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UNICEF home The State of the World's Children
2002 Photo © UNICEF/92-1291/Lemoyne
 

Leadership

 

III Les actions qui peuvent changer le monde

Investir en faveur des enfants, c’est tout simplement le meilleur investissement qu’un gouvernement puisse faire. Aucun pays n’a pu se hisser au niveau d’un développement appréciable et soutenu sans investir de façon substantielle au profit de ses enfants.

Impulsions stratégiques

Les décisions des dirigeants politiques ont des répercussions importantes sur la vie privée des familles, des premières années d’un enfant jusqu’à l’âge scolaire; sur les années d’apprentissage, correspondant environ à l’âge de la scolarité primaire; et sur l’adolescence, période où l’enfant s’efforce d’appréhender toute la complexité du monde.

Le développement du jeune enfant

L’importance primordiale du développement du jeune enfant est beaucoup plus communément acceptée qu’elle ne l’était au moment du Sommet mondial pour les enfants, en 1990. Il ne saurait y avoir de développement humain si la petite enfance ne fait pas l’objet de soins de qualité. Ces soins sont également un droit fondamental. Les dirigeants de tous les pays du monde doivent s’assurer que la naissance de chaque enfant, sans exception, est enregistrée; que tous les enfants peuvent vivre les premières années de leur vie à l’abri de la violence et des mauvais traitements; et qu’ils ont accès à une nutrition suffisante, à l’eau salubre, à des installations d’assainissement adéquates et à des soins de santé de qualité. Et, chose tout aussi importante, les collectivités doivent s’assurer que les besoins des enfants en matière de développement intellectuel et affectif sont satisfaits; que des activités d’éveil et d’apprentissage leur sont proposées de bonne heure et que leurs parents et autres dispensateurs de soins primaires reçoivent des informations et un appui suffisants pour pouvoir offrir un cadre protecteur et enrichissant. Si les gouvernements centraux et les administrations locales se croisent les bras, ils feront une erreur qui leur coûtera cher – et ils manqueront en même temps aux obligations morales et juridiques qu’énonce la Convention relative aux droits de l’enfant.

S’ils sont de bonne qualité, les programmes de développement de la petite enfance englobent tous les objectifs de la survie de l’enfant auxquels l’UNICEF est traditionnellement associé : santé maternelle, accouchement sans risques, examens médicaux postnatals réguliers, vaccination, encouragement de la croissance par allaitement au sein, alimentation complémentaire et apport de micronutriments, et éducation des parents en matière de nutrition et de santé. Mais ils s’étendent également au développement mental, social, affectif et spirituel des enfants pendant les premières années de la vie, c’est-à-dire tant aux soins physiques et psychosociaux qu’ils reçoivent qu’aux activités d’éveil auxquelles ils prennent plaisir.

UNICEF/96-0276/Toutounji

L’éducation de base

La nécessité d’investir dans une éducation de base de qualité – en particulier dans celle des filles – a été démontrée de façon convaincante. L’éducation enrichit la vie et ouvre de nouvelles perspectives à tous.

Par ailleurs, les filles qui ont la possibilité d’aller à l’école améliorent généralement non seulement leurs chances, mais aussi celles de leurs enfants et de leur famille à venir – et de l’ensemble de la société. On a démontré que l’instruction des filles réduit la mortalité infantile, améliore la santé et la nutrition des enfants, améliore la santé des femmes et freine l’accroissement démographique, car en général les femmes instruites se marient plus tard et ont moins d’enfants.

Adolescence

Les gouvernements qui ont ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant doivent accepter que les adolescents ont des droits inaliénables qui sont manifestement méconnus aujourd’hui. Les adolescents ont le droit de recevoir des informations pertinentes et fiables de multiples sources, parmi lesquelles les parents, les enseignants, les médias et les éducateurs de leur âge. Ils ont le droit, alors qu’ils sont à la recherche de leur identité et de leur indépendance propres, de se voir inculquer les aptitudes à la vie quotidienne – aptitude à la négociation, à la résolution des conflits, à la pensée critique, à la prise de décision, à la communication et aux moyens d’assurer sa subsistance. Le fait de garantir ces droits peut aider non seulement les jeunes, mais l’ensemble de la société.

Responsabilités sans frontières

Les incitations économiques à investir en faveur des enfants ne font défaut dans aucun pays. Chaque Etat ayant ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant est tenu de réaliser tous les droits des enfants reconnus par la Convention « dans toute la mesure de ses ressources disponibles » et a accepté l’obligation juridique et morale de partir du principe de l’intérêt supérieur de l’enfant lorsque des décisions économiques difficiles doivent être prises. A tous les niveaux, les ministres des finances et les institutions financières doivent assumer leurs responsabilités en ce qui concerne les modalités d’utilisation des deniers publics pour investir en faveur des enfants.

La Convention ajoute toutefois son propre avenant en stipulant que « le cas échéant », les ressources doivent être recherchées « dans le cadre de la coopération internationale ». Les pays en développement doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir mais il n’est que trop clair que la plupart d’entre eux n’atteindront les objectifs fixés pour 2015 et réaffirmés par la communauté internationale au Sommet du Millénaire que moyennant une augmentation importante de l’aide extérieure – et une utilisation massive des ressources procurées par l’allégement de la dette.

L’Initiative en faveur des pays lourdement endettés, qui était au départ très circonscrite et qui a été mise en place avec une lenteur désespérante, commence enfin à produire des effets. Au début de 2000 encore, l’Initiative n’avait permis d’alléger la dette que de quatre pays : la Bolivie, le Guyana, le Mozambique et l’Ouganda. Aujourd’hui, sa version « renforcée » a enfin commencé à changer les choses : quelque 22 pays pauvres bénéficient d’allégements divers qui devraient finir par représenter quelque 34 milliards de dollars et aider à ramener le montant de leur dette à un tiers de ce qu’il était au début du processus.

Autre fait nouveau très bien accueilli, les pays du G7 ont annoncé la remise de 100 % de la dette bilatérale qu’avaient contractée à leur égard les pays pouvant prétendre au bénéfice de l’Initiative susmentionnée.

Les pays qui revendiquent un rôle prépondérant dans l’économie mondiale doivent aller au-delà des promesses non tenues du siècle dernier. Ils doivent répondre à l’appel du Directeur général du FMI, Horst Köhler, qui voudrait voir lancer « une campagne de mobilisation du public pour faire adopter par tous les gouvernements et parlements des pays membres de l’OCDE des mesures permettant d’atteindre l’objectif de 0,7 % avant la fin de cette décennie ». Cet appui du public ne devrait pas être pas difficile à obtenir : un sondage réalisé récemment aux Etats-Unis a permis de constater que les personnes interrogées pensaient que leur gouvernement consacrait nettement plus de 20 % du budget fédéral à l’aide extérieure. Quand on leur a demandé ce qu’elles considéraient être un taux approprié d’aide extérieure, la moyenne de leurs réponses était de 14 % du budget.

Un événement des plus encourageants s’est produit à Londres en février 2001. Le Ministre des finances du Royaume-Uni, Gordon Brown, et la Secrétaire chargée du développement international, Clare Short, avaient organisé une conférence d’une journée sur le thème de l’action internationale contre la pauvreté des enfants. Cela marquait un infléchissement notable de l’axe des préoccupations. Les ministres des finances de presque toutes les régions du monde avaient été invités à cette conférence, de même que les directeurs de la Banque mondiale et du FMI et des délégations des principales organisations de l’ONU et d’ONG. C’était admettre que les objectifs de développement que la communauté internationale s’est engagée à atteindre d’ici à 2015 n’ont une chance de l’être que si toutes les parties collaborent en s’engageant nettement plus à fond qu’elles ne l’ont fait jusqu’à présent – et, tout particulièrement, que si l’on peut compter sur les ministres des finances et les institutions financières internationales, qui contrôlent les ressources.

S’exprimant lors de la même conférence à la faveur d’une liaison par satellite, Nelson Mandela a placé les participants devant leurs responsabilités : « Les enfants devraient être au centre des préoccupations mondiales. Nous devons revoir les stratégies de lutte contre la pauvreté de façon à donner la priorité aux investissements à réaliser pour les enfants ».

La Session extraordinaire consacrée aux enfants

La Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies consacrée aux enfants devait se dérouler à New York en septembre 2001 mais elle a été ajournée suite aux attentats du World Trade Center. Cette session, aboutissement d’années de travail de milliers d’organisations, devrait avoir lieu au début de 2002. Elle aura été précédée, comme le sont toutes les grandes conférences des Nations Unies, par une série de réunions préparatoires au cours desquelles les principales questions ont été analysées et débattues et des principes directeurs et des objectifs, auxquels les gouvernements nationaux seront invités à souscrire, ont été élaborés et révisés après des débats acharnés.

Un éventail très large d’organisations de la société civile travaillant avec les enfants et pour eux ont d’entrée de jeu activement participé au débat. Les représentants des ONG ont eu accès aux préparatifs et ont fourni une contribution importante aux projets de documents. Ces organisations ont constitué une alliance destinée à amener le monde à prendre au sérieux l’idée selon laquelle les enfants ont des droits fondamentaux et qu’ils doivent pouvoir compter en priorité sur notre énergie, notre dévouement et nos ressources.

Au demeurant, il s’agit d’une alliance qui ne vise pas simplement à se faire l’écho des besoins et des préoccupations des enfants, mais entend reposer sur leur participation. C’est ainsi qu’à Jomtien (Thaïlande) a eu lieu en avril une rencontre sans précédent entre des enfants âgés de 11 à 18 ans venus de tous les pays d’Asie orientale. Ils se sont rencontrés pour débattre des problèmes des enfants de la région, exprimer la façon dont ils pensent que les choses devraient évoluer et formuler leurs propres recommandations à l’intention des gouvernements et des ONG qui participeront à la Session extraordinaire. Au cours du même mois, des enfants de 27 pays d’Europe et d’Asie centrale se sont rencontrés à Budapest pour travailler à l’élaboration d’un Programme des jeunes pour l’Europe et l’Asie centrale. Dans la même veine, un Forum régional des jeunes s’est tenu à Amman en novembre 2000, auquel ont participé des enfants du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord : ils ont souligné que les enfants doivent être associés à tous les efforts visant à mettre fin à l’inégalité, à la violence et à l’injustice, lesquelles mettent à mal les droits des enfants et le développement humain. Et en avril 2001, à Katmandou, un groupe appelé The Change Makers, qui représente les enfants des huit pays d’Asie du Sud, a présenté sa conception de l’avenir à des chefs d’entreprise de la région.

Un monde digne des enfants

Lorsqu’elle aura lieu finalement, la Session extraordinaire constituera pour les pays du monde l’occasion de rompre avec une tradition qui fait que l’on laisse des centaines de millions d’enfants se débattre dans la pauvreté. Exploités dans le travail, condamnés à avoir faim tous les jours, ils ne bénéficient d’aucune instruction.

Nous avons beaucoup appris au cours de plusieurs décennies de développement sur la façon dont les promesses peuvent être abandonnées ou esquivées – ce qui aboutit toujours à faire des enfants les principales victimes de la trahison. Nous avons appris que les objectifs doivent être spécifiques, circonscrits dans le temps et mesurables – et que les progrès accomplis dans leur réalisation doivent être suivis et examinés de près.

C’est maintenant au tour de ceux qui détiennent le pouvoir politique et sont investis de la confiance de leurs administrés de favoriser le changement. Cette responsabilité capitale leur incombe et ils doivent saisir les possibilités qui se présenteront. Ceux qui aiment à s’appeler dirigeants doivent donner tout ce qui sera nécessaire – et rien de moins – pour créer un monde digne des enfants.

 
   


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