Droits et résultats

Une approche des droits de l’homme en situation d’urgence

Mozambique – Approche des droits de l’homme en situation d’urgence

Le paludisme constitue un grave problème sanitaire au Mozambique. Depuis la fin des années 90, l’UNICEF-Mozambique a élaboré une nouvelle stratégie de lutte contre le paludisme grâce à une méthodologie associant une approche fondée sur les droits de l’homme à la programmation et au développement des capacités communautaires.

Le Mozambique est un pays à faible revenu, à prédominance agricole et exposé aux catastrophes naturelles – en particulier les inondations – en raison de sa zone littorale étendue et proche du niveau de la mer. La prévalence du paludisme y est également élevée : il constitue la principale cause d’hospitalisation des enfants, avant toute autre maladie ou affection, et plus de 25 pour cent d’entre eux en meurent. Dans certains secteurs du pays, la proportion d’enfants infectés de parasites responsables du paludisme atteint 90 pour cent. Les femmes enceintes souffrant du paludisme risquent de développer des symptômes particulièrement graves, tels que l’anémie, ce qui contribue à l’accroissement du taux de mortalité maternelle du Mozambique, qui est déjà élevé (408 pour 100 000 naissances). Par ailleurs, leurs enfants naissent souvent en état d’insuffisance pondérale, ce qui nuit par la suite à leur développement physique.

À la fin des années 90, l’UNICEF-Mozambique a établi que le paludisme représentait une menace importante pour la survie, la santé et le développement des enfants du pays, et qu’il était nécessaire de définir un type de lutte efficace contre cette maladie. Dans une première étape, on a réalisé des enquêtes permettant d’expliquer pourquoi le paludisme soulevait des problèmes d’une telle ampleur ; les enquêtes ont révélé que les Mozambicains des zones les plus rurales ignoraient que les moustiques propageaient le paludisme et que les enfants et les femmes enceintes étaient les plus gravement touchés par cette maladie.

Comme il adopte une approche axée sur les droits de l’homme dans la programmation du développement, l’UNICEF est convaincu que la population peut et doit jouer un rôle déterminant dans la défense de ses droits et dans leur reconnaissance. L’UNICEF estime que la population est capable de décider et d’entreprendre des actions en connaissance de cause afin de protéger ses droits et ceux de ses enfants – à condition de recevoir un appui approprié. Dans le cas du paludisme, cela signifie que les communautés rurales du Mozambique ont besoin qu’on leur apporte deux éléments essentiels : des connaissances sur le paludisme (son mode de transmission, les personnes principalement exposées, et les moyens de se protéger contre la maladie) ; et un meilleur accès aux moyens de protection. À l’époque, les pulvérisations dans les zones urbaines et périurbaines constituaient l’essentiel du travail de prévention. Aussi l’UNICEF a-t-il dû également convaincre les pouvoirs publics qu’il était important d’essayer de nouveaux modes de lutte contre le paludisme – ici les moustiquaires traitées à l’insecticide, relativement peu onéreuses et d’utilisation facile dans un cadre rural.

Le programme 

Afin de réaliser son programme, l’UNICEF-Mozambique a choisi une stratégie de « développement communautaire des capacités »  (DCC) menée de façon participative. L’idée était de provoquer au sein des communautés un dialogue où la population locale se trouverait engagée dans l’identification des problèmes qui se posent à elle, analysant les causes de ces problèmes, puis concevant des actions et des stratégies pour les résoudre. Le bureau de l’UNICEF a conçu des outils simples, essentiellement des dessins, qui racontent l’histoire du paludisme : ils décrivent le moustique qui répand la maladie, les symptômes et le traitement de cette maladie, et indiquent comment les communautés peuvent agir en matière de prévention – notamment par l’assainissement de l’environnement et en débarrassant les villages de l’eau stagnante où les moustiques peuvent se reproduire.

L’idée initiale était de commencer par une province où les taux de paludisme étaient particulièrement élevés. L’UNICEF souhaitait travailler avec les autorités sanitaires locales, un organisme à but non lucratif disposant d’une grande expérience des populations rurales, et aussi un organisme de formation mozambicain susceptible de former des agents de santé d’une part à la démarche participative employée et d’autre part à l’utilisation de moustiquaires pour la prévention du paludisme.

Les inondations provoquent une crise

Alors que ces plans approchaient du stade de la réalisation, en février 2000 des inondations catastrophiques se sont produites dans une autre province, entraînant le déplacement de milliers de familles dans des camps de secours d’urgence. Le Ministre de la santé et l’UNICEF se sont préoccupés du risque de paludisme couru par les familles au retour dans leurs foyers, un risque fortement aggravé par la présence de grosses quantités d’eau stagnante. Aussi a-t-on pris la décision d’entreprendre un effort de développement communautaire des capacités (DCC) en participation, afin de prévenir une poussée épidémique majeure de paludisme dans la province de Gaza.

Les autorités sanitaires mozambicaines ont accepté de distribuer gratuitement aux familles sinistrées de Gaza des moustiquaires traitées à l’insecticide. De leur côté, l’UNICEF et ses partenaires ont cherché à faire comprendre la prévention du paludisme et son traitement, et ont mis l’accent sur la vulnérabilité particulière des enfants et des femmes enceintes. La population des camps de secours d’urgence a été initiée – par des dessins et des discussions dirigées par les formateurs – aux signes et aux symptômes du paludisme, à la façon de le soigner et aux actions à entreprendre au niveau communautaire pour le prévenir.

Entre octobre et décembre 2000, environ 189 000 personnes ont participé aux activités de développement des capacités et plus de 200 000 moustiquaires traitées à l’insecticide ont été distribuées. Dix mois plus tard, l’UNICEF et ses partenaires ont effectué un travail de suivi afin d’évaluer les résultats du programme de développement communautaire des capacités (DCC). Les résultats ont été spectaculaires :

  • 100 pour cent des personnes interrogées savaient ce qu’était le paludisme, et 91 pour cent comprenaient qu’il était transmis par des moustiques (à comparer aux 30 pour cent de l’enquête précédente).
  • 98,1 pour cent avaient toujours leurs moustiquaires et les utilisaient.
  • Sur le total des moustiquaires traitées à l’insecticide qui ont été examinées, 93,8 pour cent étaient encore en bon état.
  • Plus de 95 pour cent des personnes ayant reçu une moustiquaire indiquaient qu’ils dormaient sous la moustiquaire, et 87,1% disaient qu’il en était de même pour leurs enfants. 
  • Enfin,  85 à 89 pour cent des personnes interrogées indiquaient bien que les enfants constituaient un groupe à risque élevé.

Les femmes enceintes n’ont été identifiées comme groupe à risque que dans 57 pour cent des réponses. Toutefois, ce pourcentage est appréciable, dans la mesure où il était égal à zéro dans les enquêtes précédentes.
Le succès du travail de DCC effectué à Gaza est attesté par un autre indicateur important. En effet, les populations comprennent mieux qu’elles ont elles-mêmes la possibilité de prendre des mesures de lutte contre le paludisme : c’est ainsi que 93 pour cent des réponses à Gaza indiquaient qu’il était possible de se protéger contre la maladie en utilisant des moustiquaires traitées à l’insecticide. Ces résultats montrent clairement qu’on peut renforcer la capacité de la communauté, confrontée à un problème urgent, d’évaluer, d’analyser et d’agir. Il faut pour cela impliquer la population directement par des techniques de participation. On a fait aborder à un autre groupe la question de la prévention du paludisme par le biais d’une pièce de théâtre – vue par le groupe sans qu’il y participe. Ce groupe s’est montré beaucoup moins réceptif au traitement et à la prévention du paludisme.

L’expérience faite à Gaza montre également que l’approche axée sur les droits de l’homme – chercher, pour une population sans caractéristique particulière, à la rendre mieux apte à défendre ses droits et à influencer les décideurs au plus haut niveau – peut fonctionner en situation d’urgence. Si le gouvernement avait simplement décidé de pulvériser des insecticides sur les zones sinistrées ou de distribuer des moustiquaires sans que cela ne soit accompagné de discussions avec les membres de la communauté, les ruraux mozambicains n’auraient acquis aucune connaissance ni compréhension de la question. Donc, aucun progrès durable n’aurait été réalisé au niveau plus large de l’effort en vue de diminuer le nombre de victimes du paludisme chez les enfants.


 

 

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