Point de vue : Enfants autochtones handicapés : de l’invisibilité à l’intégration

Par Olga Montufar Contreras

La population autochtone a longtemps souffert de la pauvreté la plus extrême et de la discrimination et a été exclue de la société et des services sociaux. Au sein de nos communautés, les garçons et les filles handicapés sont les personnes les plus vulnérables et sont les moins bien loties. Leur marginalisation continue bien que trois instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme – la Convention relative aux droits des personnes handicapées, la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et la Convention relative aux droits de l’enfant – nous offrent une occasion historique de résoudre les problèmes auxquels sont confrontés les enfants autochtones handicapés. 

J’ai grandi avec un handicap physique dû à la poliomyélite, dans une communauté autochtone et j’ai pu constater qu’au fil des années, la situation n’a pas changé ou presque. Aujourd’hui, comme pendant mon enfance, les enfants handicapés sont victimes d’ostracisme et sont même rejetés par leurs parents et leurs frères et des sœurs, car le handicap est perçu comme un châtiment divin et l’enfant handicapé comme un fardeau pour sa communauté. Aujourd’hui comme hier, il est extrêmement difficile d’accéder aux services nécessaires et d’assumer les frais supplémentaires générés par la présence d’une personne handicapée dans la famille. L’extrême pauvreté, l’isolement géographique et la marginalisation politique sont des facteurs qui entretiennent cette situation et qui sont renforcés par la discrimination et les préjugés. Leurs conséquences peuvent se révéler graves : de nombreuses mères, faibles et incapables de changer les mentalités, s’enferment dans le silence; d’autres commettent des infanticides. 

Ma famille fait partie des rares à avoir fait preuve de solidarité envers ses enfants handicapés. Dans notre cas, cela était en partie dû à notre déménagement en ville, où nous avons pu bénéficier d’un logement plus proche des services. Toutefois, dans le désespoir dans lequel vivent la plupart des familles autochtones, les violations des droits de l’homme sont fréquentes et ne suscitent guère de réactions. C’est pour cette raison qu’il est nécessaire de mobiliser la volonté et les ressources nécessaires pour mener une action concrète. 

L’un des problèmes les plus urgents est le manque de données sur les communautés autochtones d’une manière générale et sur les enfants autochtones handicapés en particulier. Les données sont parfois difficiles à rassembler : les ménages autochtones sont éparpillés et se trouvent souvent dans des endroits isolés de tout.  

On manque parfois d’enquêteurs parlant les langues autochtones. Dans de nombreux cas, les familles démentent notre existence auprès des enquêteurs. Même lorsque les parents reconnaissent notre existence et souhaitent nous aider, ils ne fournissent souvent pas suffisamment d’informations car ils n’en possèdent pas beaucoup, en raison de l’absence de services de dépistage et de diagnostic. Dans la mesure où l’absence de services de ce type renforce notre invisibilité, cela représente une menace pour notre état physique et mental. En outre, les garçons et les filles handicapés ne sont souvent pas déclarés à leur naissance, ce qui constitue l’un des principaux obstacles à la reconnaissance de notre citoyenneté et de notre droit d’accès aux services publics. Ce constat doit inciter à la mise en place de travaux de recherches sur le handicap dans les communautés autochtones. Leurs résultats pourront servir de point de départ à l’élaboration de politiques et de services publics capables de répondre aux besoins des enfants handicapés et de garantir le respect de leurs droits. 

Le manque d’accès au système d’éducation traditionnel doit également être corrigé. L’inclusion des enfants autochtones handicapés est imposée par la Convention relative aux droits des personnes handicapées mais en réalité, elle est hors de portée pour les enfants handicapés de nos communautés. Les distances qu’ils doivent parcourir tous les jours pour atteindre l’école sont parfois décourageantes. Peu d’écoles possèdent les services et les installations minimums nécessaires pour permettre aux enfants handicapés d’accéder à l’éducation. Une fois encore, les pratiques communautaires traditionnelles freinent l’inclusion scolaire. Les chefs de clan déterminent le rôle des garçons et des filles à leur naissance : quand un enfant est handicapé, il est généralement admis que l’envoyer à l’école est une perte de temps et une charge financière inutile pour la famille. De nombreuses personnes pensent que les enfants handicapés sont semblables à des objets brisés, qui ne sauraient être utiles, même réparés. La situation est encore plus difficile pour les filles, puisqu’il nous est plus difficile que pour les garçons handicapés d’obtenir l’autorisation d’aller à l’école. 

Même lorsque les familles défient la stigmatisation au sein d’une communauté et permettent à leurs enfants d’aller à l’école, les enseignants sont généralement confrontés à deux obstacles : une connaissance insuffisante des langues autochtones et le manque de formation en matière d’éducation inclusive qui complique l’inclusion des enfants handicapés. Par conséquent, nous sommes contraints de dépendre de la bonne volonté de certains enseignants prêts à relever le défi et à intégrer des enfants autochtones handicapés dans leur classe. 

Au Mexique comme ailleurs, les autorités, les organismes internationaux et les groupes communautaires s’efforcent de réduire le clivage entre ce qui est idéal et ce qui est actuellement possible. Nous devons poursuivre notre collaboration afin de garantir aux plus jeunes une enfance juste et équitable et de transformer la vie des enfants autochtones handicapés en leur offrant de l’espoir et des possibilités, pour qu’ils puissent eux aussi rêver librement.

x Faire un don
Merci de confirmer votre pays et nous vous redirigerons vers la page de don approppriée
Localisation: