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Les choix à faireLe cerveau se développe pour la plus grande partie avant lâge de trois ans. Bien avant que nombre dadultes ne se doutent même de ce qui se passe, les cellules du cerveau prolifèrent chez le nourrisson, ses synapses crépitent et les structures qui détermineront le reste de sa vie se mettent en place. En 36 mois seulement, lenfant développe sa capacité à penser, à parler, à apprendre et à raisonner et pose les bases de ses valeurs et de son comportement social dadulte. Cest parce que ces premières années sont riches de tant de changements, parce que leur influence sexercera tout au long de sa vie, quil faut assurer les droits de lenfant au tout début de sa vie. Les options choisies et les mesures prises au nom des enfants au cours de cette étape cruciale, affecteront non seulement la manière dont un enfant se développe, mais également le progrès dun pays. Aucun plan réaliste de développement humain ne peut attendre que les enfants atteignent lâge de 18 ans pour défendre leurs droits. Aucun non plus ne peut se permettre de gâcher la période la plus propice pour intervenir, qui va de la naissance à lâge de 3 ans. Les années de la petite enfance devraient mériter une priorité absolue lorsque les gouvernements responsables décident des lois, des politiques, des programmes et des budgets. Pourtant, ce sont ces années-là que lon relègue à larrière-plan, ce qui est une tragédie, tant pour les enfants que pour les nations. Au Sri Lanka, Priyanthi, une mère de 28 ans qui vit dans le district de Matale, se rappelle le soir où elle a parcouru les 7 kilomètres qui la séparent du centre médical le plus proche, sa fille malade dans les bras. Il était près de 17h et le soir tombait lorsque cette femme menue sest mise en route avec Madushika, 18 mois, qui respirait difficilement. Gênée dans sa marche par les branches et broussailles qui encombraient létroit chemin, elle entendait saffaiblir la respiration de sa fille. À 18 heures enfin, elle est arrivée à la clinique. Les paroles du médecin hantent encore cette femme aux yeux fatigués. Si elle était partie seulement 15 minutes plus tard, lui a-t-il dit, son bébé naurait pas survécu car son rhume sétait aggravé et avait tourné en pneumonie. Mais si Madushika, qui a aujourdhui cinq ans et est en bonne santé, était née dix ans plus tôt, à une époque où des médicaments efficaces nétaient pas encore disponibles, la pneumonie aurait sans doute gagné la partie. La fille de Priyanthi, Madushika, et son jeune frère Madusha, ont bénéficié des services de santé et des programmes en faveur des jeunes enfants offerts par le système sanitaire du Sri Lanka. Ils sont nés tous les deux dans un des hôpitaux du pays, un environnement relativement sûr, où surviennent aujourdhui près de 90 % des naissances vivantes au Sri Lanka. Lorsquelle était enceinte de son fils, la jeune mère a passé régulièrement des visites médicales à la clinique du village et la sage-femme lui a donné des conseils sur la grossesse. Elle a appris que son bébé aurait un corps et un esprit plus sains si elle lui parlait tout en lallaitant et quil maîtriserait plus vite lusage de la parole si elle lui parlait gentiment à voix basse en réponse à ses gazouillements. Une fois sortis de lhôpital, Priyanthi et son nouveau-né ont participé à un programme de visites à domicile effectuées par des bénévoles qualifiés. La taille et le poids de Madusha ont été régulièrement surveillés. Priyanthi continue aussi de recevoir une aide concernant lalimentation et les bains de son bébé. On lui enseigne également quil est important de toucher le bébé, de lui parler et de lui chanter des chansons. Priyanthi, son mari et ses enfants sont lune des 22 familles dAmbanganga, un petit village situé à environ 25 kilomètres de Matale, qui participent au programme à domicile mis en uvre par une ONG locale, Sithuwama, avec laide de lUNICEF. Sithuwama, qui veut dire « élever un enfant dans la joie, » offre à domicile des services variés, qui vont de la puériculture à léveil cognitif et qui sadressent aux nourrissons de 0 à trois ans et aux enfants dâge préscolaire de trois à cinq ans. Priyanthi a ainsi appris que pour grandir et se développer, ses enfants ont besoin dune bonne nutrition, dune hygiène adéquate à la maison et dactivités déveil cognitif. Elle leur consacre du temps, leur prodigue des soins et sintéresse à ce quils font, ce qui est essentiel pour améliorer leur vie. Elle ramasse encore plus de bois pour faire bouillir leau quils boivent. Elle ajoute des légumes à leurs repas pour augmenter la valeur nutritive. Elle veille aussi à ce que les enfants utilisent les latrines et se lavent les mains tout de suite après. Pendant quils se baignent dans le ruisseau, elle leur demande ce quils pensent des oiseaux qui gazouillent au-dessus de leurs têtes. Elle les fait aussi participer aux journées-santé organisées au village. Priyanthi, son mari et ses enfants vivent dans une maisonnette en ciment de quatre pièces sans électricité ni eau courante. Ils dorment ensemble sur des paillasses posées à même le sol de terre battue. La famille survit avec un peu plus de 2 000 roupies (environ 27 dollars) par mois, le salaire du mari de Priyanthi, employé dans une plantation de thé. Les bénévoles de Sithuwama ont aidé Priyanthi à trouver des moyens peu coûteux de stimuler le développement psychologique et cognitif de ses enfants. Elles lui ont appris le rôle important du jeu pour leur bien-être physique et mental. Avec son mari, Priyanthi a donc construit une petite cabane où ses enfants peuvent jouer. Cette cabane légère est faite de bâtons et de branches liés par des bouts de tissus et recouverte dune bâche. Sur de petites étagères en bois, les enfants ont posé des boîtes colorées, des gourdes, des écorces de noix de coco, des bols en céramique, des boîtes en métal et des fleurs. En jouant, Madushika et Madusha apprennent à reconnaître les couleurs, les formes, les tailles, ainsi quà étiqueter et à trier des objets. Ils apprennent aussi à rêver et à imaginer. Priyanthi participe à des réunions hebdomadaires avec une bénévole du programme et à des réunions de soutien mensuelles avec un groupe dautres parents. Ils parlent de leurs expériences, échangent des informations sur la taille et le poids de leur bébé, ainsi que sur les étapes importantes de leur développement, senrichissant ainsi mutuellement. Ils évoquent tous les moments de la journée où ils peuvent apprendre quelque chose : le réveil, les repas, la toilette et le bain, la cuisine, les visites, le travail en plein air, le jeu et les préparatifs du coucher. À moins dun kilomètre de la maison de Priyanthi vit une famille qui ne participe pas régulièrement à ces programmes. Wimalarathne, un agriculteur de 33 ans, explique quil na appris leur existence que récemment et il souhaite que sa fille, Sasika, en bénéficie. La fillette, qui a deux ans, se met à pleurer à lapproche de personnes quelle ne connaît pas. Menue et craintive, elle reste blottie dans les bras de son frère de sept ans, Asanka, auquel elle sagrippe sans jamais dire un mot. Ses yeux noirs perçants restent fixés sur létranger pendant tout le temps de la visite. Les deux enfants sont peu communicatifs. Wimalarathne explique quils sont timides mais quils jouent bien ensemble. Visiblement préoccupé par le développement de sa fillette, il demande à sa femme, Kusumawathi, 30 ans, daller chercher la fiche de croissance de la petite. Le graphique indique que le poids et la taille de lenfant, qui étaient dans la moyenne à la naissance, ont rapidement chuté par la suite. Selon Wimalarathne, le médecin ne sexplique pas le ralentissement de la croissance et il a recommandé que la famille adhère au programme de visites à domicile. Bien quelles habitent le même village et mènent le même type de vie, ces deux familles ont des enfants très différents. Les habitants de Matale, comme des millions dautres dans le monde, sont pauvres. Ils pratiquent pour la plupart une agriculture de subsistance et travaillent dans les usines ou les plantations de thé des environs. Bien que 99 % de ces enfants soient vaccinés, près de 40 % dentre eux souffrent de malnutrition. Certaines familles bénéficient de programmes en faveur des jeunes enfants. La majorité dentre elles, toutefois, ny ont pas accès.
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