République démocratique du Congo

Hantés par la violence, des enfants de la République démocratique du Congo participent à des activités artistiques qui les aident à surmonter leurs traumatismes.

Par Cornelia Walther

GOMA, République démocratique du Congo, 11 janvier 2013 – Georges* participe à une séance de dessin. Il se trouve dans un espace pour enfants géré par l’AVIS, partenaire de l’UNICEF à Mugunga III, un site de la province du Nord-Kivu (République démocratique du Congo), où plusieurs milliers de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ont trouvé refuge.

Témoins de crimes atroces, déplacés par la violence au Nord-Kivu, des enfants de la République démocratique du Congo participent à des stages d’activités artistiques qui les aident à surmonter leurs traumatismes. Ces stages sont organisés à Goma et dans les environs. Produit par UNICEF.  Regarder dans RealPlayer

 

« Ce que j’ai vécu m’empêche de dormir », explique-t-il, en ajoutant des couleurs à un dessin qu’il a d’abord fait au crayon noir.
« Mettre sur le papier ce que j’ai vu, ça m’enlève ces images de la tête. »

Hantés par la violence

Depuis avril 2012, les combats qui opposent le groupe rebelle du Mouvement du 23 mars (M23) et l’armée congolaise (FARDC) ont contraint des familles à quitter leur résidence et à chercher refuse dans des abris de fortune à Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, ou dans les environs.

Beaucoup d’enfants ont été témoins de scènes effrayantes. Ils n’arrivent pas tous à mettre des mots sur les violences qu’ils ont vues.

La famille de Sam, 12 ans, a d’abord fui Rugari en juillet pour échapper à la guerre et a trouvé refuge dans le camp de personnes déplacées de Kanyaruchinya. Mais la guerre a éclaté dans cette localité en novembre et le jeune garçon et ses parents ont de nouveau pris la fuite jusqu’à Mugunga.

« C’est l’homme qui est sorti de la forêt », explique-t-il en commentant son dessin. « Il portait un uniforme et il nous a suivis en nous tirant dessus. »

« Il a attrapé cette femme et l’a poignardée », raconte-t-il.

Un lieu où atténuer les souffrances

L’UNICEF et l’AVSI ont mis en place sept espaces mobiles pour enfants, afin que leurs services soient accessibles à autant d’enfants déplacés que possible dans les camps situés aux environs de Goma. Tous les jours, environ 2 500 garçons et 3 000 filles participent aux activités des espaces pour enfants, fixes ou mobiles.

Image de l'UNICEF
© UNICEF video
« Ces espaces pour enfants visent à rétablir un sentiment de normalité en période de trouble. Nous voulons donner à ces enfants, qui ont vécu les pires choses, un lieu sûr où jouer et recevoir un soutien psychosocial », explique Barbara Bentein, Représentante de l’UNICEF en République démocratique du Congo.

Pendant l’exercice de dessin, les enfants sont invités à dessiner ce qu’ils ont vécu. L’objectif est de les aider à se défaire des tensions accumulées et à atténuer leurs souffrances. Par des dessins,  les filles sont nombreuses à décrire le viol d’amies proches ou de voisines, agressées pendant leurs activités de tous les jours.

Âgée de 15 ans, Anna, qui est originaire de Rutshuru, au nord de Goma, représente  le calvaire vécu par sa meilleure amie d’école, qui est allée dans la forêt chercher du bois. « En rentrant, elle a rencontré un soldat et le soldat lui a tiré dessus. Elle a eu peur et elle a jeté le bois », raconte Anna. « Il l’a attrapée, l’a déshabillée et l’a violée. »

Protéger les enfants de la violence

« Quand je pense à tout ce que j’ai vu, je suis triste », raconte Anna. «  Je me souviens des moments merveilleux d’avant la guerre. »

« Notre responsabilité est de protéger les enfants de la violence de toute urgence », explique la Représentante de l’UNICEF en République démocratique du Congo, Barbara Bentein. « Ces espaces pour enfants visent à rétablir un sentiment de normalité en période de trouble. Nous voulons donner à ces enfants, qui ont vécu les pires choses, un lieu sûr où jouer et recevoir un soutien psychosocial. ».

« Beaucoup d’enfants ne peuvent pas parler de leur expérience mais ils peuvent dessiner et vous voyez dans leurs dessins tout ce à quoi ils pensent », ajoute Leesa Mulunga, coordonnatrice des espaces pour enfants de l’AVSI. « Nous faisons cet exercice pour comprendre comment l’enfant évolue et de quel soutien supplémentaire il a besoin. »

L’UNICEF demande à toutes les parties au conflit de protéger le droit des enfants à l’éducation, à la protection et au bien-être.

*Les noms ont été modifiés par souci de protection des enfants.


 

 

Photographie UNICEF : Focus

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