Haïti

L’UNICEF aide les restaveks victimes de maltraitance et d’exploitation en Haïti

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© UNICEF Haïti/2012/ Dormino
Larissa Saint-Claire (SON NOM A ÉTÉ MODIFIÉ), 14 ans, dans un foyer qui bénéficie du soutien de l’UNICEF, à Ganthier, en Haïti. Larissa tient une poupée dans ses mains.

Par Samuel Grumiau

PORT-AU-PRINCE, Haïti, 31 janvier 2012 – En 2007, Larissa Saint-Claire (son nom a été modifié), âgée alors de 10 ans, vivait paisiblement chez ses parents à Beaumont, dans le sud-ouest de Haïti, lorsque la visite de l’une de ses soeurs a changé sa vie.

« J’ai été d’abord heureuse de la voir », se souvient Larissa. « Je suis vite revenue de mes illusions parce qu’en réalité elle nous parlait d’une personne qu’elle connaissait, chez qui elle suggérait que j’aille vivre à Port-au-Prince. Ma soeur a dit que cette femme m’enverrait à l’école, m’habillerait bien et prendrait soin de moi ».

 Cette proposition a divisé la famille. Larissa ne souhaitait pas quitter ses parents, et son père ne voulait pas qu’elle parte. Mais sa mère était convaincue qu’il s’agissait là, pour Larissa, d’une occasion unique d’aller à l’école, ce que ses parents ne pouvaient pas se permettre.

« Je suis partie le lendemain avec ma soeur. Mes parents pleuraient. J’ai dit à mon père que j’ignorais quand j’allais revenir », a confié Larissa.

Sans le savoir, Larissa était en train de troquer la sécurité de sa vie de famille contre la vie d’un « restavek », un enfant confié à une famille plus aisée. Les restaveks – ce qui signifie « reste avec » en créole – s’inscrivent dans une tradition haïtienne profondément ancrée, qui a été conçue pour aider les enfants et les familles pauvres. En principe, on s’occupe de ces enfants comme s’ils étaient de la famille et ils sont scolarisés en échange de menus services.

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Larissa Saint-Claire (SON NOM A ÉTÉ MODIFIÉ), 14 ans, dans un foyer qui bénéficie du soutien de l’UNICEF, à Ganthier, en Haïti, est interrogée sur les épreuves qu’elle a subies.

Mais, en réalité, ces enfants sont souvent forcés de travailler comme domestiques, travaillant du matin au soir sans être payés, et sont souvent victimes de maltraitance de la part de ceux qui en ont la garde. En général, on ne les autorise pas à aller en classe, et ils ne disposent pas de produits de première nécessité tels que des chaussures. Les restaveks sont environ 225 000 en Haïti, encore qu’il soit presque impossible de déterminer leur nombre exact en raison de la nature informelle de l’accord passé. La plupart d’entre eux viennent de la campagne et sont placés dans des familles tant en Haïti qu’en République dominicaine.

Exploitée et maltraitée

Larissa, 14 ans à présent, a été exploitée et maltraitée par ceux qui en avaient la garde. Chaque jour, elle commençait son travail à 4 heures du matin, lavait le sol, faisait les lits, allait chercher l’eau, faisait la vaisselle et aidait à préparer le déjeuner. L’après-midi, elle lavait la vaisselle, allait au marché et faisait parfois la lessive. Malgré son jeune âge, Larissa indique qu’on lui confiait aussi la tâche de s’occuper de l’enfant de la famille, âgé de 4 ans. Sa journée ne finissait qu’après que la famille soit partie se coucher. Elle était alors en mesure de se reposer sur un morceau d’étoffe, à même le sol.

Puiser de l’eau à une pompe dans la rue était la corvée la plus dure. « Je devais y aller le matin et souvent une deuxième fois dans l’après-midi. J’étais fouettée s’il n’y avait plus d’eau », précise-t-elle. « Je portais l’eau dans un grand seau et dans une bouteille. Le poids me faisait mal à la tête et me donnait des douleurs dans la poitrine ».

Au marché, elle s’est fait des amis avec les autres restaveks et leur a parlé de la maltraitance dont elle était victime.

« Ils m’ont dit que je devrais demander à la femme de me renvoyer chez mes parents, mais j’ai encore été fouettée pour avoir proposé ça » se rappelle Larissa. « Je n’avais aucun moyen de contacter mes parents ».

Au bout de trois ans, Larissa a trouvé le courage de partir.

« Une nuit, je me suis échappée de la maison et j’ai sauté dans le premier tap-tap [taxi] », raconte-t-elle. « J’étais en pleurs. Je n’avais pas d’argent. Des voyageurs m’ont demandé ce qui se passait. Ils m’ont conduite à la police ».

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Larissa Saint-Claire (SON NOM A ÉTÉ MODIFIÉ), 14 ans, joue avec une camarade dans foyer qui bénéficie du soutien de l’UNICEF, à Ganthier, en Haïti.

La police a contacté l’IBESR – l’Institut du bien-être social et de la recherche – une organisation gouvernementale qui, avec l’appui de l’UNICEF, aide à la réintégration dans leur famille d’enfants comme Larissa. L’IBESR a trouvé pour Larissa un abri provisoire en attendant qu’elle retourne dans sa famille.

Faire rentrer les restaveks dans leur famille

L’UNICEF apporte une réponse à la pratique du restavek en contribuant à sensibiliser les communautés et les services gouvernementaux à ce problème. L’UNICEF a aidé le Gouvernement haïtien à réactiver le Groupe de travail sectoriel sur les enfants domestiques. Les partenaires dans ce groupe, notamment l’UNICEF, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), ainsi que le Ministère des affaires sociales et du travail, consacrent leurs efforts à faire rentrer les enfants restaveks dans leur famille, chez de proches parents ou des familles connues de l’enfant.

L’UNICEF apporte également un appui aux institutions qui s’occupent provisoirement des enfants victimes de violence familiale et de la traite, afin de faire en sorte que ces enfants bénéficient d’un soutien psychosocial approprié.

« Aujourd’hui, je pense encore souvent à ces années de souffrance. La nuit, dans mes rêves, je vois la maison de ma mère. C’est sûr, je veux rentrer », affirme Larissa.
Mais le souvenir de ces épreuves s’est substitué au souvenir d’une enfance plus heureuse – et jusqu’au nom de la ville où vit sa famille.

L’UNICEF et ses partenaires s’efforcent de combler ces lacunes et de localiser sa famille de telle sorte qu’elle puisse enfin rentrer à la maison.


 

 

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