La situation des enfants dans le monde 2003
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Courtesy of Fundacao Casa Grande/Brasil
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« Dis-le ! ».

Et ils l’ont dit.

« Troç! », en albanais, cela veut dire « Dis-le » ou « Dis la vérité » et c’est aussi le nom d’un magazine télévisé produit par des jeunes de 13 à 18 ans et diffusé toutes les semaines à la télévision nationale albanaise, auprès d’un public de près de 75 000 téléspectateurs.

Dans un pays où près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et où l’on estime que de 36 000 à 44 000 jeunes émigrent illégalement en Europe tous les ans, un groupe de 70 à 80 personnes s’efforce de faire bouger les choses.

« Notre seul objectif », explique Ebi Spahiu, journaliste de 16 ans à Troç, est « de faire sortir la vérité, pour que la situation puisse s’améliorer. »

Avec l’appui de l’UNICEF, Troç est devenu l’une des formes de participation les plus novatrices et les plus importantes qui soit offerte aux jeunes de la région. Ceux-ci écrivent et produisent eux-mêmes les programmes, qui sont appréciés du public et font souvent également évoluer la situation. Par exemple, un mois après une émission dans laquelle les reporters de Troç avaient dénoncé les mauvais traitements infligés aux enfants d’un dortoir, les autorités locales ont convoqué le directeur du dortoir et l’ont renvoyé. Après une autre émission, consacrée au manque de manuels scolaires des lycées d’une ville, les services éducatifs n’ont pas tardé à fournir aux étudiants des manuels, à temps pour les examens de fin d’année.

Troç s’inscrit dans le cadre d’une initiative de plus grande envergure menée par l’UNICEF dans la région : le Réseau de médias des jeunes, qui encourage des groupes de jeunes créateurs du domaine de la communication, dans le cadre de programmes d’échange, par exemple de missions dans les Balkans, de partenariats, de stages, de prix, de subventions et de dons.

En mettant les médias au service de la tolérance et de l’entente entre différents groupes ethniques, l’équipe de Troç a rendu compte des tentatives de réconciliation et de dialogue effectuées par des jeunes de différentes origines au Kosovo (Yougoslavie) et dans l’ex-République yougoslave de Macédoine. « Avec ces reportages, explique Akil Kraja, 16 ans, reporter et producteur de Troç, nous aimerions favoriser la communication et l’entente entre des jeunes de différents groupes ethniques. Pour que la paix règne dans la région, il faut d’abord accepter la langue, la culture et les traditions des autres. »

Casa Grande

Au Brésil, la participation des jeunes aux médias donne de très bons résultats dans une petite ville du Nord-Est du pays, où la Fondation Casa Grande accueille les enfants et les jeunes qui ne veulent pas se limiter à l’enseignement qu’ils reçoivent à l’école.

« J’avais entendu parler de Casa Grande et j’admirais leur travail, mais mon mari et moi ne voulions pas que notre fille y aille », raconte Maria Macedo de Freitas, la mère de Samara Diniz, reporter de 19 ans à Casa Grande.« Ici, dans la région du sertão (les terres intérieures semi-arides), les filles sont censées rester à la maison, aux côtés de leur mère. »

Mais Samara ne cessait se rendre en cachette à Casa Grande après l’école, et sa mère la ramenait constamment à la maison, sous les ordres du père. « Elle n’était pas d’accord avec son ‘macho’ de père, se souvient la mère de Samara, ce qui ne se fait pas ici. Mais sa persistance et son excellent travail de reporter ont fini par me persuader de participer également aux activités de Casa Grande. » Aujourd’hui, la mère de Samara est la Directrice de l’éducation à Casa Grande et le père de Samara est fier de sa fille.

Fondée en 1992 par les musiciens brésiliens Alemberg Quindins et Rosiane Limaverde, la Fondation Casa Grande est aidée par l’UNICEF et d’autres partenaires. Environ 70 enfants et adolescents participent à la planification des activités et aux prises de décision, ainsi qu’à la gestion
de la Fondation. Ils produisent des vidéos, des bandes dessinées, des revues et des émissions radio destinés aux enfants et aux jeunes. « Bien que nous vivions dans une petite ville, dit Samuel Macedo, 17 ans, responsable de la radio et membre de l’équipe de télévision et d’un groupe de rock, nous pouvons avoir des informations et des connaissances comme tous les jeunes du Brésil. »

En avril 2001, l’équipe du projet a lancé un magazine et une vidéo produits avec l’appui de l’UNICEF et de la Fondation des Nations Unies. Les supports d’informations sur la prévention du tabagisme ont remporté un franc succès et ont été distribués à plus de 550 000 enfants et adolescents dans les écoles de Ceará. « Les activités que j’ai ici ont changé ma vie, explique Samuel, car auparavant je ne pensais pas à l’avenir et la vie ne m’intéressait pas beaucoup. Maintenant, je m’occupe de la coordination d’émissions radio et télé, je sais me servir d’instruments de musique, d’ordinateurs et, surtout, je sais m’intégrer à un groupe. »

Journée internationale de la radio et de la télévision en faveur des enfants

Les projets internationaux entrepris dans le domaine de la communication ont également permis aux enfants de s’exprimer. Tous les ans depuis 1992, le deuxième dimanche de décembre, des milliers d’enfants du monde entier célèbrent la Journée internationale de la radio et de la télévision en faveur des enfants. Les enfants deviennent alors reporters, présentateurs et producteurs de programmes sur des thèmes comme leurs droits, la pauvreté, le VIH/SIDA, la discrimination et les conflits.

Grâce à la participation de plus de 2 000 radios et chaînes de télévision, cette Journée est la plus grande campagne médiatique mondiale en faveur des enfants.

Entreprise conjointement par l’International Council of the National Academy of Television Arts and Sciences (NATAS) et l’UNICEF, cette initiative a dépassé le cadre de la Journée internationale et développe la participation des enfants aux médias pendant toute l’année. Certains programmes créés à l’occasion de la célébration de la Journée sont devenus hebdomadaires; d’autres ont mené à l’ouverture d’instituts de formation.

Par exemple, en août 2002, la télévision centrale chinoise (CCTV) a créé l’école de formation aux médias télévisés Galaxy Teenagers, destinée aux enfants de 9 à 12 ans. Sur les quelque 300 enfants de Beijing qui ont postulé et passé les examens d’entrée, 50 ont été sélectionnés pour suivre une formation et devenir de jeunes journalistes de la télévision qui pourront travailler à CCTV jusqu’à l’âge de 14 ans. Très prochainement, un plus grand nombre d’enfants auront la possibilité de participer à ce programme, à mesure que d’autres établissements de l’école ouvriront dans l’ensemble du pays.

« J’ai de la chance d’avoir eu cette occasion d’être un jeune reporter et de faire des interviews, particulièrement sur le terrain », reconnaît Yang Yi, 12 ans, reporter à Galaxy. « Je m’aperçois que le métier de reporter représente beaucoup de travail et je me rends compte des efforts qu’il faut faire pour obtenir une bonne interview. Je pense que j’apprends à être patient, à paraître sûr de moi devant la caméra et à m’adapter aux changements. Etre un jeune reporter m’a ouvert l’esprit et cela m’a permis de rencontrer des gens et d’aller dans des endroits que je n’aurais sinon jamais découverts. »

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