un ennui classique de la grossesse, qui disparaît après la naissance de l'enfant. Toutefois, selon des travaux menés récemment au Népal, les femmes enceintes affligées d'héméralopie risquent six fois plus d'en avoir souffert lors d'une précédente grossesse8, et cet état dénonce une constellation de facteurs de risques, notamment la carence en vitamine A des apports alimentaires; l'anémie ferriprive; la malnutrition protéino-énergétique; une morbidité accrue pendant la grossesse; et une surmortalité jusqu'à deux ans après le diagnostic (voir encadré 1).

 

 
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