III Les actions qui peuvent changer le monde
Investir en faveur des enfants, cest tout simplement le
meilleur investissement quun gouvernement puisse faire.
Aucun pays na pu se hisser au niveau dun développement
appréciable et soutenu sans investir de façon substantielle
au profit de ses enfants.
Impulsions stratégiques
Les décisions des dirigeants politiques ont des répercussions
importantes sur la vie privée des familles, des premières
années dun enfant jusquà lâge
scolaire; sur les années dapprentissage, correspondant
environ à lâge de la scolarité primaire;
et sur ladolescence, période où lenfant
sefforce dappréhender toute la complexité
du monde.
Le développement du jeune enfant
Limportance primordiale du développement du jeune
enfant est beaucoup plus communément acceptée quelle
ne létait au moment du Sommet mondial pour les enfants,
en 1990. Il ne saurait y avoir de développement humain
si la petite enfance ne fait pas lobjet de soins de qualité.
Ces soins sont également un droit fondamental. Les dirigeants
de tous les pays du monde doivent sassurer que la naissance
de chaque enfant, sans exception, est enregistrée; que
tous les enfants peuvent vivre les premières années
de leur vie à labri de la violence et des mauvais
traitements; et quils ont accès à une nutrition
suffisante, à leau salubre, à des installations
dassainissement adéquates et à des soins de
santé de qualité. Et, chose tout aussi importante,
les collectivités doivent sassurer que les besoins
des enfants en matière de développement intellectuel
et affectif sont satisfaits; que des activités déveil
et dapprentissage leur sont proposées de bonne heure
et que leurs parents et autres dispensateurs de soins primaires
reçoivent des informations et un appui suffisants pour
pouvoir offrir un cadre protecteur et enrichissant. Si les gouvernements
centraux et les administrations locales se croisent les bras,
ils feront une erreur qui leur coûtera cher et ils
manqueront en même temps aux obligations morales et juridiques
quénonce la Convention relative aux droits de lenfant.
Sils sont de bonne qualité, les programmes de développement
de la petite enfance englobent tous les objectifs de la survie
de lenfant auxquels lUNICEF est traditionnellement
associé : santé maternelle, accouchement sans risques,
examens médicaux postnatals réguliers, vaccination,
encouragement de la croissance par allaitement au sein, alimentation
complémentaire et apport de micronutriments, et éducation
des parents en matière de nutrition et de santé.
Mais ils sétendent également au développement
mental, social, affectif et spirituel des enfants pendant les
premières années de la vie, cest-à-dire
tant aux soins physiques et psychosociaux quils reçoivent
quaux activités déveil auxquelles ils
prennent plaisir.
 Léducation
de base
La nécessité dinvestir dans une éducation
de base de qualité en particulier dans celle des
filles a été démontrée de façon
convaincante. Léducation enrichit la vie et ouvre
de nouvelles perspectives à tous.
Par ailleurs, les filles qui ont la possibilité daller
à lécole améliorent généralement
non seulement leurs chances, mais aussi celles de leurs enfants
et de leur famille à venir et de lensemble
de la société. On a démontré que linstruction
des filles réduit la mortalité infantile, améliore
la santé et la nutrition des enfants, améliore la
santé des femmes et freine laccroissement démographique,
car en général les femmes instruites se marient
plus tard et ont moins denfants.
Adolescence
Les gouvernements qui ont ratifié la Convention relative
aux droits de lenfant doivent accepter que les adolescents
ont des droits inaliénables qui sont manifestement méconnus
aujourdhui. Les adolescents ont le droit de recevoir des
informations pertinentes et fiables de multiples sources, parmi
lesquelles les parents, les enseignants, les médias et
les éducateurs de leur âge. Ils ont le droit, alors
quils sont à la recherche de leur identité
et de leur indépendance propres, de se voir inculquer les
aptitudes à la vie quotidienne aptitude à
la négociation, à la résolution des conflits,
à la pensée critique, à la prise de décision,
à la communication et aux moyens dassurer sa subsistance.
Le fait de garantir ces droits peut aider non seulement les jeunes,
mais lensemble de la société.
Responsabilités sans frontières
Les incitations économiques à investir en faveur
des enfants ne font défaut dans aucun pays. Chaque Etat
ayant ratifié la Convention relative aux droits de lenfant
est tenu de réaliser tous les droits des enfants reconnus
par la Convention « dans toute la mesure de ses ressources
disponibles » et a accepté lobligation juridique
et morale de partir du principe de lintérêt
supérieur de lenfant lorsque des décisions
économiques difficiles doivent être prises. A tous
les niveaux, les ministres des finances et les institutions financières
doivent assumer leurs responsabilités en ce qui concerne
les modalités dutilisation des deniers publics pour
investir en faveur des enfants.
La Convention ajoute toutefois son propre avenant en stipulant
que « le cas échéant », les ressources
doivent être recherchées « dans le cadre de
la coopération internationale ». Les pays en développement
doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir mais il nest
que trop clair que la plupart dentre eux natteindront
les objectifs fixés pour 2015 et réaffirmés
par la communauté internationale au Sommet du Millénaire
que moyennant une augmentation importante de laide extérieure
et une utilisation massive des ressources procurées
par lallégement de la dette.
LInitiative en faveur des pays lourdement endettés,
qui était au départ très circonscrite et
qui a été mise en place avec une lenteur désespérante,
commence enfin à produire des effets. Au début de
2000 encore, lInitiative navait permis dalléger
la dette que de quatre pays : la Bolivie, le Guyana, le Mozambique
et lOuganda. Aujourdhui, sa version « renforcée »
a enfin commencé à changer les choses : quelque
22 pays pauvres bénéficient dallégements
divers qui devraient finir par représenter quelque 34 milliards
de dollars et aider à ramener le montant de leur dette
à un tiers de ce quil était au début
du processus.
Autre fait nouveau très bien accueilli, les pays du G7
ont annoncé la remise de 100 % de la dette bilatérale
quavaient contractée à leur égard les
pays pouvant prétendre au bénéfice de lInitiative
susmentionnée.
Les pays qui revendiquent un rôle prépondérant
dans léconomie mondiale doivent aller au-delà
des promesses non tenues du siècle dernier. Ils doivent
répondre à lappel du Directeur général
du FMI, Horst Köhler, qui voudrait voir lancer « une
campagne de mobilisation du public pour faire adopter par tous
les gouvernements et parlements des pays membres de lOCDE
des mesures permettant datteindre lobjectif de 0,7 %
avant la fin de cette décennie ». Cet appui du public
ne devrait pas être pas difficile à obtenir : un
sondage réalisé récemment aux Etats-Unis
a permis de constater que les personnes interrogées pensaient
que leur gouvernement consacrait nettement plus de 20 % du budget
fédéral à laide extérieure.
Quand on leur a demandé ce quelles considéraient
être un taux approprié daide extérieure,
la moyenne de leurs réponses était de 14 % du budget.
Un événement des plus encourageants sest
produit à Londres en février 2001. Le Ministre des
finances du Royaume-Uni, Gordon Brown, et la Secrétaire
chargée du développement international, Clare Short,
avaient organisé une conférence dune journée
sur le thème de laction internationale contre la
pauvreté des enfants. Cela marquait un infléchissement
notable de laxe des préoccupations. Les ministres
des finances de presque toutes les régions du monde avaient
été invités à cette conférence,
de même que les directeurs de la Banque mondiale et du FMI
et des délégations des principales organisations
de lONU et dONG. Cétait admettre que
les objectifs de développement que la communauté
internationale sest engagée à atteindre dici
à 2015 nont une chance de lêtre que si
toutes les parties collaborent en sengageant nettement plus
à fond quelles ne lont fait jusquà
présent et, tout particulièrement, que si
lon peut compter sur les ministres des finances et les institutions
financières internationales, qui contrôlent les ressources.
Sexprimant lors de la même conférence à
la faveur dune liaison par satellite, Nelson Mandela a placé
les participants devant leurs responsabilités : «
Les enfants devraient être au centre des préoccupations
mondiales. Nous devons revoir les stratégies de lutte contre
la pauvreté de façon à donner la priorité
aux investissements à réaliser pour les enfants
».
La Session extraordinaire consacrée aux enfants
La Session extraordinaire de lAssemblée générale
des Nations Unies consacrée aux enfants devait se dérouler
à New York en septembre 2001 mais elle a été
ajournée suite aux attentats du World Trade Center. Cette
session, aboutissement dannées de travail de milliers
dorganisations, devrait avoir lieu au début de 2002.
Elle aura été précédée, comme
le sont toutes les grandes conférences des Nations Unies,
par une série de réunions préparatoires au
cours desquelles les principales questions ont été
analysées et débattues et des principes directeurs
et des objectifs, auxquels les gouvernements nationaux seront
invités à souscrire, ont été élaborés
et révisés après des débats acharnés.
Un éventail très large dorganisations de
la société civile travaillant avec les enfants et
pour eux ont dentrée de jeu activement participé
au débat. Les représentants des ONG ont eu accès
aux préparatifs et ont fourni une contribution importante
aux projets de documents. Ces organisations ont constitué
une alliance destinée à amener le monde à
prendre au sérieux lidée selon laquelle les
enfants ont des droits fondamentaux et quils doivent pouvoir
compter en priorité sur notre énergie, notre dévouement
et nos ressources.
Au demeurant, il sagit dune alliance qui ne vise
pas simplement à se faire lécho des besoins
et des préoccupations des enfants, mais entend reposer
sur leur participation. Cest ainsi quà Jomtien
(Thaïlande) a eu lieu en avril une rencontre sans précédent
entre des enfants âgés de 11 à 18 ans venus
de tous les pays dAsie orientale. Ils se sont rencontrés
pour débattre des problèmes des enfants de la région,
exprimer la façon dont ils pensent que les choses devraient
évoluer et formuler leurs propres recommandations à
lintention des gouvernements et des ONG qui participeront
à la Session extraordinaire. Au cours du même mois,
des enfants de 27 pays dEurope et dAsie centrale se
sont rencontrés à Budapest pour travailler à
lélaboration dun Programme des jeunes pour
lEurope et lAsie centrale. Dans la même veine,
un Forum régional des jeunes sest tenu à Amman
en novembre 2000, auquel ont participé des enfants du Moyen-Orient
et dAfrique du Nord : ils ont souligné que les enfants
doivent être associés à tous les efforts visant
à mettre fin à linégalité, à
la violence et à linjustice, lesquelles mettent à
mal les droits des enfants et le développement humain.
Et en avril 2001, à Katmandou, un groupe appelé
The Change Makers, qui représente les enfants des huit
pays dAsie du Sud, a présenté sa conception
de lavenir à des chefs dentreprise de la région.
Un monde digne des enfants
Lorsquelle aura lieu finalement, la Session extraordinaire
constituera pour les pays du monde loccasion de rompre avec
une tradition qui fait que lon laisse des centaines de millions
denfants se débattre dans la pauvreté. Exploités
dans le travail, condamnés à avoir faim tous les
jours, ils ne bénéficient daucune instruction.
Nous avons beaucoup appris au cours de plusieurs décennies
de développement sur la façon dont les promesses
peuvent être abandonnées ou esquivées
ce qui aboutit toujours à faire des enfants les principales
victimes de la trahison. Nous avons appris que les objectifs doivent
être spécifiques, circonscrits dans le temps et mesurables
et que les progrès accomplis dans leur réalisation
doivent être suivis et examinés de près.
Cest maintenant au tour de ceux qui détiennent le
pouvoir politique et sont investis de la confiance de leurs administrés
de favoriser le changement. Cette responsabilité capitale
leur incombe et ils doivent saisir les possibilités qui
se présenteront. Ceux qui aiment à sappeler
dirigeants doivent donner tout ce qui sera nécessaire
et rien de moins pour créer un monde digne des enfants.
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