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ECD — Définition


L’expression « développement du jeune enfant », représentée par l’acronyme anglais ECD, s’applique à une approche intégrée des politiques et programmes s’adressant aux enfants de 0 à 8 ans, à leurs parents et aux dispensateurs de soins. Cette démarche a pour objectif de protéger le droit de l’enfant à développer pleinement son potentiel intellectuel, affectif, social et physique. Pour favoriser son développement, il est essentiel que le jeune enfant ait à sa disposition des services reposant sur la collectivité et répondant aux besoins des nourrissons et des plus petits. Ces services devraient couvrir la santé, l’alimentation, l’éducation et l’eau et l’assainissement, à la maison et dans la communauté. Cette démarche encourage et protège les droits du jeune enfant à la survie, à la croissance et au développement.

L’UNICEF a choisi d’axer ce rapport sur les premières années, de 0 à 3 ans, à cause du rôle essentiel qu’elles jouent dans le développement de la petite enfance et parce que ces premières années, malgré leur importance, sont souvent négligées dans les politiques, programmes et budgets nationaux.

D’autres organisations utilisent la terminologie suivante : Soins aux jeunes enfants et éducation initiale (UNESCO), soins et éducation du jeune enfant (OCDE) et développement du jeune enfant (Banque mondiale).

Développement du jeune enfant

Ce sont les programmes axés sur le fait que les droits de l’enfant forment un tout indivisible qui ont le plus de chances d’assurer la santé et le bien-être des enfants, de leurs familles et de leurs collectivités (voir page 17 la définition du développement du jeune enfant). Un enfant grandit et se développe non pas en vase clos mais au sein d’une communauté, d’une culture et d’une nation. Les programmes de développement du jeune enfant les plus efficaces (voir page 17) sont donc intégrés et multidimensionnels. Ils reposent sur les soins de santé, une alimentation équilibrée et le développement d’aptitudes cognitives, sociales et émotionnelles. Reflétant le contexte culturel dans lequel ils sont exécutés, les meilleurs d’entre eux puisent au plus profond des valeurs familiales et communautaires. Ils intègrent ce que l’on sait des environnements les plus propices au développement de l’enfant à certaines pratiques d’éducation traditionnelles.

Les programmes de développement du jeune enfant facilitent la création de réseaux communautaires qui peuvent à la fois élargir la gamme des services lorsque cela s’impose et réagir aux éventuelles situations d’urgence. En Indonésie, par exemple, le projet Bina Keluarga and Balita (BKB) a été lancé en 1982 pour apporter une aide en matière de santé et de nutrition. Son objectif était de surveiller la taille et le poids des enfants et d’assurer la distribution de repas nutritifs dans des centres communautaires. Des femmes de la collectivité, les kaders, ont reçu une formation portant sur divers aspects du développement de l’enfant et elles ont organisé des ateliers à l’intention des parents et d’autres membres de la famille dans les centres de nutrition. Lorsque la crise économique a frappé le pays en 1997, ces systèmes étaient déjà en place. La Banque mondiale a accordé à l’Indonésie un prêt de 21,5 millions de dollars au titre du Projet de développement du jeune enfant, qui comprend un volet d’aide alimentaire d’urgence pour les nourrissons de 6 à 24 mois des collectivités les plus pauvres du pays, les inpres desa tertinggal, ou « villages oubliés ». Afin de prévenir les retards permanents de croissance physique et mentale qu’entraîne la malnutrition, on avait prévu de distribuer des suppléments énergétiques, protéiques et nutritifs à plus de 250 000 nourrissons pendant deux ans. Ce projet d’aide d’urgence, exécuté en partie seulement, devait utiliser le poste sanitaire qui existait déjà au village et le projet BKB8.

The rights of young children

Les parents et les collectivités du monde entier ont trouvé des moyens innovateurs d’aider leurs enfants à grandir et à se développer (voir les profils). Ils ont mis en lumière l’importance capitale de l’hygiène et de l’assainissement, d’une nutrition et d’une alimentation adéquates, des vaccinations, du suivi de la croissance, de l’éveil psychosocial, de la détection précoce des handicaps et des interventions rapides. Au Sri Lanka, par exemple, les programmes de visites à domicile et les centres d’éducation préscolaire qui favorisent l’éveil, le jeu et la préparation à l’apprentissage du calcul et de la lecture, ont permis l’épanouissement d’enfants tels que Madushika et Madusha.

Mais ce qui marche au Sri Lanka ne marchera pas forcément en Namibie. Les investissements en faveur des jeunes enfants doivent tenir compte du fait que ce sont les communautés elles-mêmes qui sont les meilleurs architectes de programmes qui incorporent les éléments suivants : tenir compte des besoins des personnes qui s’occupent des enfants, encourager le développement du jeune enfant, et refléter la culture et les valeurs des familles.

Au Brésil, par exemple, des bénévoles de Pastoral da Criança (District pastoral de l’enfant), qui sont des femmes pour la plupart, ont reçu une formation d’agent sanitaire des collectivités. Elles se rendent chez les mères pour leur donner des informations sur la planification familiale, les soins prénatals, l’allaitement maternel et la thérapeutique de réhydratation orale. Elles surveillent le poids des nourrissons et expliquent aux familles qu’il est important de stimuler les jeunes enfants, de les cajoler, de leur parler, de les écouter, de jouer et chanter avec eux. Ces efforts ont payé : la mortalité infantile a baissé de 60 % dans les collectivités où travaillent les bénévoles de Pastoral da Criança9.

ECD — Des programmes réussis

1. Incorporent les principes de la Convention relative aux droits de l’enfant, garantissent la non-discrimination, veillent aux intérêts supérieurs de l’enfant, à son droit à la survie et à un développement complet et encouragent la participation des enfants dans tous les domaines qui les concernent.

2. S’appuient sur la Convention relative à l’élimination de toute discrimination à l’égard des femmes, et reconnaissent que pour garantir les droits des enfants, il est essentiel de garantir les droits des femmes.

3. S’appuient sur les points forts des collectivités, des familles ou des structures sociales, sur des pratiques pédagogiques positives et sur la détermination des parents à subvenir le mieux possible aux besoins de leurs enfants.

4. Ont un vaste cadre englobant des programmes pluridimensionnels en matière de santé, de nutrition et de développement psychosocial et cognitif de l’enfant.

5. S’élaborent en collaboration avec les familles et pour elles, de façon à respecter les droits des femmes ainsi que le droit des frères et sœurs à la scolarité et à profiter de leur enfance.

6. S’élaborent en collaboration avec les communautés et pour elles, respectent leurs valeurs culturelles, développent les capacités locales, mobilisent et responsabilisent les participants, encouragent l’unité et le dynamisme en leur sein et font en sorte que les décisions soient bien appliquées et que le programme ait une existence durable.

7. Garantissent l’égalité d’accès à tous les enfants, y compris les filles et ceux qui risquent de prendre du retard dans leur développement ou d’être handicapés.

8. Sont souples et reflètent la diversité, s’adaptant aux ressources et aux besoins locaux et régionaux.

9. Répondent aux plus hautes normes de qualité.

10. Sont économiques et durables.

La vaccination des enfants et le suivi de leur croissance ont permis de prévenir les retards de développement et certaines incapacités. Lorsque l’on enseigne aux parents les étapes importantes de la vie d’un bébé, on leur donne les moyens de protéger la santé des enfants à risques. En cas de détection d’un handicap, les jeunes enfants, notamment ceux de trois ans et moins, sont inscrits dans des programmes d’intervention immédiate organisés à l’échelle de la collectivité pour les aider à réaliser leur potentiel. Les mères et les pères apprennent l’importance du jeu et de l’interaction avec leurs enfants à la maison et consolident ainsi les progrès accomplis à l’extérieur.

Encadré 2. Familles, droits des enfants et recherches participatives au Népal

Parfois, ces interventions comprennent non seulement des services destinés aux enfants handicapés mais aussi des cours collectifs et des activités de plaidoyer. L’Association Tadamoun Wa Tanmia (Solidarité et développement) à Saida (Liban), par exemple, a commencé en 1986 par organiser des clubs d’été et des colonies de vacances pour les enfants. En 1992, elle a ouvert le centre d’éducation spécialisé Hadicat-as-Salam qui aide les enfants atteints de handicaps physiques ou mentaux à s’intégrer à la collectivité. Convaincus de la nécessité des interventions immédiates, les organisateurs ont consacré un de leurs programmes aux enfants de trois à huit ans. Grâce à des jeux, des sports adaptés à leur condition et des excursions pédagogiques collectives, ces enfants deviennent plus indépendants. En outre, le programme leur offre souvent l’occasion de jouer et d’apprendre avec des enfants non handicapés. Il contribue ainsi à détruire certains mythes et stéréotypes et à éliminer les attitudes et préjugés négatifs à l’encontre des enfants qui ont des besoins particuliers10.

The short-term and long-term effects of early nutrition

Les programmes de développement du jeune enfant encouragent également la diffusion de valeurs comme l’égalité et la tolérance. Dans une crèche d’Afrique du Sud, les enfants font l’apprentissage de la tolérance raciale dans une région où l’apartheid entretenait autrefois la haine. Dans un quartier pauvre de Johannesburg situé à l’angle d’un parc jadis « réservé aux Blancs », le Projet Impilo offre un large éventail de soins imaginatifs à de jeunes enfants de toutes les races. Lorsque ces initiatives sont menées en collaboration avec les parents et les collectivités et permettent de résoudre les problèmes et de triompher de l’intolérance, les enfants apprennent à vivre en privilégiant la paix dans les familles et les sociétés.

Encadré 3. Grossesses sans risques : protection des droits de la femme et des enfants

Lorsque les collectivités peuvent participer au développement du jeune enfant dès la phase initiale de la planification, elles sortent renforcées et stimulées par l’expérience. Au Nigéria, par exemple, le Système d’action pour la diffusion d’informations sur la nutrition dans les collectivités (COLNISA) a utilisé des analyses effectuées à l’échelon des collectivités pour bâtir des communautés « amies de bébés » en associant des centres médicaux avec des hôpitaux. À l’heure actuelle, 32 collectivités s’efforcent de promouvoir le développement et la santé de leurs enfants en encourageant l’allaitement maternel exclusif, la distribution en temps utile d’une alimentation complémentaire et une meilleure hygiène du foyer.


Effects of maternal exposure to famine

 

Une ONG locale du Cameroun, l’Association pour l’auto-promotion des populations de l’Est Cameroun, a ouvert des centres d’éveil non traditionnels dans les régions les plus reculées de la forêt équatoriale. Cette initiative vise à préparer les enfants des Pygmées Baka, un peuple jusqu’à présent nomade, à entrer à l’école. Dans plus de 60 centres soutenus par l’UNICEF, les méthodes pédagogiques ont été adaptées à la culture et à la langue pygmées des enfants de 0 à 12 ans.

Une convergence de services. Les programmes de développement du jeune enfant peuvent facilement s’insérer dans des initiatives déjà lancées par les institutions internationales, les gouvernements nationaux et les communautés locales. Ainsi, des programmes de nutrition axés sur les soins prénatals et l’allaitement maternel pendant les six premiers mois, et éventuellement jusqu’à l’âge de deux ans ou plus, peuvent aussi comporter des activités d’éveil social, affectif et cognitif. À Oman, un réseau de femmes de la communauté, chargées dans un premier temps de promouvoir l’allaitement maternel, ont reçu par la suite une formation qui leur permet de conseiller les mères sur des sujets très variés concernant les soins aux jeunes enfants. Dans certains pays, le système de santé à l’échelle de la communauté est le point d’entrée du développement de l’enfant. Dans d’autres, les programmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement permettent de créer des espaces sans risques pour le jeu et l’exploration.

L’un des avantages considérables du développement du jeune enfant est qu’il peut s’appuyer sur des bases déjà en place. Il ne s’agit pas de réinventer la roue mais d’apporter le soutien nécessaire aux parents et aux collectivités en utilisant au mieux les ressources disponibles. Lorsque des programmes de santé, de nutrition, d’approvisionnement en eau, d’assainissement, d’hygiène, d’éducation et de protection des enfants existent déjà, il est possible d’y intégrer des services destinés à toutes les étapes du développement de l’enfant. Dans le cas de Pastoral da Criança, ces services sont fournis par l’intermédiaire du secteur de la santé. En Colombie, le Projet d’amélioration de l’éducation PROMESA a choisi de mener ses activités dans le secteur de l’éducation. Dans le cadre de programmes éducatifs, des groupes de jeunes mères apprennent à stimuler le développement physique et intellectuel de leurs enfants de la naissance à l’âge de six ans.

Early intervention reduces the disadvantage of stunting

Mais pour que le programme de développement du jeune enfant ait une chance de porter ses fruits, il faut que certaines conditions soient réunies. Les droits des enfants doivent être mieux compris et les gouvernements doivent s’engager à dépenser les sommes nécessaires et à prendre les mesures indispensables pour garantir qu’ils soient respectés.

Encadré 4. Iniciativa Papá : Améliorer la vie des enfants, un père à la fois

 

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