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Un père et son fils au Guatemala.

Encadré 4

Iniciativa Papa : améliorer la vie des enfants, un père à la fois

Tous les jours à midi, sans exception, Juan Aguirre Quispe va chercher sa fille à la crèche. Tenant d’une poigne musclée la petite main délicate de l’enfant, le père marche à côté de la fille et tous deux chantent des chansons apprises à la crèche. Après une dure matinée de travail, ce père de 33 ans attend avec impatience la trêve de midi, qu’il passe à sautiller, à rire et à faire des câlins avec sa fille. À ses amis qui se moquent de son « rôle de femme », il répond que les histoires et les rires qu’il partage avec ses enfants les rendent plus intelligents. Au fond, il sait aussi que le temps qu’il passe avec eux lui fait le plus grand bien.

« J’aime bien être avec eux. On mange ensemble, on joue et on passe plus de temps ensemble », explique M. Quispe. Depuis qu’il s’occupe davantage de ses enfants, il estime que son couple est plus stable. « Ma femme et moi communiquons davantage. Nous manifestons notre amour et notre union. »

M. Quispe est l’un des 96 000 Péruviens qui participent à Iniciativa Papa, un programme de développement du jeune enfant lancé par l’UNICEF et mis en œuvre dans les crèches par le Ministère de l’éducation. En s’adressant aux hommes et aux adolescents, Iniciativa Papa renforce le rôle que jouent les pères dans l’éducation des enfants. Au sein de petits groupes dirigés par des animateurs dûment formés, les hommes discutent des bienfaits d’une alimentation équilibrée, de l’eau salubre, des vaccinations et de la stimulation cognitive. Comme d’autres pays de petite taille (la Jordanie et la Namibie par exemple), le Pérou défend les intérêts de ses citoyens en herbe en recommandant aux pères de jouer un rôle de premier plan dans la vie de leurs enfants. Des pères du monde entier apprennent ainsi par l’expérience à contribuer de façon positive au développement de leurs enfants.

En Namibie, par exem-ple, des responsables des relations communautaires ont éveillé l’attention des villageois en organisant des « réunions » de pères. En faisant appel à l’esprit de compétition des hommes, ils ont mis au point un jeu de société, For Fathers Only — Fathers Involved in ECD (Seulement pour les pères — Pères participant au développement du jeune enfant). Ce jeu comprend une série de cases représentant des hommes jouant avec des enfants ou s’occupant d’eux. Le but du jeu est d’aller de la case départ à l’arrivée en tirant des cartes et en répondant à des questions, (par exemple : qu’est-ce que les enfants retirent des jeux ?) Une fois qu’un père a répondu, les membres du groupe évaluent sa réponse. S’ils décident qu’il a donné une réponse censée et correcte, il avance d’une case.

En Jordanie, les pères participant au programme Meilleurs parents se réunissent le soir en petits groupes, dans des centres communautaires ou chez les dirigeants du village. Ils apprennent à construire des aires de jeu avec les matériaux dont ils disposent chez eux. Ils discutent de la façon dont les soins et l’affection des pères — prodigués au cours des jeux, des danses, des bains et des repas — aident les enfants à se développer.

Les recherches confirment ce que les hommes qui participent activement à la vie de leurs enfants savent déjà intuitivement. Lorsque les pères ne se contentent pas de gagner l’argent de la famille ou de faire régner la discipline, tout le monde y gagne. Les pères ont toujours été considérés comme les détenteurs du pouvoir. Mais l’affection et les soins qu’ils apportent à l’enfant sont tout aussi importants que leur contribution économique et leur autorité.

Lorsque les pères s’occupent de leurs enfants, non seulement ces derniers sont en meilleure santé mais ils sont également plus éveillés et plus stables sur le plan affectif. D’après une étude effectuée à la Barbade, les enfants ont de meilleurs résultats scolaires lorsque leurs pères jouent un rôle actif dans leur vie, qu’ils vivent ou non sous le même toit. Aux Etats-Unis, des études ont indiqué que les nourrissons dont les pères sont très présents ont de meilleurs résultats aux tests d’intelligence préscolaires que ceux dont les pères sont moins présents. L’amélioration des résultats scolaires n’est pas le seul avantage. Lorsque les pères et les enfants jouent, chantent et rient ensemble, c’est toute la famille qui est en général plus heureuse et plus équilibrée.

Depuis sa création il y a deux ans, Iniciativa Papa a su convaincre des hommes et des adolescents de remettre en question la répartition rigide des rôles entre les sexes, et les incite à forger eux-mêmes l’avenir de leurs enfants. Non seulement ils acquièrent des connaissances précises sur le développement des enfants, mais ils examinent également les valeurs transmises de génération en génération. Cependant, il faut beaucoup de persévérance pour faire évoluer les mentalités et changer les rôles attribués aux pères et aux mères ou ce qu’on attend des filles et des garçons.

« Le machisme ne va pas disparaître d’un jour à l’autre », explique l’une des animatrices du programme, Jessica Avellaneda García, 24 ans. « Mais il y a du progrès. [Les hommes] semblent plus disposés à communiquer, ils apprécient davantage les travaux ménagers des femmes et ils passent plus de temps avec leurs enfants ».

En dépassant les vieux stéréotypes, certains pères comprennent que les chansons, les histoires racontées, l’écoute, les repas donnés, les câlins et les jeux bénéficient au développement, tant physique que psychologique, de leurs filles et garçons. Ils apprennent également que la tolérance et la tendresse aident beaucoup les enfants à prendre conscience de leur valeur.

« J’ai appris à être plus patient, explique Braulio Gálvez Gutiérrez, l’un des pères qui participent au groupe sur les adolescents. Ce sont de jeunes enfants, et il faut avoir beaucoup de patience. C’est pourquoi il vaut mieux, pour qu’ils apprennent, leur expliquer les choses en répondant à leur curiosité. Avec mon fils, j’essaie de ne pas hurler. Maintenant, je lui montre davantage l’amour que je lui porte. »

 

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