Pakistan

Des enfants jockeys sur chameau rentrent chez eux

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© UNICEF Pakistan/2005/Zaidi
Farhan, 5 ans (à gauche) et Nawaz, 4 ans (à droite), sont les plus jeunes des jockeys sur chameau rentrés dans leur pays, et ils ne se rappellent pas où se trouve leur famille.

Par A. Sami Malik et Kun Li

LAHORE, Pakistan, 28 juin 2005 – Ghulam Sarwar, 15 ans,  a passé presque la moitié de sa jeune vie à faire des courses de chameaux loin de chez lui, au Pakistan. Il y a sept ans, ses parents l’ont envoyé aux Émirats arabes unis travailler comme jockey de chameau. Pour cela, la famille de Ghulam a reçu une prime de recrutement, et lui a été payé quelques dollars par mois.

« Parfois la nourriture était suffisante, parfois elle ne l’était pas. Ils nous frappaient lorsque nous faisions des erreurs », a déclaré Ghulam dans un récent entretien avec l’UNICEF. « Le travail est éprouvant et il dure du matin au soir. Il faut s’occuper des chameaux, les entraîner, enlever le fumier et nettoyer, et faire les compétitions. Je me sentais seul. Mes parents me manquaient. Je n’aimais pas du tout cela mais je n’avais pas de porte de sortie. »

Ghulam a dit qu’il y avait là–bas plus d’une centaine d’enfants – venant principalement du Soudan, du Pakistan et du Bangladesh – qui travaillaient à ses côtés comme jockey de chameau. « J’ai gagné sept courses durant les sept dernières années. Au début, j’avais peur. En devenant plus âgé, je me suis amélioré, et je n’ai plus eu peur de monter un chameau », a dit Ghulam.

La Convention relative aux droits de l’enfant

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Le représentant de l’UNICEF au Pakistan, Omar Abdi (debout), s’entretient avec Asghar (à gauche) et Sattar qui vivent à présent dans une institution de protection de l’enfant à Lahore, au Pakistan.

Les courses de chameaux sont un sport populaire aux Émirats arabes unis, et le recours aux enfants comme jockeys y est habituel. Mais en exposant des enfants aux dangers de la course, en exploitant le travail de ces enfants et en les privant d’éducation, on viole les droits que la Convention relative aux droits de l’enfant nous impose de défendre. Presque tous les pays, y compris les Émirats arabes unis, ont ratifié cette Convention.

Le temps passant, Ghulam pensait qu’il n’aurait jamais la chance de rentrer chez lui et de retourner à l’école. Mais, à la suite d’un accord conclu entre l’UNICEF et les Émirats arabes unis, le gouvernement a interdit de recourir à des enfants de moins de 16 ans et pesant moins de 45 kg comme jockeys de chameau. Le 21 juin, les 22 enfants d’un premier  groupe, dont Ghulam faisait partie, sont rentrés dans leur pays, le Pakistan.

À l’aéroport Allama Iqbal International de Lahore (Pakistan), des responsables de l’administration et des représentants de l’UNICEF étaient là pour accueillir les enfants de retour. On a pris la décision de placer provisoirement les enfants dans une institution de protection  qui les nourrit, les habille et leur fournit des soins médicaux.

Retrouver une enfance perdue

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Le 21 juin 2005, vingt-deux enfants jockeys sont rentrés dans leur pays, le Pakistan.

Ces enfants ont fait preuve d’une résistance impressionnante. « Nous avons travaillé au Pakistan avec toutes sortes d’enfants, surtout des enfants des rues et des mendiants. Nous n’avons jamais vu des enfants aussi intelligents, sûrs d’eux et courageux », a dit Zubair Ahmad, Directeur adjoint du Bureau pakistanais de la Protection et du bien-être de l’enfant. « Ils présentent toutefois des signes de traumatisme psychologique et certains d’entre eux souffrent sans aucun doute de malnutrition ».

Dans la prochaine étape, les enfants retrouveront leur famille. Le processus pourrait s’avérer très long et difficile. « Certains des enfants ont quitté leur foyer il y a bien des années », dit M. Ahmad. « Ils ont oublié qui sont leurs parents et où ils vivaient. On pourra recourir dans certains cas aux tests ADN.

« A ceux dont on ne pourra pas retrouver les origines, nous fournirons une éducation et une formation professionnelle, afin de les aider à être mieux préparés à rentrer un jour dans la société ».

Le Gouvernement des Émirats arabes unis a maintenant accepté de renvoyer dans leur pays d’origine environ 3 000 enfants jockeys. L’UNICEF et ses partenaires seront là pour le rapatriement des enfants, et les aideront à se réinsérer dans la société et à retrouver leur enfance perdue.


 

 

Audio (en anglais)

27 juin 2005:
Le correspondant de l’UNICEF New York Kun Li parle avec certains des enfants qui travaillaient auparavant comme jockey de course sur chameau dans les Émirats arabes unis.

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