En bref : Liban

Au Liban, un jeune Syrien se trouve confronté au handicap et à la perte

Image de l'UNICEF
© UNICEF Lebanon/2013/Hunter
Dans la partie orientale du Liban, Sahar Samhoun, travailleuse psychosociale auprès de l'ONG Himaya, examine un petit enfant dans l'espace adapté aux enfants de l'agence Arcenciel, une organisation associée.

Par Miriam Azar et  Benedicte Vene

Comme tous les enfants, ceux qui sont handicapés possèdent de nombreuses capacités mais sont souvent exclus de la société par discrimination et manque de soutien, se trouvant ainsi relégués parmi les plus invisibles et les plus vulnérables enfants au monde.

La Situation des enfants dans le monde 2013 : les enfants handicapés, le rapport-phare de l'UNICEF, a été lancé le 30 mai 2013. Ce rapport attire l'attention de la communauté internationale sur les besoins urgents d'une population en grande partie invisible.

Selon l'UNHCH, près d'un demi-million de Syriens ont trouvé refuge au Liban depuis le début du conflit dans leur pays d'origine. Parmi ceux-ci, Ali apprend aussi à vivre avec une autre terrible conséquence de la guerre : son propre handicap.

BEYROUTH, Liban, 30 mai 2013 – Imaginez que vous êtes un garçon de 13 ans en bonne santé et issu d'une famille aisée. Un jour à l'école, vous assistez à la mort de vos camarades de classe lors de la terrible explosion d'une bombe et vous vous rendez compte que vous avez perdu une jambe. Forcé de quitter soudainement votre maison et toutes vos possessions, vous traversez à pied la frontière d'un nouveau pays. Vous vous installez dans un camp de fortune et dans la pauvreté. Et vous êtes handicapé.

« Il m'arrive parfois de regretter de ne pas être mort dans l'explosion » déclare Ali. Il garde les yeux baissés en parlant à Sahar Samhoun, une travailleuse sociale de l'ONG Himaya. Associée à l’association Arcenciel, Himaya est une ONG libanaise qui œuvre pour les enfants handicapés.

Se faire à cette idée

Il y a six mois, Ali, ses parents et ses quatre sœurs ainées ont fui leur Syrie natale en quête de sécurité. À leur arrivée au Liban, il leur a fallu rebâtir leur vie à partir de rien sous une tente de fortune. Ali a dû apprendre à faire face à ce bouleversement total mais aussi à l’amputation de sa jambe.

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© UNICEF Lebanon/2013/Hunter
Les enfants plus âgés profitent d’être ensemble dans le jardin

« Ali est encore dans la phase d'adaptation à la tragédie qu'il a vécu en Syrie et apprend à aborder son nouvel handicap », affirme  Mme Samhoun, qui offre un soutien psychosocial aux enfants handicapés.

Outre ses interventions psychosociales, l'UNICEF apporte son soutien à des ONG partenaires dans le cadre de services d'orthophonie et de physiothérapie offerts aux enfants handicapés dans la Vallée de la Bekaa, dans la partie orientale du Liban. Les ONG Arcenciel et Himaya gèrent un centre adapté aux enfants handicapés et à leur famille.

Un autre niveau de vulnérabilité

Les agents humanitaires et les travailleurs sociaux témoignent d'un nombre croissant d'enfants réfugiés arrivant de Syrie avec des handicaps causés par le conflit.

« Le conflit armé est une cause majeure de handicaps chez les enfants », déclare la Représentante de l'UNICEF au Liban, Annamaria Laurini. « Les enfants déplacés de Syrie au Liban ont souvent été victimes ou témoins de violences, vivent à présent dans la pauvreté et se trouvent confrontés à un avenir incertain. Leur handicap ajoute un autre niveau de vulnérabilité. »

L'espoir, pour certains.

Régulièrement, Mme Samhoun rend visite à Ali et sa famille dans leur campement de la partie orientale du Liban en leur offrant une aide psychologique. Bien que toujours sous le choc, Ali apprend à s'adapter à la nouvelle situation et à son handicap. Seul garçon de la fratrie, Ali souhaite soutenir son père et aider à subvenir aux besoins de ses quatre sœurs et de leur mère.

Ali fréquente actuellement des ateliers de formation professionnelle offerts par Arcenciel et apprend à réparer des ordinateurs et des téléphones portables. Mme Samhoun demeure toutefois persuadée qu'il retournera un jour à l'école.

Pour recevoir une jambe prosthétique, Ali doit subir plusieurs opérations que sa famille ne peut pas se payer. C'est pourquoi Mme Samhoun conduit Ali au centre de physiothérapie pour l'aider à acquérir la force physique nécessaire à l'utilisation de béquilles. Elle ne veut pas qu'il reste sur un fauteuil roulant qui, selon elle, ne ferait que le gêner à long terme.

Elle s'est donné pour but de voir un jour Ali se déplacer de manière indépendante et ne jamais accepter de limites inutiles.


 

 

Photographie : les enfants handicapés

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