Égypte

Le soutien psycho-social aide à soulager une jeune famille réfugiée à la frontière de l’Égypte et de la Libye

Image de l'UNICEF
© UNICEF Égypte/2011/Aql
Emmanuel Streel, spécialiste en soutien psycho-social de l’UNICEF, apporte son assistance aux familles fuyant la crise libyenne qui ont trouvé refuge en Égypte dans la ville frontière de Salloum.

Emmanuel Streel, un spécialiste en soutien psycho-social de l’UNICEF, participe à la mission que l’institution mène sur le terrain à Salloum, à la frontière de l’Égypte et de la Libye.

Par Emmanuel Streel

SALLOUM, Égypte, 29 avril 2011 – Adam (ce n’est pas son vrai nom), sa femme, sa belle-mère et ses quatre petites filles ont fui la ville libyenne de Benghazi à la fin du mois dernier.

Ils craignent pour leur vie

Rester à la maison devenait trop dangereux. Les rumeurs de violence et de gens qui fuyaient le pays se sont accentuées, aggravant le sentiment d’être isolés et vulnérables. Plus tard, ils ont commencé à entendre des coups de feu dans la nuit.

Un matin, ils ont rassemblé autant de choses qu’ils pouvaient porter et abandonné leur maison pour prendre la direction de la frontière égyptienne ; en taxi et à pied, ils ont suivi les nombreuses personnes qui fuyaient dans la même direction.

Ils ont finalement atteint la ville frontière de Salloum en Égypte, tard un soir. Après avoir fait la queue pendant des heures, ils ont été admis dans une zone de transit. Désorientés, épuisés et traumatisés par les évènements et ce changement brutal d’environnement, ils se sont installés en bas d’un escalier à l’extérieur d’un bâtiment des douanes désigné comme faisant partie de la zone de transit. Ils y sont restés deux nuits avant d’être remarqués par le personnel de l’UNICEF qui finissait sa tournée quotidienne de dépistage et de contrôle sur le site.

Le soutien psycho-social

Adam et sa famille n’avaient aucune idée des procédures d’inscription nécessaires pour un rapatriement au Tchad. À titre de spécialiste en soutien psycho-social pour l’UNICEF, je les ai guidés dans ces démarches. Je me suis aussi assuré qu’on leur trouve un endroit où dormir et se reposer en toute sécurité dans un centre situé du côté égyptien de la frontière.

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Un groupe de familles bloquées à la frontière entre l’Égypte et la Libye. Le centre que l’UNICEF a aidé à organiser à Salloum accueille des familles de nombreuses nationalités différentes.

Adam et sa famille ont alors bénéficié d’une session familiale de soutien psycho-social qui leur a permis d’exprimer librement les craintes et les préoccupations que leur inspire leur difficile situation. « Quand est-ce que nous allons quitter l’Égypte et où allons-nous aller ? » demandaient-ils. « Que va-t-il advenir de nos possessions que nous avons été forcés d’abandonner en Libye ? » Et aussi, « Comment allons-nous vivre à l’avenir ? »

Simplement en écoutant leurs récits et leur espoirs pour l’avenir – en les aidant à mieux comprendre la situation, à communiquer leurs sentiments aux autres, en les encourageant à jouer avec leurs enfants et en les tenant au courant de l’évolution de la situation – un rapport de confiance a émergé.

Les quatre filles ont commencé à participer aux activités organisées spécialement pour les enfants par le centre, et pour la première fois de la semaine, leur mère a pu prendre un peu de repos. Les sourires sont progressivement réapparus sur les visages de la famille ; mais Adam, le jeune père toujours vêtu du costume marron trop grand qu’il portait le jour où il a fui la Libye, a demandé une assistance supplémentaire. Il était soulagé de voir sa famille se rétablir, mais se sentait stressé par le souci de ce qui allait suivre. Les sessions ont eu lieu pendant que nous déambulions à travers le centre; elles lui ont redonné espoir.

Le désir d’aider les autres

Un matin, comme il me saluait, Adam m’a demandé : « Vous savez, bien que je sois jeune, je suis presque un des plus vieux ici. Est-ce qu’il y a un moyen pour moi d’aider les autres ? » Mon équipe a sauté sur cette occasion de l’impliquer comme bénévole.

Pendant les quelques jours où il est resté sur place, Adam nous a offert sa perspicacité étonnante et son soutien. Il a fait circuler des messages cruciaux, a renforcé les rapports entre notre équipe et la communauté, a agit comme interprète dans les cas de besoin et a même aidé d’autres personnes à placer leur bagages dans les autocars qui les emmenaient.

Des familles quittent le camp en autocar chaque jour à environ 6 heures du soir. Les gens ne savent pas s’ils partiront ou pas, tant qu’ils n’ont pas été appelés. Malgré l’attente, Adam restait optimiste tous les jours au départ des autres familles. « Demain, si Dieu le veut, ma famille et moi nous serons dans cet autocar », me disait-il avec le sourire.

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L’UNICEF, en partenariat avec des organisations non gouvernementales a formé 12 animateurs pour s’occuper des jeunes enfants réfugiés de Salloum à la frontière de l’Égypte et de la Libye. Des espaces d’accueil spéciaux et un soutien psycho-social sont vitaux pour les enfants qui ont souffert d’un conflit.

L’évènement a eu lieu peu après. J’ai immédiatement reconnu les bagages enveloppés de plastique orange près de l’autocar. Adam et sa famille reprenaient finalement leur route. C’était incroyable, il avait passé presque deux semaines avec nous, ce qui ici semblait toute une vie.

 « Le sourire des enfants »

Quand tous leurs sacs ont été bien chargés dans l’autocar, j’ai regardé Adam, sa femme, sa belle-mère et leurs belles petites filles ; je leur ai dit ma joie de les voir enfin partir, mais j’ai instantanément réalisé toute la tristesse que j’éprouvais à le voir s’en aller.

Nous sommes restés silencieux quelques secondes, puis il a souri. « J’ai déjà recruté quelqu’un pour me remplacer », a-t-il dit, et nous avons ri. Comme la famille d’Adam s’éloignait, sa fille la plus jeune nous a souri et dit au revoir de la main.

« C’est la raison pour laquelle nous sommes ici, c’est toute notre raison d’être, le sourire des enfants », m’a dit mon collègue en plaçant une main sur mon épaule. Une autre journée à s’occuper des familles et des enfants dans le besoin commençait à la frontière de l’Égypte et de la Libye.


 

 

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