En bref : Nigéria

Les pays de l'Afrique de l'Ouest et Centrale joignent leurs forces contre la traite des enfants

Image de l'UNICEF: Benin, Nigeria, Child trafficking
© UNICEF video
Quatorze garçons de cette petite école de Za Hla au Bénin ont été victimes de la traite vers le Nigéria, où ils ont été obligés de travailler dans des conditions très difficiles.

Par Sarah Crowe

ABUJA, Nigéria, 7 juillet 2006 – Un accord multilatéral sera signé contre la traite des femmes et enfants cette semaine à Abuja (Nigéria), où l’UNICEF et ses partenaires ont organisé une conférence ministérielle réunissant des délégués de 26 pays de l’Afrique centrale et de l’Ouest et des représentants de gouvernements européens, de l’Organisation internationale du Travail et de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime.

« Aucun pays de l’Afrique Centrale ou de l’Ouest ne peut dire qu’il n’a pas de problème de traite d’humains », a dit Esther Guluma, Directrice de l’UNICEF pour cette région, à l’ouverture de cette conférence de deux jours.

« Seule une démarche globale permettra de mettre fin à cette exploitation des enfants. Il s’agit d’une violation des droits de l’homme, de la dignité et de la liberté de mouvement,” ajoute-t-elle. « Le moyen le plus efficace, c’est la mise en place d’un partenariat à l’échelle de la région. Cette conférence est un moment capital dans la mise en place de cette collaboration.”

Le nouvel accord historique signé à Abuja par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et la Communauté économique d'Afrique centrale (CEEAC) renforce la coopération dans le champs du rapatriement des victimes et l’extradition des trafiquants. L’accord régional est un instrument juridiquement contraignant dans les pays de CEDEAO et les 11 membres du CEEAC.

Trois fils vendus pour du travail 

Les efforts viseront des gens comme ce père, au Bénin, négociant un « bon prix » pour ses trois fils de 10 ans. Il a touché de la part d’un trafiquant 10 000 F CFA (environ 20 dollars) en premier acompte, et ses fils ont dû partir pour aller travailler au Nigéria. On lui a dit qu’il toucherait 90 000 F CFA (180 dollars) pour un an de labeur de ses fils.

L’argent suffisait pour nourrir sa grande famille, 4 femmes et 20 enfants pendant un mois. Mais ses trois fils n’avaient aucune idée de ce qui les attendait au Nigéria.

« Ils nous ont dit qu’on allait travailler avec les poulets et ramasser les œufs, » dit l’un des garçons, « mais une fois arrivés au Nigéria, nous avons dû travailler comme des adultes à casser des pierres dans une carrière. C’est un travail terrible, vraiment dur. On nous donnait très peu à manger et nous n’avions pas le droit de nous éloigner. »

De son côté, le père explique : « C’est ce qui se fait par ici. On m’a promis beaucoup d’argent si les enfants travaillaient pendant un an. Nous sommes tellement pauvres. »

Image de l'UNICEF: Benin, Nigeria, Child trafficking
© UNICEF Benin/2006/Crowe
Les frontières sont poreuses en Afrique de l’Ouest, et on ne connaît pas le nombre d’enfants passés du Bénin au Nigéria pour y être employés comme domestiques ou dans des carrières.

Les enfants sont exploités et victimes d’abus sexuels

Chaque année des milliers d’enfants sont victimes de la traite le long des frontières poreuses de l’Afrique centrale et de l’Ouest. Au Nigéria, par exemple, où les frontières entre le Bénin et le Cameroun font 773 km et 1 690 km, il est difficile de contrôler le trafic d’enfants.

Aujourd’hui considérée comme une forme moderne d’esclavage, cette pratique prend ses racines dans une longue tradition ancrée dans la recherche d’un avenir meilleur. Les enfants sont envoyés chez des parents vivant en ville, y reçoivent une éducation, et en échange ils rendent service dans la maison.

Souvent, les parents ne savent pas – ou ne veulent pas savoir – ce qui arrive à leurs enfants, ni les violences physiques ou mentales dont ils sont victimes en tant que domestiques ni qu’ils sont contraints à la prostitution.

Mettre fin à ce traite d’êtres humains

« Vous n’êtes pas un être humain si vous faites cela à vos propres enfants. Les gens doivent assumer leurs responsabilités. Ils doivent être punis », affirme Alassane Biga, un spécialiste de la protection de l’enfant à l’UNICEF.

Les trois garçons victimes de cette traite au départ du Bénin ont eu de la chance. Après huit mois d’un travail exténuant au Nigéria, un compatriote a parlé de leur cas à la police et ils furent ramenés chez eux. L’UNICEF et ses partenaires prennent en charge leurs frais de scolarité pour éviter que leur père ne soit tenté de les revendre.

Les familles les plus pauvres bénéficient d’une aide financière et autres initiatives – tel le cinéma ambulant qui propose des films à caractère éducatif pour les habitants des villages éloignés – montrant aux familles vulnérables la réalité de la traite d’enfants. Espérons que la conférence ministérielle permettra de progresser vers la fin de cette pratique à la fois illégale et déshumanisante.



 

 

Vidéo (en anglais)

6 juillet 2006:
Sarah Crowe, correspondante de l’UNICEF enquête sur la traite d’enfants au Bénin.
 VIDEO haut | bas

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