La Situation Des Enfants Dans Le Monde 2000

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En une seule génération

La pauvreté n'est pas inévitable

Ce cycle de misère qui se transmet de génération en génération sera brisé quand les pauvres auront les moyens et la possibilité de vivre en assez bonne santé, d'être assez bien nourris, assez instruits et assez compétents pour participer pleinement aux décisions qui affectent leur vie. Dans toutes les sociétés, l'accès universel à des services sociaux de base est l'un des moyens les plus efficaces de réduire la pauvreté. L'accès à la santé et à l'éducation de base, à la planification familiale ainsi qu'à l'eau et à l'assainissement est le facteur déterminant d'un progrès économique durable.

Le prix de ces services de base est indubitablement modeste comparé au coût des armes de destruction. En réaffectant chaque année 70 à 80 milliards de dollars d'une économie mondiale qui brasse plus de 30 000 milliards de dollars, on pourrait garantir l'accès aux services de base à tous les habitants de la terre. L'Initiative 20/20 est l'un des moyens d'y parvenir.

Préconisée par James P. Grant, Directeur général de l'UNICEF à ce moment-là, cette initiative a été lancée en 1994 au Caire, lors de la Conférence internationale sur la population et le développement, puis reprise l'année suivante à Copenhague, lors du Sommet mondial pour le développement social. Elle s'appuie sur les obligations mutuelles qui incombent, selon la Convention relative aux droits de l'enfant, aux pays riches comme aux pays pauvres. L'Initiative propose comme principe directeur que les pays en développement consacrent 20 % de leur budget et les pays donateurs 20 % de leur aide publique au développement (APD) à la création et au soutien de ces services sociaux de base.

Cependant, au cours des dernières années, l'APD a diminué de façon alarmante mettant ainsi des ressources indispensables en danger et provoquant des tensions qui entravent la réalisation des objectifs de développement. Elle a chuté de 21 % entre 1992 et 1997, et dans les principaux pays industrialisés, elle a reculé de près de 30 % pendant cette même période. Si l'on considère que le PNB de ces pays a augmenté de près de 30 %, ce recul de l'APD est tout à fait inadmissible.

Certes, les gouvernements des pays en développement doivent également répondre de leurs décisions budgétaires. Sur 27 pays en développement ayant fait l'objet d'une étude, cinq pays seulement - le Belize, le Burkina Faso, la Namibie, le Niger et l'Ouganda - affectent presque 20 % de leur budget aux services sociaux de base. La plupart des gouvernements n'y consacrent que 13 % de leur budget, ce qui est loin d'être suffisant.

Néanmoins, il est aujourd'hui possible de s'élever contre le choix de priorités erronées et contre l'affectation de ressources publiques contraires aux intérêts des pauvres. L'archevêque Desmond Tutu critiqua l'achat par l'Afrique du Sud d'avions de combat, de corvettes, d'hélicoptères et de sous-marins pour un montant de 5 milliards de dollars à l'Allemagne, au Canada, à la France, au Royaume-Uni et à la Suède en ces termes : « Notre pays a besoin d'enseignants et de manuels scolaires, d'eau salubre et de cliniques. Les milliards dépensés pour acheter des avions de combat devraient servir à améliorer les conditions de vie de notre peuple1 ».

Bien entendu, les responsabilités sont partagées entre créanciers internationaux et pays riches, ceux-ci n'ayant pas fait grand-chose pour alléger le fardeau de la dette de pays pauvres dans l'incapacité de s'acquitter de leurs obligations fondamentales par rapport aux besoins des enfants. Tant que les gouvernements restent prisonniers de la dette internationale, les droits des enfants du monde ont peu de chances d'être respectés. Pendant l'exercice budgétaire 1996-1997, le Cameroun a affecté 4 % de son budget aux services sociaux de base tandis que 36 % ont financé le service de la dette. En République-Unie de Tanzanie, le remboursement de la dette engloutit quatre fois plus de fonds que l'éducation primaire et neuf fois plus que la santé de base.

Au niveau international, la nécessité de réduire une dette extérieure qui paralyse les pays les plus pauvres fait de plus en plus l'unanimité. L'allégement de cette dette leur permettrait de respecter les droits de leurs citoyens à la santé, à la nutrition et à l'éducation. Les dirigeants des principaux pays industrialisés ont fait un pas dans cette direction lorsque, à Cologne (Allemagne) en mai 1999, ils ont accepté de réduire la dette des 41 pays pauvres les plus endettés. Plus récemment, le FMI a proposé un plan visant à annuler 27 milliards de dollars sur plus de 220 milliards de dette et d'investir les sommes ainsi dégagées dans les services sociaux de base. Ces deux initiatives sont prometteuses à condition toutefois d'être menées à terme2.

Enfin, il faut faire preuve d'une grande vigilance à l'égard du marché et de la mondialisation, dont les besoins d'expansion peuvent se faire au détriment de l'équité entre les nations et au sein des nations elles-mêmes Les populations pauvres et vulnérables risquent de payer le prix fort et de voir se renforcer la marginalisation et l'exclusion sociale.

Le Rapport mondial sur le développement humain 1999 publié par le PNUD lance un appel en faveur d'une bonne gouvernance - locale, nationale, régionale et mondiale - afin que les bienfaits de la mondialisation puissent être partagés plus largement3. Conformément à l'article 3 de la Convention relative aux droits de l'enfant, l'intérêt supérieur de l'enfant devrait prévaloir dans toute tentative de réglementation/déréglementation des marchés mondiaux. En procédant à une « analyse d'impact sur l'enfant4 » avant de prendre toute mesure, il serait possible d'évaluer quels changements de politique économique protègent les droits des enfants à l'éducation et aux soins médicaux et de juger si les modifications apportées plus généralement à la politique du travail tiennent compte du problème spécifique des enfants qui travaillent.

 
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