Libéria
Déplacés par le conflit, des enfants ivoiriens réfugiés cherchent un certain réconfort au camp de Bahn au Libéria.
Par Priyanka Pruthi
COMTÉ DE NIMBA, LIBÉRIA, 24 juin 2011 - Philippe Cheugui, 40 ans, enseignait l'histoire et la géographie dans une école de Danané, une ville dans l'ouest de la Côte d'Ivoire. C'était un bon enseignant et un bon porte-parole du public, une source d'inspiration pour beaucoup.
| VIDÉO : 19 mai 2011 - Le correspondant de l'UNICEF, Patrice Brizard, revient sur les services éducatifs à destination des réfugiés ivoiriens. Reportage de Priyanka Pruthi au camp de Bahn, au Libéria. Regarder dans RealPlayer |
Aujourd'hui, il cherche un abri sous une bâche dans le camp de Bahn, au Libéria. Il regarde sa femme faire la cuisine avec un mélange de désespoir et de soulagement dans le regard. Il sait qu'ils ont de la chance d'être en vie.
Pris entre deux feux
Philippe et sa famille, comme un million d'autres, ont été victimes de la querelle politique féroce qui a divisé la Côte d'Ivoire après l'élection présidentielle de novembre dernier. « J'ai quitté la Côte d'Ivoire en raison de la violence, des sévices extrêmes et des meurtres qui ont eu lieu après les élections présidentielles », dit-il. « Comme j'étais enseignant et que j'avais parlé en public des problèmes de notre société, j'ai été ciblé et violemment battu ».
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| © UNICEF Liberia/2011/Scott |
| Les enfants suivent le programme scolaire ivoirien dans l'école du camp de Bahn, au Libéria, avec l'appui de l'UNICEF. L'école étant surpeuplée, il est urgent d'en construire une autre. |
Après avoir passé plusieurs jours caché dans la jungle, Philippe a réussi à traverser la frontière avec le Libéria. Les organismes d'aide l'ont déplacé ensuite, lui et sa famille, environ 50 km plus à l'est, au camp Bahn, l'un des plus grands camps de réfugiés pour les Ivoiriens dans le pays.
Plus de six mois après la flambée de violence en Côte d'Ivoire, plus de 4000 personnes continuent à chercher refuge ici. La majorité d'entre elles, cependant, vivent dans des familles libériennes dans des villages éloignés et difficilement accessibles éparpillés le long de la frontière. D'après les estimations, plus de 140 000 réfugiés se trouveraient toujours au Libéria.
L'incertitude de sa situation pèse sur Philippe mais une occasion inespérée lui a redonné le moral. Il est maintenant le directeur d'une école primaire pour les réfugiés ivoiriens, un établissement qui est épaulé par l'UNICEF et ses partenaires. Environ 800 élèves fréquentent les classes de la première à la sixième année. Dix-neuf enseignants ivoiriens leur enseignent le même programme qu'ils suivaient au pays.
Pour l'UNICEF, la nécessité de disposer d'installations éducatives pour les enfants en temps de crise est une priorité. « L'éducation en situation d'urgence, cela signifie que, d'un côté, nous gardons les enfants à l'école pour des raisons de protection, de sorte qu'ils aient une vie normale et une routine structurée et donc qu'ils soient loin de la rue », explique Francesca Bonomo, Coordinatrice des programmes d'éducation de l'UNICEF en situation d'urgence, « mais en même temps, nous voulons nous assurer qu'il y ait un apprentissage de qualité et nous le faisons grâce à nos fournitures, les livres par exemple ».
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| © UNICEF Liberia/2011/Scott |
| L'UNICEF soutient les activités de développement de la petite enfance pour les enfants ivoiriens réfugiés de moins de cinq ans au camp Bahn au Libéria. De nombreuses familles ont fui la Côte d'Ivoire au cours de la récente crise politique. |
« Cela signifie aussi qu'il faut s'assurer que l'enseignement qu'auront reçu tous ces enfants au Libéria sera officiellement certifié par les autorités », ajoute-t-elle.
La formation des enseignants
L'UNICEF forme les enseignants ivoiriens du camp à aider les enfants à surmonter les effets de la crise. Des « espaces amis des enfants » ont été mis en place et c'est là que les enseignants engagent les enfants dans des activités qui leur font oublier leurs peurs et leurs inquiétudes. Beaucoup d'entre eux ont vu leurs parents se faire tuer, certains ont failli mourir et d'autres ont été séparés de leurs parents en fuyant vers le Libéria.
« Nous utilisons principalement des enseignants qualifiés, mais nous nous rendons compte dans nos évaluations que la plupart d'entre eux sont dépourvus des compétences dont ils ont besoin pour aider ces enfants traumatisés par cette urgence. Nous sommes donc en train de les former pour qu'ils soient en mesure d'améliorer les compétences de vie des enfants », explique Francesca Bonomo. Cela comprend une formation en soutien psycho-social et en promotion de l'hygiène.
L'UNICEF soutient également les activités de développement de l'enfance pour les enfants de moins de cinq ans dans des espaces spéciaux similaires à des écoles maternelles, où les petits enfants ont l'occasion de jouer ensemble. Les enfants ne peuvent peut-être pas comprendre certains événements récents mais ils ont vu des choses qui risquent d'être gravées dans leur mémoire pour une longue période.
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| © UNICEF Liberia/2011/Scott |
| Des enfants ivoiriens dans la classe d'une école primaire mise en place par l'UNICEF et ses partenaires dans le camp de Bahn au Libéria, un des plus grands camps de réfugiés du pays. |
Mais les efforts déployés pour atteindre tous les enfants du camp sont entravés par un manque de ressources. Malgré l'introduction d'un enseignement par roulement - classes le matin pour certains et classes l'après-midi pour les autres - pour accueillir le plus d'élèves possibles, un nombre considérable d'enfants passent entre les mailles du filet.
Lutter contre le mauvais temps
Alors que le Libéria entre dans la saison des pluies, satisfaire les besoins les plus fondamentaux des réfugiés est également en passe de devenir une tâche herculéenne. La nourriture est déjà rare et le transport de fournitures à travers les forêts et par des ponts endommagés sera encore plus difficile dans les prochains jours. Les organismes de secours se livrent à une véritable course contre la montre pour acheminer des fournitures aux zones reculées et constituer des réserves de nourriture et de produits essentiels pour les six prochains mois.
Avec que les tempêtes menacent les refuges et que de noirs nuages assombrissent les perspectives de ces réfugiés, les agents humanitaires préviennent que les pluies pourraient s'avérer être encore leur pire ennemi.
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