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Les effets des conflits armés sur les jeunes enfantsÀ lheure actuelle, au moins 20 conflits armés font rage dans le monde35, pour la plupart dans les pays pauvres. La guerre est une expérience traumatisante qui empêche, à tout le moins, la continuation dune existence normale. Elle est un terreau fertile pour les violations des droits des enfants. Au cours des dix dernières années, environ 2 millions denfants ont été massacrés, 6 millions dautres gravement blessés ou handicapés à vie, et 12 millions se sont retrouvés sans abri. On estime que les civils, mères et enfants pour la plupart, représentent entre 80 et 90 % des tués et des blessés dun conflit36. Au cours de la dernière décennie du XXe siècle, plus dun million denfants sont devenus orphelins ou ont été séparés de leur famille en raison dun conflit armé37. Pour prendre quelques exemples de combats récents, en Sierra Leone, au nord de lOuganda et au Soudan, des enfants ont assisté à la torture et au meurtre de membres de leur famille. En Tchétchénie, dautres ont été victimes de bombardements à répétition. Pendant le génocide de 1994, au Rwanda, 250 000 enfants ont été victimes de bombardements à répétition. En 1999, des enfants kosovars obligés de fuir le « nettoyage ethnique » ont été privés de leur foyer, séparés de leur famille et ont perdu tout ce que leur était familier. Dans les sociétés stables et prospères, les parents se demandent lequel, de Mozart ou de Brahms, stimule le mieux le développement du cerveau de leur bébé. Dans les zones de conflits, ils serrent leur progéniture dans leurs bras en tremblant au bruit des bombes ou des fusillades. Nous disposons détudes contrôlées sur les effets bénéfiques des petits mots damour dont les mamans abreuvent leurs nouveau-nés, mais qui peut imaginer ce qui se passe dans le cerveau dun jeune enfant piégé par la guerre ? Certains enfants, confrontés à linhumanité de la guerre, souffrent parfois du syndrome de stress post-traumatique, un trouble psychologique qui interrompt le processus du développement. Chez les enfants de moins de trois ans, les traumatismes graves provoquent non seulement des lésions psychologiques, mais peuvent même modifier de façon permanente la composition chimique du cerveau38. Les plus jeunes victimes de la guerre ont donc un besoin particulier de soins physiques et psychologiques. En traitant les blessures physiques des jeunes enfants, on leur permet de survivre à un conflit. En soignant leur esprit, on se donne une chance de prévenir le suivant. Zones de paix et « espaces de tranquillité pour les enfants ». Les enfants qui vivent dans des régions en guerre doivent à la fois supporter linsupportable et comprendre lincompréhensible. Dans ces situations de crise extrême, il est difficile dapporter aux nourrissons, aux enfants de tous âges et à leur famille une aide autre que celle qui est strictement nécessaire à leur survie : de leau, de la nourriture et un logement provisoire. La communauté mondiale peut considérer léveil cognitif et psychologique comme un luxe lorsque les besoins matériels sont clairement prioritaires. Mais même en temps de crise, les enfants ne réclament pas seulement à manger et à boire, ils veulent être réconfortés et aimés. Faute dintervention, un enfant traumatisé peut rester bloqué à un certain stade du développement et garder pour toujours gravé dans sa mémoire le souvenir des horreurs auxquelles il a assisté. Un bébé deviendra taciturne et apathique. Un jeune enfant, sous lempire de la peur, recommencera à mouiller ses draps et à sucer son pouce. Un enfant dâge préscolaire, accablé par le deuil, se montrera agressif ou se murera dans le silence. Pour sauver à la fois la vie et lesprit des enfants, dans de nombreux pays en crise, lUNICEF et ses partenaires tentent de créer des « zones de paix » et des « espaces de tranquillité pour les enfants ». Au Sri Lanka et au Soudan, lUNICEF et dautres organisations ont négocié une trêve avec les combattants afin dassurer lacheminement de secours alimentaires, de médicaments et de vaccins. En dépit du conflit, la vaccination des enfants sest déroulée comme prévu. Malheureusement, il nest pas toujours possible de mettre en place ces « couloirs de paix ». En 1999, la Sierra Leone a annulé deux de ses Journées nationales de vaccination en raison de la reprise des hostilités. Laide apportée aux enfants en matière dalimentation et de logement rétablit une certaine normalité dans des circonstances anormales. Les efforts déployés pour assurer leur scolarité, les faire jouer et les conseiller complètent le processus. Lors de larrivée massive de réfugiés en Albanie pendant le conflit ethnique du Kosovo, les organismes daide ont dabord fourni des médicaments, des vaccins, de leau propre et de la nourriture afin de prévenir la mortalité des nourrissons, des enfants et des mères. Outre ces stratégies de survie initiales, lInitiative des « espaces de tranquillité pour les enfants » a permis dassurer dautres services, y compris les soins aux nourrissons, des cours de premier cycle et préscolaires, des activités récréatives, un soutien psychosocial aux bébés et aux jeunes enfants et des conseils aux enfants plus âgés et à leurs familles. Il est difficile de juxtaposer les images denfants en train de dessiner, de jouer aux cubes et de danser avec celles denfants hurlant de peur, blottis à côté dun parent blessé ou gisant sur des draps trempés de leur sang. Mais ceux qui soccupent des enfants victimes de la guerre doivent sefforcer de guérir à la fois leurs troubles affectifs et leurs blessures corporelles. Spolier les bébés et les enfants de leur avenir. La guerre coûte cher. Non seulement elle dilapide le trésor des nations mais elle spolie leur population et leurs citoyens les plus vulnérables, les enfants, de leur avenir. La violence organisée ne se contente pas dinfliger des dégâts physiques et psychologiques, elle draine aussi de précieuses ressources. Largent qui pourrait permettre à des jeunes de prendre leur essor dans la vie est au contraire gaspillé à des fins destructrices. Lors de leur récent conflit frontalier, lÉrythrée et lÉthiopie ont dépensé des millions de dollars pour sarmer, tandis quun million dÉrythréens et 8 millions dÉthiopiens étaient menacés de famine. Le conflit interne qui ravage le Sri Lanka a fait à ce jour plus de 60 000 victimes et il a plongé le pays dans la récession économique. Selon la banque centrale, le conflit armé entre les Tigres libérateurs de lEelam tamoul (TLET) et le gouvernement à majorité cinghalaise a empêché léconomie datteindre le niveau de croissance moyen prévu et a provoqué le marasme actuel39. Le budget militaire du gouvernement du Sri Lanka est passé de 700 à 880 millions de dollars40. Tout cet argent dépensé pour acquérir des avions de combat ne pourra plus être affecté à la cause des enfants. Dans le village dAmbanganga, il ny a ni bombes ni mines terrestres, mais le conflit nen affecte pas moins des enfants comme ceux de Priyanthi. La décision dacheter des avions de combat a des répercussions considérables sur leur vie : elle les spolie de réserves en eau salubre, déquipements sanitaires convenables, de vaccins, de livres et de routes carrossables. Dans la zone de combat de la Péninsule de Jaffna, le coût de la guerre est bien plus élevé. Là, pris dans les combats, des enfants et leurs familles vivent sous les balles. Les plus âgés sont enrôlés de force. Comme dans dautres régions déchirées par la guerre, des milliers de bébés et denfants ont été blessés, ont perdu leur foyer, leurs parents ou la vie. Les germes de lintolérance ethnique et religieuse sont plantés dès le plus jeune âge. Mais si une fraction de largent consacré à la destruction militaire était investie pour assurer à chaque enfant un bon départ dans lexistence, la compassion et la tolérance pourraient remplacer les sentiments danimosité. Tôt dans la vie, les enfants apprendraient à régler leurs conflits sans violence. Investir pour les enfants rapporterait des dividendes de paix considérables.
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