Égypte

A la reconquête de l'enfance perdue : en Egypte, l'UNICEF et ses partenaires assurent la protection des enfants qui travaillent.

Image de l'UNICEF
© UNICEF Egypt/2006/Wiens
Ahmed, 14 ans (a gauche), au centre des Scouts Marins d'Alexandrie, en Egypte, où les enfants qui travaillent ont la possibilité d'étudier, de pratiquer le sport et de se familiariser avec les comportements sociaux.

Par Simon Ingram

ALEXANDRIE, Egypte, 11 avril 2006 – C’est le milieu de la matinée dans un des quartiers populaires bouillonnants de vie d'Alexandrie.  Dans une petite blanchisserie, Ahmed, 14 ans, est déjà au travail. Cela fait un an qu'il travaille là, un an qu’il a rejoint la cohorte grandissante d'enfants égyptiens – on estime qu'ils sont 2,7 millions âgés de 6 à 14 ans – forcés de quitter l'école et jetés dans le monde du travail par la pauvreté ou d'autres circonstances.

Avec l’appui de l’UNICEF, le Gouvernement égyptien commence à lutter contre le travail des enfants. En début d'année, il a ébauché une nouvelle stratégie nationale contre cette pratique et il existe aujourd'hui des programmes destinés à assurer une aide adéquate à des enfants comme Ahmed qui sont déjà prisonniers du marché du travail. Mais, comme les chiffres le montrent, le travail des enfants reste très répandu et il sera difficile de l’interdire immédiatement.

Moins de travail, plus de temps à l’école

«Actuellement, il est à peu près certain que beaucoup de familles démunies n'ont pas d'autre choix que de retirer leurs enfants de l'école et de les mettre au travail, simplement pour pouvoir joindre les deux bouts», explique Hannan Suleiman,  Administratrice de programme à l'UNICEF.

Dans un tel contexte, la stratégie de l'UNICEF contre le travail des enfants en Egypte comporte trois volets :

  • Empêcher que des enfants en nombres plus grands encore, et particulièrement les frères et sœurs de ceux qui travaillent déjà, ne rejoignent le marché du travail.
  • Améliorer la qualité de vie des enfants qui travaillent en leur donnant accès à l'enseignement, aux soins de santé et à des loisirs.
  • S'associer à d'autres organisations pour s'attaquer à la pauvreté à travers l'emploi et assurer des conditions de travail décentes pour les parents ou ceux qui s’occupent des enfants.

«Notre but final est de garantir que ces enfants s'arrêtent de travailler, retournent à l'école et profitent de la sorte d'enfance qu'ont la plupart des autres enfants», affirme Hannan Suleiman.

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Ahmed fait partie des quelque 2,7 millions d'enfants qui travaillent en Egypte. Il travaille dans une blanchisserie d'Alexandrie, la seconde ville du pays.

Une vie d'adolescent pas facile

L'histoire d'Ahmed révèle combien le travail des enfants peut être pénible. Ses journées de douze heures dans la blanchisserie se divisent en une succession de tâches routinières dans la boutique  et il faut en même temps qu’il veille à ce que les clients récupèrent leurs vêtements à temps.

«Je me lève le matin et je vais au travail, dit Ahmed. L'après-midi, j'effectue le ramassage du linge auprès des clients et je l'apporte à la boutique pour le repassage. Ensuite je le leur rapporte.» Ce n'est pas une vie facile pour un jeune adolescent mais Ahmed affirme que c'est mieux que d'aller à l'école – un endroit dont il se souvient principalement à cause des corrections qu'il recevait des mains de ses professeurs. 

Son employeur, Ibrahim El Sayed, le patron de la boutique, est juriste de formation. Il est persuadé qu'en employant Ahmed, il lui permet d'apprendre un métier qui lui assurera éventuellement son avenir.

«Au début, Ahmed venait juste pour donner un coup de main, dit Ibrahim El Sayed. Mais maintenant, il sait comment se servir de machines de nettoyage à sec, comment laver et trier les différentes couleurs de vêtements et comment les repasser. Un tel savoir-faire, c’est mieux pour lui et, de toutes façons, il sait déjà lire et écrire.»

Coopération de la part des employeurs

Le dimanche, Ahmed se rend tard au travail parce qu'il passe la plupart de la journée au centre des Scouts marins, situé sur le front de mer d'Alexandrie. Grâce à un accord passé en 1993 avec l'UNICEF, les scouts contribuent à procurer aux enfants qui travaillent, comme Ahmed, une protection de base, des soins de santé et divers services.

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Une partie des journées de travail d'Ahmed consiste à livrer aux clients leurs vêtements fraîchement repassés.

A partir de leurs centres de jeunesse, répartis dans Alexandrie, la seconde ville d'Egypte, les aides sociaux des Scouts rendent visitent aux enfants sur leur lieu de travail. Ils parlent des conditions de travail avec les employeurs et distribuent aux enfants des gants, des lunettes de protection et divers accessoires pour la sécurité.

Selon Magdy Mohamed, des Scouts marins, la partie est presque gagnée si l’on obtient la coopération des employeurs. « Si j'ai besoin de l'enfant pour n'importe laquelle de nos activités ou pour une formation ou encore pour des cours d'alphabétisation, explique-t-il, je dois avoir la permission de l'employeur parce que cela signifie qu’il doit  s’absenter de son travail.»

Développer les partenariats

Replacer l'enfant dans un processus d'apprentissage est un autre but essentiel de l'UNICEF et des scouts. Des cours d'alphabétisation et d'art dans les centres sont combinés avec la pratique du football, du tennis de table et des séances de judo dans le but d'encourager autant de participation que possible. Parallèlement, beaucoup d'efforts sont faits pour permettre aux jeunes d'acquérir les compétences professionnelles et sociales qui leur permettront d’éviter les futurs ennuis.

«N'importe quel enfant de l'âge d'Ahmed et placé dans une situation semblable court de risque de mal tourner, observe Magdy Mohamed. Au centre, ici, on essaie de l’aider à bien choisir ses amis et ses loisirs.»

Rien ou presque ne permet aujourd'hui de conclure que les progrès vers l'élimination du travail des enfants en Egypte seront rapides mais la mise sur pied de partenariats entre le gouvernement, l'UNICEF, les ONG et les employeurs devrait garantir au moins une chose : Ahmed et ses amis ne retiendront pas seulement de leur enfance les longues heures de travail.


 

 

Vidéo (en anglais)

11 avril 2006 :
Le reportage de Simon Ingram sur les activités menées par l’UNICEF en faveur des enfants qui travaillent en Egypte, à travers l’expérience d’Ahmed, 14 ans.

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