Unicef Logo and the text: Children Under Threat. The State of The World's Children 2005.

Poverty Photo
©UNICEF/Indonesia/
Paul Dillon

Lutte contre l’exploitation sexuelle et la traite des filles en Indonésie

Dewi et sa sœur cadette Yani répètent une pièce de théâtre dans la pièce arrière d’une petite maison comme les autres à Surakarta, une ville d’un demi-million d’habitants au centre de la région de Java, en Indonésie. La pièce, Eka, parle d’une fillette qui a été kidnappée et vendue à l’industrie du sexe. Les deux sœurs ont écrit la pièce elles-mêmes, avec neuf de leurs amies. C’est aussi elles qui la jouent.

« Elle s’inspire de notre vie à nous, explique Dewi, une mince jeune fille de 21 ans habillée d’un T-shirt blanc et d’une longue robe en velours. Un proxénète enlève Eka dans son village et la donne à un de ses clients. Elle refuse de coucher avec lui et il la viole. Dans la pièce, une amie d’Eka essaie de l’aider en appelant un ange gardien à sa rescousse. »

L’idée d’écrire une pièce vient de Kakak, une organisation non gouvernementale qui travaille en partenariat avec l’UNICEF à Surakarta.

« Le théâtre donne confiance en soi, c’est aussi une manière efficace de faire campagne contre l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales », explique Emmy Smith, l’une des co-fondatrices du groupe. Kakak, qui signifie frère ou sœur aîné en indonésien, offre un refuge, un suivi psychosocial et l’espoir de s’en sortir aux enfants exploités par l’industrie du sexe. Même si les filles représentent la majorité des victimes, il y a aussi beaucoup de garçons qui se prostituent. A l’heure actuelle, Kakak aide cent cinquante victimes de l’exploitation sexuelle, filles et garçons confondus. Avec l’appui de la police et de la communauté, le programme a réussi à ce que neuf de ces jeunes quittent ce milieu, ce qui n’est pas une mince réussite.

« Pour supporter l’horrible vie qu’ils mènent, 90 pour cent des filles et des garçons qui sont impliqués dans la prostitution se droguent, affirme Emmy Smith. Le mépris dans lequel on les tient, une éducation insuffisante, la rareté des emplois et l’absence de services de réinsertion expliquent aussi pourquoi il est si difficile d’en extraire les filles. Il nous a fallu trois ans pour sauver Dewi et Yani. »

Yani avait quinze ans quand son petit ami lui a fait quitter la maison en faisant miroiter la promesse d’un emploi rémunérateur et la possibilité de poursuivre ses études. Après un long voyage en voiture vers une destination inconnue, elle a été violée par un Indonésien d’âge mûr qui l’a battue jusqu’à lui faire perdre conscience quand elle a refusé ses avances. Elle a été vendue sans attendre à un bordel où on la maintenait sous bonne garde jour et nuit. L’histoire de Dewi n’est guère différente. Bouleversées, effrayées et pleines de honte, Yani et Dewi ont rejoint la cohorte des millions de garçons et filles qui travaillent dans l’industrie du sexe, une industrie qui brasse des milliards de dollars à travers le monde.

« Mon « maquereau » a cessé de me donner de l’argent, il ne me fournissait plus que de la drogue, explique Dewi. J’allais de plus en plus mal. Je passais d’une chambre d’hôtel à l’autre et j’acceptais tous les clients, ici à Surakarta, à Yogyakarta ou à Djakarta. »

Quand Kakak a voulu aider les jeunes filles, celles-ci ont commencé par fuir l’organisation.

« Nous avions peur d’eux et de ce que le « maquereau » nous ferait s’il découvrait qu’ils nous aidaient, se souvient Dewi. Et puis, je suis tombée malade. J’ai cru que c’était le SIDA et j’ai eu vraiment peur. Je suis retournée auprès de ma mère. »

En fait, ce n’était pas le SIDA. Dewi a raconté à sa mère ce qui lui était arrivé. Elle a continué à se prostituer, quoique moins fréquemment. Elle savait qu’elle voulait en sortir et arrêter de se droguer. Sa sœur Yani pensait de même, et les deux sœurs décidèrent de faire appel à Kakak.

Pour finir, avec l’aide de leur mère et de Kakak, les deux sœurs ont réussi à quitter l’industrie du sexe. Dewi a repris l’école et apprend à être conseillère pour les jeunes exploités sexuellement. Yani veut fonder sa propre association de jeunes. Eka est la pièce qu’elles jouent le plus souvent. Elles se sont produites devant des Etats donateurs, des administrations locales, des politiciens et à des festivals à Surakarta et Yogyakarta.

Malheureusement, les choses se terminent rarement aussi bien. Pour chaque fille qu’on arrive à sauver, des millions d’autres restent piégées dans la prostitution et des millions d’autres entrent chaque année dans l’industrie du sexe.

Poverty Photo
©UNICEF/Indonesia/Joshua Estey

Thousands of children working in the sex industry

En Indonésie, on estime que 100 000 femmes et enfants sont victimes chaque année de la traite. L’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales est en augmentation et un tiers des travailleurs du sexe ont moins de dix-huit ans. La pauvreté et le manque de possibilités d’avenir pour les jeunes, le statut inférieur des filles, la demande élevée de sexe mercenaire, une répression pénale insuffisante, la discrimination et les conflits sont quelques-unes des causes profondes de la traite des enfants. Des études sur la traite et l’exploitation sexuelle en Asie de l’Est, y compris en Indonésie, montrent que la traite des enfants est lucrative, parfaitement bien organisée, associée à la criminalité et qu’elle encourage la corruption. Elle est également transnationale, agit souvent de façon dissimulée et est donc difficile à combattre.

L’UNICEF collabore avec les pouvoirs publics indonésiens et des organisations locales comme Kakak pour combattre l’exploitation sexuelle à des fins commerciales et la traite des enfants grâce aux moyens suivants : promotion de l’accès à l’éducation, interventions en faveur de lois rendant l’école obligatoire jusqu’à seize ans, et formation professionnelle en partenariat avec l’industrie du tourisme pour les jeunes ayant abandonné l’école, les enfants des rues et autres jeunes à risque.

La guérison et la réinsertion sont tout aussi essentielles pour aider les enfants victimes de la traite et de l’exploitation. Pour eux, c’est un énorme défi que de réintégrer la société après des mois, voire des années, passés loin de chez eux, dans des conditions humiliantes et souvent dangereuses. L’UNICEF et ses partenaires soutiennent l’idée de former les agents de la loi, les professionnels de la santé, les travailleurs sociaux et les enseignants pour qu’ils soient en mesure de répondre aux besoins des enfants victimes de la traite. Il appuie aussi la création d’un système intégré de références pour les victimes de l’exploitation et de la traite.

1 The names of the children have been changed

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L’action de l’UNICEF dans le domaine de la petite enfance [Web]

Eliminer le travail des enfants, en affirmant leurs droits [PDF]

A qui profite le crime? [PDF]

Pour financer le développement, investissez en faveur des enfants [PDF]


“... Pour moi, un monde digne des enfants, c'est quand chacun commence à trouver l'enfant qui est en soi. Je suis un enfant... Tout le monde a été enfant… un enfant ne s'arrête pas à la couleur de peau, à la race ou à la religion ! … Si le monde était comme un enfant… ce monde serait très certainement un endroit merveilleux où  vivre, un endroit où toute l’humanité pourrait vivre !!...”
Une fille de 16 ans, Malaisie

Connectez-vous à  www.unicef.org/voy/french


Nombre d’enfants qui sont devenus orphelins à cause du SIDA dans le monde : 15 millions; nombre d’enfants vivant en Allemagne : 15,2 millions. Nombre d’enfants au Royaume-Uni : 13,2 millions.
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© UNICEF 2004