Point de vue : Pour les jeunes sourds, la langue est fondamentale

Par Krishneer Sen

L’accès aux informations et aux moyens de communication est essentiel à l’exercice des droits de tout citoyen. Faute de moyens d’acquérir des connaissances, d’exprimer ses opinions et ses revendications, il est impossible de recevoir une éducation, de trouver un emploi ou de participer à la vie publique. 

Dans mon pays, Fidji, le manque d’accès aux informations et aux moyens de communication est l’obstacle principal auquel se heurtent les enfants sourds. Les technologies de l’information et de la communication (TIC), que j’étudie à l’université, aident les personnes sourdes aux quatre coins du monde et sont source de possibilités tout simplement inenvisageables il y a une génération. Lorsqu’elles sont disponibles, ces technologies offrent aux personnes sourdes la possibilité de communiquer et d’être en contact avec leurs amis, atténuent leur isolement et ouvrent la voie à leur participation à la vie politique, économique, sociale et culturelle. Les personnes sourdes qui n’y ont pas accès, parce qu’elles vivent dans des zones rurales, sont pauvres ou sont privées d’éducation, sont en proie à des sentiments de frustration et d’exclusion. 

Mes compatriotes fidjiens sourds et moi-même avons un accès limité aux médias, aux services d’urgence, voire à de simples conversations téléphoniques. En l’absence d’aides techniques comme les téléphones avec affichage de textes, nous dépendons de personnes sans handicap auditif qui font office d’interprètes ou avons recours aux messages textes. Cette situation ne changera pas tant que les politiques en matière de TIC et de médias visant les personnes handicapées ne deviendront pas l’une des priorités du gouvernement. 

Les personnes malentendantes peuvent réussir et contribuer à la société tout comme les autres. Le développement de leurs capacités commence par l’éducation et la langue. Les enfants malentendants grandissant dans un monde pour personnes entendantes, une éducation de qualité est indissociable du bilinguisme. À Fidji, les enfants malentendants devraient apprendre la langue des signes fidjienne, ainsi que les langues qu’apprennent les autres enfants (anglais, fidjien et hindi) et ce, dès leur plus tendre enfance. L’éducation bilingue aide les enfants malentendants à développer leurs capacités et à communiquer à l’aide des langues parlées par les personnes entendantes : s’ils maîtrisent la langue des signes, ils apprendront plus facilement d’autres langues, comme l’anglais. Je pense que le bilinguisme donnera aux enfants malentendants un meilleur accès à l’éducation dont ils ont besoin pour devenir des citoyens égaux aux autres. 

Quand j’étais enfant, je regardais des dessins animés à la télévision fidjienne sans sous-titres ni interprètes en langue des signes. Ma famille ne maîtrisait pas la langue des signes. Plus tard, j’ai compris que mes difficultés à m’exprimer en anglais étaient dues au fait qu’à la maison, on ne m’avait pas appris exclusivement cette langue. Les parents peuvent jouer un rôle crucial pour aider leurs enfants malentendants à communiquer et à accéder aux informations; à l’instar des autres personnes qui interagissent avec ces enfants, ils doivent prendre l’initiative de recourir à la langue des signes pour communiquer au quotidien, à la maison et à l’école. Nous devons rendre les médias plus accessibles aux enfants malentendants en sous-titrant et en interprétant en langue des signes les émissions télévisées et en créant des programmes pour enfants interprétés en langue des signes. Il faut mettre en place un environnement libre d’obstacles à la communication. J’aimerais que la langue des signes fidjienne accompagne un éventail de programmes, allant des journaux télévisés aux dessins animés. Outre la télévision, les réseaux sociaux peuvent constituer un précieux outil pour diffuser l’actualité fidjienne et internationale, et garantir l’accès de toutes les personnes, y compris celles qui présentent un handicap, aux informations sur la situation politique afin qu’elles puissent voter en connaissance de cause pendant les élections. 

En mettant les TIC à la disposition des enfants malentendants, on peut contribuer à leur développement social et émotionnel, à leur apprentissage dans des écoles ordinaires et à leur préparation en vue d’un emploi futur. Il a suffi d’un cours d’informatique de base dans une école spécialisée pour faire basculer ma vie : c’est en effet sur Internet que j’ai appris l’existence de l’université Gallaudet, où j’étudie désormais. 

Outre l’amélioration de l’éducation, les TIC aident les jeunes, sourds ou pas, à connaître leurs droits et à s’unir pour demander leur réalisation. En facilitant le militantisme, ces technologies peuvent permettre d’élever le statut des personnes handicapées au sein de la société au sens large et les aider à participer activement. 

Mon rêve est de voir les personnes malentendantes communiquer librement avec des personnes entendantes à l’aide de supports techniques. Quand j’aurai mon diplôme, mon pro-jet est de mettre en place des technologies de communication à Fidji afin de faciliter la communication entre les personnes entendantes et malentendantes à l’aide d’interprètes en langue des signes et d’appels vidéos. En collaboration avec l’association des personnes malentendantes de Fidji, dont je suis membre depuis longtemps, je plaiderai pour nos droits fondamentaux, nos possibilités et notre égalité. 

Si nous voulons que le gouvernement accorde la priorité aux besoins des personnes malentendantes, nous devons plaider pour notre cause. Pour faciliter le militantisme de nos camarades sourds, nous devons apprendre aux enfants malentendants à utiliser la langue des signes et la ou les langues parlées par leur communauté, tout en nous efforçant d’élargir l’accès aux technologies qui peuvent les aider à trouver des informations et à communiquer avec les autres, qu’ils soient malentendants ou pas.

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