Amitabh Bachchan

Atteindre chaque enfant : L’éradication de la polio à Mumbai

Ces dix dernières années, j’ai fait passer un message vital sur la nécessité d’administrer à chaque enfant indien deux gouttes du vaccin oral contre la polio chaque fois que cela est proposé. Et cela a porté ses fruits.

Aujourd’hui, l’Inde est en passe d’éradiquer la polio, ce qui constitue sans doute le plus grand accomplissement de son histoire dans le domaine de la santé publique. Lorsque la campagne pour l’éradication de la polio a été lancée, le pays enregistrait chaque jour environ 500 nouveaux cas. Depuis lors, on a évité la paralysie ou sauvé la vie de plus de quatre millions d’enfants. Tous nos efforts ont été récompensés. Mais en réalité, tant que la polio continuera d’exister dans le monde, la menace persistera.

C’est pour moi une immense fierté que le slogan « Every child, every time » (Tous les enfants, à chaque fois) soit devenu, selon des études indépendantes, l’un des messages les mieux connus en Inde. Je suis encore plus fier que les parents indiens aient répondu à cet appel. Lors des deux Journées nationales annuelles de vaccination organisées généralement en janvier et en février, ce sont près de 170 millions d’enfants de moins de cinq ans qui sont vaccinés par des équipes qui font du porte à porte et se rendent dans chaque maison du pays. De mars à décembre, l’immense majorité des enfants de moins de cinq ans des deux États où la polio est endémique et où les risques sont les plus élevés sont vaccinés au cours de campagnes de vaccination, qui touchent chaque année 40 à 80 millions d’enfants. Penchons-nous quelques instants sur ces chiffres et réfléchissons à ce qui caractérise les zones où les risques de transmission du poliovirus sont les plus élevés : une forte densité de population, de mauvaises conditions d’assainissement, un accès restreint à l’eau salubre et aux sanitaires, de faibles taux d’allaitement maternel et une mauvaise alimentation.

La polio est à présent le virus des plus pauvres, qui résiste encore au sein des régions et de populations oubliées de tous. Atteindre ces populations (les habitants des taudis, les peuples nomades, les migrants, les ouvriers des briqueteries, les familles des travailleurs de la construction qui vivent sous des bâches en plastique juste à côté des immeubles cossus qu’ils construisent pour un dollar par jour) est l’un des plus grands défis à relever dans le domaine de la santé publique. Le programme d’éradication de la polio suit de manière active une stratégie détaillée axée sur les laissés-pour-compte et les populations du pays les plus difficiles à atteindre, notamment les habitants des taudis urbains, afin d’améliorer le niveau d’immunité chez ces populations particulièrement exposées. La tâche n’est pas aisée, d’autant que des millions de familles migrantes se déplacent chaque semaine de part et d’autre du pays et qu’environ 750 000 enfants naissent chaque mois dans les États de l’Uttar Pradesh et du Bihar, où la polio est traditionnellement endémique. Il est essentiel, si nous voulons en finir avec la polio en Inde, de toucher et d’immuniser tous les enfants sans exception. Dans les quartiers de taudis en pleine expansion de villes indiennes poussées à la limite de leurs capacités, il est difficile d’atteindre chaque enfant.

Ainsi, à Dharavi, l’un des plus vastes bidonvilles de Mumbai, ma ville natale, où un million de personnes vivent sur une surface de seulement trois kilomètres carrés. Les équipes de vaccination contre le poliovirus doivent suivre des micro-plans extrêmement précis, prendre en file indienne des chemins étroits et grimper sur des échelles instables pour avoir accès aux enfants habitant des abris de tôle ondulée entassés les uns sur les autres, sur trois ou quatre étages. Elles laissent sur ces abris une marque à la craie, afin que les équipes de contrôle qui passeront les jours suivants puissent identifier les maisons qui ont été visitées et les enfants qui ont été vaccinés. D’autres équipes retournent sur les lieux pour vacciner les enfants qui n’ont pas encore été atteints.

Mumbai, capitale financière de l’Inde et de son industrie cinématographique, compte parmi les villes les plus grandes et les plus riches du monde. Elle concentrerait également la plus grande proportion et population en chiffres absolus d’habitants des taudis. Selon certaines estimations, entre 100 et 300 familles y arrivent chaque jour en quête de travail. Ces familles migrantes au statut socioéconomique faible échouent, trop souvent, dans un bidonville et les nouveaux arrivants ne sont ni comptabilisés, ni enregistrés, ni identifiés. Les enfants les plus difficiles à atteindre dans notre pays vivent trop souvent sous notre propre nez.

Le programme d’éradication de la polio mis en œuvre en Inde montre qu’il est possible de garantir un accès équitable à des services de santé, y compris au sein des populations les plus pauvres et les plus densément peuplées. Il est la preuve que l’on peut atteindre tous les enfants d’une ville, sans exception. Grâce à lui, la polio ne fait plus partie des nombreux risques auxquels les enfants des taudis de Mumbai restent confrontés.

Amitabh Bachchan est l’une des personnalités les plus emblématiques de l’histoire du cinéma indien. Il a remporté quatre National Film Awards (dont trois dans la catégorie du Meilleur acteur) et 14 Filmfare Awards. Il a également travaillé comme chanteur de play-back, producteur de films, présentateur de télévision et a été élu au Parlement indien (1984-1987). Il est Ambassadeur de l’éradication de la polio en Inde depuis 2002.

Encadrés

La situation des enfants qui grandissent en milieu urbain et les difficultés et les défis auxquels sont confrontés les enfants sont examinés en profondeur dans une série d’encadrés dans le rapport, disponible au téléchargement au format PDF.

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Les Défenseurs des droits de l’enfant donnent leur avis sur les questions essentielles affectant les enfants qui grandissent en milieu urbain.

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