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Un choix nécessaireCest dans les pays où les jeunes enfants ont le plus besoin dattention quils sont le moins assurés den recevoir : dans ces pays ravagés par la pauvreté, la violence et des épidémies dévastatrices, où la réalité quotidienne bat en brèche les espoirs et les rêves que les parents conçoivent pour leur progéniture. Léconomie mondiale tourne à plein régime mais la majorité des enfants vit encore dans la pauvreté. Au moment même où se dessine un espoir de paix dans le monde, des luttes ethniques et des conflits fomentés par lappât du gain éclatent, menaçant la vie et léquilibre psychologique des enfants. Et dans les familles décimées par le VIH/SIDA, les enfants doivent apprendre à survivre par leurs propres moyens. Chaque jour, au fil de ce qui apparaît comme un combat de chaque instant, parents et chargés de familles luttent pour lavenir des enfants dont ils ont la responsabilité. Confrontés aux crises et difficultés qui les absorbent en permanence, ils en viennent souvent à manquer de lénergie nécessaire pour accorder à ces bébés et jeunes enfants lattention qui convient. Le droit des jeunes à survivre, à grandir et à se développer est menacé lorsque les adultes qui soccupent deux sont épuisés. Mais ces obstacles, bien que colossaux, ne sont pas insurmontables, comme le montrent tous ceux qui parviennent à puiser les ressources leur permettant de prendre soin de leurs enfants. En Tanzanie, Febronia, une femme de 35 ans, a donné naissance à sept enfants. Quatre ont survécu : Martha, 10 ans, Angela, 8 ans, Colman, 6 ans et Grace, 9 mois. Deux garçons sont morts à lâge de 7 ans, un de la fièvre jaune et lautre dune cause inconnue. Un autre enfant, né prématurément, na vécu que quelques instants. Damas, le mari de Febronia, âgé de 42 ans, travaille de temps en temps dans une plantation de café et la famille survit avec un revenu en espèces denviron 80 000 shillings par an (125 dollars). Febronia et sa famille vivent dans une masure de bois, de boue séchée et de fer blanc. Les alentours de lhabitation sont couverts dune boue rouge qui, en séchant, forme une croûte sur les pieds nus de la mère, du père et des quatre enfants. Febronia, qui passe une heure par jour à aller chercher de leau à un ruisseau situé à environ 3 kilomètres, naime pas laisser ses jeunes enfants seuls à la maison. Mais ce qui la préoccupe le plus, cest dêtre obligée de se séparer de son bébé pendant des heures, lorsquelle ses vaque à ses occupations quotidiennes. Pendant que Febronia ramasse de lherbe pour nourrir le petit troupeau de vaches de la famille, cest sa fille de huit ans qui prend soin de Grace lorsquelle rentre de lécole. Comme beaucoup de mères dans de nombreux pays, Febronia passe ses journées, de laube au crépuscule, à nourrir et à protéger ses enfants avec les maigres ressources et laide minime dont elle dispose. Dès 6 heures du matin, elle prépare la bouillie de flocons davoine de la famille. Puis elle ramasse de lherbe pour les vaches, va chercher leau et se procure les aliments que consomme la famille ; cest elle aussi qui ramasse le bois indispensable à la cuisson des repas. Chaque jour, elle emmène ses petits enfants se baigner dans le ruisseau. Pendant la saison des pluies, elle essaie en vain de les tenir propres. Comme beaucoup dautres familles de la communauté, celle de Febronia ne dispose pas de latrines en dur, de sorte que les tourbillons deau boueuse qui sécoulent à proximité de la maison sont souillés de matières fécales. Du matin au soir, Febronia passe son temps au service des autres. Ses tâches ne sont jamais finies. Pendant des heures, on peut voir cette femme solide aux cheveux coupés courts porter de lourdes charges sur la tête dans une posture parfaitement droite. De retour à la maison, elle fait la cuisine, le ménage et soccupe de sa famille. Elle cultive leur petit potager. Entre deux tâches ménagères, elle allaite son bébé. Après avoir terminé son travail de la journée et couché tous ses enfants, elle récite ses prières et sendort. Comme des millions de femmes dans le monde, Febronia nest pas en sécurité dans son propre foyer. Elle a peur de son mari, qui, dit-elle, est porté sur lalcool. Il la bat parfois, lui donne des coups de poing et des coups de pied. Privilège pour les hommes et servitude pour les femmes, le concept est déjà bien ancré dans la famille de Febronia. Pendant que sa mère travaille dans les champs, Angela, une enfant timide de huit ans qui suce encore son pouce, soccupe du bébé. Lorsque Martha, dix ans, une fillette au front plissé et aux yeux pensifs, revient de lécole, elle fait la vaisselle, aide à couper lherbe pour les vaches et travaille dans le potager. Et que fait le fils de Febronia pendant ce temps ? Colman, un garçon au visage de chérubin et au sourire enjoué, joue dans la boue et grimpe aux arbres. Comme 1,1 milliard de personnes dans le monde, Febronia na pas accès à de leau salubre. Non seulement il lui faut aller chercher leau tous les jours, mais elle doit également la faire bouillir pour protéger ses enfants du choléra et dautres maladies dorigine hydrique. Sa famille fait partie des 2,3 milliards de personnes dans le monde qui ne disposent pas de latrines convenables. Sans eau propre, sans latrines en dur, il est bien difficile de suivre les règles dhygiène. Febronia et sa famille risquent de contracter la diarrhée et dautres maladies, dont le trachome, infection des yeux qui se transmet facilement aux enfants et à leurs mères et qui, après plusieurs occurrences, peut entraîner la cécité. Malgré son petit potager et ses quelques vaches, la famille est trop pauvre pour avoir une alimentation équilibrée. À lexception du bébé, des signes de malnutrition sont visibles chez tous les enfants : à certains endroits de la tête par exemple, leurs cheveux nont pas poussé. Laînée, Martha, a les yeux profondément enfoncés et entourés de cercles sombres et boursouflés. Cette situation est fréquente dans ce village de 2 448 habitants où il ya 10 débits de boissons mais aucun centre dalimentation pour enfants depuis 1995. Ici, faute de garderies, les enfants restent souvent sans manger huit heures durant. Quoique Febronia et Damas aient fait vacciner tous leurs enfants, sauf le bébé, contre les six maladies qui sont les causes principales de mortalité infantile, trois dentre eux nont pas survécu. Un agent sanitaire leur rend visite à domicile une fois par semaine, et il y a un hôpital de missionnaires à moins dun kilomètre du village. Mais Damas déplore : « Il y a un hôpital, mais si vous navez pas dargent, on vous laissera mourir à la porte ». Martha, qui a dix ans, est en deuxième année décole primaire. Sa sur de huit ans et son frère de six ans passent deux heures chaque matin dans un centre déveil. Les parents reconnaissent les avantages de léducation préscolaire et sont fiers dannoncer que leurs enfants savent compter, chanter et raconter des histoires. Mais Damas, un homme efflanqué qui flotte dans des vêtements trop grands pour lui, craint de ne pas pouvoir payer leurs frais de scolarité. Lorsquil était enfant, léducation était gratuite en Tanzanie, dit-il, et on lui donnait un repas à midi. Aujourdhui, il faut payer les livres et les uniformes, et le repas doit être apporté de la maison. Damas est convaincu que léducation est la clé dun avenir meilleur pour ses enfants, mais sans argent, cette chance sera gâchée.
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