En bref : Nigéria

Les cas d'enfants accusés « de sorcellerie » sont en augmentation dans certaines parties de l'Afrique de l'Ouest et du Centre

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© UNICEF/Nigéria/2009/Nwakanma
Des enfants accusés de sorcellerie et rejetés par leurs familles jouent aux cartes à l'extérieur d'un abri dirigé par le réseau Droits de l’enfant et réadaptation, une Organisation non gouvernementale appuyée par l’UNICEF dans l’État du Akwa Ibom au Nigéria.

ÉTAT D'AKWA IBOM, Nigéria, 28 juillet 2010 – Un enfant reçoit un morceau de mangue mais on lui demande de tuer quelqu’un en échange. Un autre admet avoir tué 800 personnes alors qu’il volait avec d’autres sorcières sur un morceau d’écorce d’arbre.

Ces « confessions » sont dangereuses et très révélatrices. Le nombre d’enfants accusés de « sorcellerie » augmente dans certains pays d’Afrique et de fait augment également le nombre d’enfants victimes de violence physique ou psychologique extrême liées à ce phénomène.

Une problématique complexe et difficile qui fait souvent les grands titres des journaux mais est souvent mal comprise.

Des enfants vulnérables sont mis en accusation

« Des enfants accusés de sorcellerie » le nouveau rapport du Bureau régional de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre  pour mettre en lumière les accusations dont sont victimes ces enfants.

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Des enfants frappés d'ostracisme jouent à l'extérieur d'une résidence où ils sont abrités par le Réseau Droits de l'enfant et réadaptation dans l'État d’Akwa Ibom, au Nigéria.

Selon le rapport, les accusations de sorcellerie semblent découler de situations de crises multiples et touche plus particulièrement les enfants comptant parmi les plus vulnérables.

« Les multiples pressions économiques et sociales, y compris les conflits, la pauvreté, l’urbanisation et l’affaiblissement des communautés, ou encore le VIH/Sida sont autant de facteurs qui contribuent à l’augmentation récente du nombre d’accusations de sorcellerie à l’encontre des enfants », déclare le Conseiller régional pour la protection des enfants de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Joachim Theis. « Ces accusations sont partie intégrante de l’augmentation des abus, de la violence et de la négligence dont sont victimes les enfants et sont la manifestation de profonds problèmes de société. »

Des facteurs de risque soulignés

Les croyances dans la sorcellerie sont répandues en Afrique comme dans d’autres parties du monde. Toutefois, jusque récemment, les allégations de sorcellerie n’étaient pas portées sur les enfants.  Dans plusieurs pays d’Afrique centrale en particulier, on dénombre un nombre alarmant d’assassinats d’adultes accusés de sorcellerie, ainsi qu’un accroissement du phénomène d’accusation de sorcellerie des enfants et des adolescents.

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Un garçon de 10 ans qui vit avec le VIH se tient devant la fenêtre du bâtiment d’une ONG locale à Ibadan, Sud-Ouest du Nigéria. Les pressions sociales, dont le VIH/SIDA, semblent avoir contribué à l'augmentation récente des accusations de sorcellerie à l’encontre des enfants dans ces parties de l'Afrique.

« Des enfants accusés de sorcellerie » met en évidence les facteurs qui très probablement contribuent à de telles accusations. Devenir orphelin ou être élevés par un parent éloigné comptent parmi les facteurs de risque, comme l’arrivée d’un beau parent dans une famille recomposée.

Il ressort également qu’en la matière les traits de caractères suggérant une forme d’agressivité ou un tempérament solitaire sont aussi dangereux que les déformations physiques ou les pathologies telles que l’autisme.  La plupart des victimes sont des garçons.

Exploitation pour un gain financier

Au riche mélange de cultures et de traditions d'Afrique centrale, vient s’ajouter la montée en puissance des « pasteurs-prophètes », notamment des Eglises pentecôtistes. Certaines de ces églises ont renforcé les croyances populaires pour en  tirer un gain financier.

Tout en faisant monter la charge émotionnelle et en accusant les familles de l’exorcisme de leurs enfants, Ces « pasteurs-prophètes » tirent un business lucratif de la souffrance des enfants.

De plus, les enfants accusés de sorcellerie doivent souvent faire face à la loi. Dans plusieurs pays, la sorcellerie est considérée comme un délit pénal et les enfants, comme les adultes, accusés de sorcellerie, sont condamnés à des peines de prison.

Le besoin de réformes légales

Le rapport de l'UNICEF fait de recommandations de stratégies à adopter. Il est notamment suggéré de conduire des études sur les pratiques et les croyances pour mieux comprendre le phénomène, tout en travaillant avec les communautés  et les chefs traditionnels et spirituels.

Le rapport recommande également une série de réformes législatives pour dépénaliser la sorcellerie et améliorer la protection des enfants et les procédures. Il recommande aussi  d’améliorer l’accès des plus marginalisés à des transferts et services sociaux, notamment pour les enfants vivants dans la rue.

« Même si les accusations de sorcellerie à l’entre des enfants sont liées à des causes culturelles ou religieuses, la réponse à ces formes d’abus à l’égard des enfants ne sont pas différentes que pour les autres formes de violence et de négligence à leur encontre, » déclare M. Theis. 

Un système global de réponse et de prévention

Selon « Des enfants accusés de sorcellerie » la réponse fait partie intégrante d’un système global de réponse et de prévention qui comprend :

  • la recherche pour accroître la compréhension du phénomène et de ses causes ;
  • la protection et les soins aux enfants victimes d’abus ;
  • un travail de conscientisation, d’éducation et de mobilisation contre les abus à l’encontre des enfants, dans la population, parmi les professionnels et à l’intention des leaders politiques et religieux ; et
  • un travail législatif couplé à une application effective de la loi.

Mais pourquoi un garçon de 16 ans risque sa vie en confessant qu’il a sacrifié de la chaire humaine contre un morceau de mangue ?  Le rapport souligne que les enfants abandonnés ont des difficultés à trouver leur place dans le monde. Ces ‘confessions’ sont ainsi l’expression d’un désir et de regrets sincères alors qu’ils vivent aux marges d’un monde globalisé et aspire à avoir l’estomac rempli, à être respecté et à vivre dans la dignité.


 

 

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