État de Palestine

Enfances étouffées, choix cruciaux à Gaza

Image de l'UNICEF: Queen Rania, Jordan, Unicef
© Royal Hashemite Court
Sa Majesté la Reine Rania Al Abdullah de Jordanie, Eminent défenseur des enfants pour l’UNICEF.

Par Rania Al Abdullah

Sa Majesté la Reine Rania Al Abdullah du Royaume Hashemite de Jordanie, Eminent défenseur des enfants pour l’UNICEF, a contribué à ce récit en observation à la Journée de l'enfant Palestinien, le 5 avril 2008.

AMMAN, Jordanie, 8 avril 2008 – Ayman est un adolescent de 14 ans à la voix douce et  posée, originaire du quartier de Jabalia à Gaza. Sa famille est pauvre, son père est sans travail  depuis mars 2006. Les parents d’Ayman ont quasiment vendu tous leurs meubles pour payer la nourriture et pour pouvoir envoyer leurs enfants à l’école. Récemment, après avoir reçu un colis alimentaire du gouvernement, le père d’ Ayman a dû vendre le lait contenu dans le colis pour récupérer de l’argent lui permettant de rentrer chez lui.

Ayman travaille très dur à l’école. Il rêve d’un avenir, d’un métier. Mais avec 47 élèves entassés dans sa classe, le double d’élèves d’une classe normale, apprendre dans ces conditions est très difficile et stressant. La maison n’est pas en rien un refuge: la récente incursion militaire à Jabalia s’est produite à 200 mètres de l’endroit où Ayman vit. Les fusillades et les bombardements ont tellement terrorisé sa petite soeur de 5 ans qu’elle continue à se réveiller la nuit en hurlant.

L’expérience d’Ayman n’est malheureusement que trop fréquente dans les voisinages surpeuplés et étouffant de Gaza, où ce sont les moins responsables de cette situation qui souffrent le plus. Pourtant, parmi les 840,000 enfants de Gaza- 555,000 d’entre eux sont des réfugiés- Ayman semble avoir plus de chance que beaucoup d’autres.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/HQ08-0152
Des écoliers de première année à l’école pour garçons Omar Bin Abdul Aziz à Gaza. École qui n'a eu ni chauffage ni électricité depuis que le blocus empêche les livraisons de carburant.

Depuis le récent regain de violence le mois dernier, 33 filles et garçons palestiniens au moins ont été tués, et de nombreux autres ont été blessés ou mutilés - tous se sont retrouvés piégés par des tirs croisés, tués dans leur propre maison ou emportés par des explosions qui les ont surpris alors qu’ils jouaient dans leur propre jardin. Le 28 février, quatre enfants qui jouaient au football ont été touchés par un missile qui a tant déchiqueté leurs corps que leurs propres familles n’ont pu les identifier.

Piégé dans une prison virtuelle

Ayman, ses frères et soeurs, comme tous les enfants de Gaza, voient leur espace de vie se réduire comme peau de chagrin au fil des jours, impuissants face à ce lent  étouffement de leur esprit et de leurs rêves. Au lieu d’espérer s’épanouir, ils sont piégés dans une prison virtuelle, et tout ce qui devrait aller de soi, tout ce qui devrait être normal pour un enfant, ne leur est pas accordé, comme si le droit de jouer, d’aller à l’école, d’avoir suffisamment à manger, d’avoir de la lumière pour faire ses devoirs à la nuit tombée, le droit de se sentir en sécurité à la maison, n’étaient pas fait pour eux.

Le poids de l’un des plus long conflits mondiaux repose sur leurs frêles épaules, détruisant leur enfance et leur infligeant des cicatrices psychologiques que, souvent, ils porteront à vie.

Les Palestiniens ont longtemps été considérés comme étant parmi les plus éduqués au Moyen Orient. Aujourd’hui après des années de violence, de bouclage, de pauvreté, l’éducation et l’excellence d’un système éducatif qui faisait leur fierté, a été anéanti.

Environ 2,000 enfants à Gaza ont abandonné les bancs de l’école au cours des cinq derniers mois. Ceux qui restent doivent se partager des livres en lambeaux et doivent se débrouiller sans les ressources élémentaires. Les examens semestriels qui ont eu lieu au mois de janvier dans les écoles de l’UNRWA  (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) ont révélé un taux d’échec de 60 pour cent des élèves en mathématiques et de 40 pour cent en arabe, langue maternelle des enfants. Pourtant, malgré cela, Ayman persiste : « je veux être instruit. Je veux être ingénieur et construire mon pays »

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© UNICEF/HQ08-0152
Les enfants de la famille Shahre font de la lecture dans le noir, éclairés par la lumière d’une chandèle, dans leur maison à Gaza.

A l’occasion de la Journée de l’enfant palestinien, que le monde se souvienne que la crise qui sévit à Gaza est un désastre engendré par l’homme. Que le monde sache que la situation aujourd’hui est la pire que nous connaissions depuis que l’occupation a commencé.
Soixante dix neuf pourcent des foyers de Gaza vivent dans la pauvreté ; huit sur dix dépendent de l’assistance alimentaire. Presque la moitié de la population en âge de travailler est sans emploi ; l’industrie locale s’est totalement effondrée. Les systèmes de distribution de l’eau et le traitement des eaux usées sont défaillants ; les ordures s’entassent dans les rues.

Retrouver un sens de normalité

L’UNICEF travaille d’arrache pied  pour  redonner à la jeunesse de Gaza un sentiment de normalité, notamment en développant des ateliers de rattrapage pour que les enfants continuent leur scolarité, en mettant en place des programmes de sports et de loisirs dans les écoles et en travaillant avec les communautés pour créer des terrains de jeux où les enfants peuvent être des enfants, tout simplement, en sécurité.

L’UNICEF travaille avec des partenaires pour approvisioner en eau, en hygiène et en fournitures médicales, les familles, ainsi que les centres de santé, . Et partout où le besoin se fait sentir, des équipes de soutien psychologique, formées par l’UNICEF, viennent en aide aux parents et aux enfants palestiniens, pour leur permettre de faire face au fardeau du stress.

Mais si l’UNICEF fait son possible pour venir en aide à ceux qui sont au coeur de la tourmente de Gaza, les dirigeants politiques sont les seuls à pouvoir mettre un terme à cet abominable cauchemar. Le siège doit être levé. L’assassinat de civils doit prendre fin des deux côtés. Les enfants méritent de grandir en paix des deux côtés. Et les leaders des deux côtés, soutenus par la communauté internationale, doivent pouvoir trouver le langage d’un dialogue honnête, seul chemin vers la paix durable.

D’un ton très calme, le père d’Ayman a dit, « mes enfants sont mon espoir. » Les enfants de Gaza sont une lumière dans l’obscurité. Ils méritent d’avoir la chance de briller.


 

 

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