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UNICEF/00-0283/Pirozzi

Notre promesse aux enfants du monde

Par Nelson Mandela

Nelson MandelaMes premiers souvenirs d’enfance sont ceux du village de Qunu et des ondulations des collines et des vallées verdoyantes du Transkei, dans le sud-est de l’Afrique du Sud, où il se trouve. C’est à Qunu que j’ai passé les années les plus heureuses de mon enfance, au sein d’une famille qui comptait tant de bébés, d’enfants, de tantes et d’oncles que je ne me souviens pas d’un seul moment de veille où je me fusse trouvé seul.

C’est là que mon père m’a appris, par la façon dont il menait sa vie, le sens de la justice qui m’est resté pendant toutes les décennies que j’ai traversées. En l’observant de près, j’ai appris à marcher la tête haute et à agir selon mes convictions.

C’est à Qunu que ma mère m’a raconté les histoires qui ont captivé mon imagination. Elle m’a enseigné la gentillesse et la générosité tout en faisant la cuisine sur un feu à ciel ouvert, me faisant manger et veillant sur ma santé. De l’époque où j’étais berger, j’ai conservé mon amour de la campagne, des espaces ouverts et des simples beautés de la nature. C’est alors que j’ai appris à aimer cette terre.

Mes amis d’enfance m’ont appris ce que sont la dignité et l’honneur. En écoutant et en observant les anciens dans leurs assemblées, j’ai appris l’importance de la démocratie et celle de donner à tout un chacun la possibilité de faire entendre sa voix. Et j’ai beaucoup appris de mon peuple, les Xhosa. De mon bienfaiteur et guide, le Régent, j’ai appris l’histoire de l’Afrique et des luttes menées par les Africains pour être libres.

Ce sont ces toutes premières années de ma vie qui ont décidé de la façon dont j’allais vivre les années bien remplies de ma longue existence. Quand je reviens un moment sur le passé, je ressens une immense gratitude pour mon père et ma mère et pour ce peuple tout entier qui m’ont élevé quand je n’étais qu’un enfant et ont fait de moi l’homme que je suis aujourd’hui.

Voilà ce que j’ai appris enfant. Maintenant que je suis un vieil homme, ce sont les enfants qui sont pour moi une source d’inspiration.

Mes chers enfants, je vois la lumière dans vos yeux, l’énergie dans votre corps et l’espoir qui vous anime. Je sais que c’est vous, non moi, qui construirez l’avenir. C’est vous, non moi, qui réparerez nos injustices et ferez fructifier tout ce que le monde a produit de positif.

Si je pouvais, en toute bonne foi, vous promettre l’enfance que j’aie eue, je le ferais. Si je pouvais vous promettre que chaque jour de votre existence sera pour vous l’occasion d’apprendre et de mûrir, je le ferais. Si je pouvais vous promettre que rien — ni la guerre, ni la pauvreté, ni l’injustice — ne vous privera de vos parents, de votre nom et de votre droit d’avoir une enfance heureuse, et que cette enfance vous préparera à vivre au plein sens du terme, je le ferais.

Mais je ne vais vous promettre que ce que je sais pouvoir tenir. Vous avez ma parole que je continuerai de mettre à profit tout ce que j’ai appris dans mes jeunes années et tout ce que j’ai appris depuis pour défendre vos droits. Je travaillerai tous les jours, en employant tous les moyens que je connais, à vous aider à grandir. Je chercherai à connaître votre point de vue et je ferai en sorte qu’il soit entendu par les autres.

Par Graça Machel

Graça MachelAux enfants du monde, auxquels ce rapport est dédié, je voudrais dire ceci : je vous ai consacré ma vie. Le combat pour votre dignité, votre liberté et votre protection est ce qui a le plus compté dans ma vie.

Nous ne nous connaissons peut-être pas, mais mes années d’enseignante et de militante m’ont beaucoup appris sur votre vie.

J’ai vu à quel point un enfant peut changer au bout d’une année d’école et combien des années de scolarisation peuvent transformer son avenir. J’ai pu constater que l’éducation a le pouvoir de sauver les familles de la pauvreté, les bébés de la mort et les jeunes filles de la servitude. Et j’ai vécu suffisamment longtemps pour voir une génération d’enfants soulever une nation avec pour toute arme l’éducation.

Mais j’ai aussi vu avec quelle rapidité la vie et l’avenir des jeunes peuvent être détruits. Je sais que la guerre, le VIH/SIDA et la pauvreté peuvent affecter tout le monde, mais ce sont les enfants qui sont le plus touchés. Je sais que les refuges sûrs des jeunes — vos écoles, vos dispensaires — sont envahis par des voyous. Je sais que les personnes que vous chérissez le plus et dont vous dépendez le plus — vos parents, vos maîtres, vos docteurs et infirmières — sont celles qui sont prises pour cible dans les conflits ou décimées par le sida.

J’ai eu la chance de pouvoir parcourir le monde et m’adresser aux jeunes pour leur demander de me parler de leur vie et de leurs expériences, et nombre d’entre vous ont bien voulu le faire. Vous m’avez dit ce que vous avez ressenti quand la guerre vous a pris ceux que vous aimiez et détruit votre idéalisme et vos rêves. Nombre de jeunes femmes m’ont dit qu’elles ne trouvaient pas assez d’aliments sains, ne pouvaient pas aller à l’école et ne recevaient pas les soins qui leur étaient dus. Je sais combien peut être cuisant le sentiment d’injustice et je connais la douleur sourde qui vous envahit lorsque vous comprenez que la vie est injuste.

Voici donc ce que je vous promets : je vous promets d’intervenir pour que vous puissiez aller à l’école et ayez ainsi la possibilité de connaître votre histoire, de stimuler votre imagination et d’écrire l’histoire de nos peuples. Je veux que vous connaissiez par vous-mêmes la liberté à laquelle la connaissance et l’éducation donnent accès.

Je vous promets d’agir contre la guerre, contre le SIDA, contre tous les ennemis innommables qui vous prennent vos parents, votre innocence, votre enfance. Je vous promets de prendre à partie, d’implorer et de harceler les chefs de gouvernement et les représentants du monde des affaires jusqu’à ce que vous puissiez sortir de chez vous pour vous occuper de votre troupeau ou aller remplir un seau d’eau sans avoir à redouter de marcher sur une mine ou d’être enlevé ou agressé. Et je vous promets de ne prendre de repos que lorsque toutes ces choses auront été reléguées au rayon des contes de fées et n’auront plus rien à voir avec votre vie quotidienne.

Chers garçons et filles, jeunes femmes et jeunes gens, vous êtes pour moi le sujet de préoccupation le plus pressant. Je sais ce que représente l’occasion d’exceller dans la vie, d’être préparé à l’affronter sain de corps et d’esprit et d’emprunter le chemin de la liberté ouvert par l’éducation. Je veux que vous en fassiez vous-mêmes l’expérience.

Mêler notre voix à celle des enfants


Par Nelson Mandela et Graça Machel

À nos seuls enfants,

Nous vous écrivons en nos qualités de mère et de père, de grands-parents et d’arrière-grands-parents, de responsables politiques et de militants. Vous êtes le moteur de notre indignation tout comme le point de convergence de nos espoirs. Vous êtes nos seuls enfants, notre seul lien avec l’avenir.

Chacun d’entre vous est sa propre personne, dotée de droits, dont le droit au respect et à la reconnaissance de sa dignité. Chacun d’entre vous mérite de prendre le meilleur départ possible dans la vie, de faire les meilleures études possibles, d’avoir l’occasion de développer tout son potentiel et la possibilité de participer de façon fructueuse à la vie de sa communauté. Et nous, Nelson et Graça, nous n’aurons de cesse que vous ne puissiez tous, qui que vous soyez, jouir de vos droits. Telle est notre promesse.

Faites-nous tenir cette promesse

Nelson Mandela, Prix Nobel de la paix, a été Président de l’Afrique du Sud. Graça Machel, experte spéciale des Nations Unies sur les conflits armés, a été Ministre de l’éducation du Mozambique. Ils dirigent ensemble le Partenariat mondial pour les enfants.

 

 

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