Tchad

Ishmael Beah, Défenseur pour l'UNICEF des enfants affectés par la guerre et auteur, publie une tribune libre sur les enfants soldats

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1145/Asselin
Ishmael Beah, Défenseur pour l'UNICEF des enfants affectés par la guerre, s'exprime lors d'une conférence de presse qui fait suite à la conclusion d'une conférence régionale visant à abolir l'utilisation d'enfants soldats à N’Djaména, la capitale du Tchad.

Par Ismael Beah

Ismael Beah, Défenseur pour l'UNICEF des enfants affectés par la guerre et auteur, a assisté au début du mois au Tchad à une conférence régionale sur l'abolition du recrutement de l'utilisation des enfants soldats dans six pays de l'Afrique centrale. Sa tribune libre sur ce sujet est reproduite ici avec l'aimable autorisation du the Huffington Post.

N’DJAMENA, Tchad, 28 juin 2010 – Derrière les murs de l'un des centres pour ex-enfants soldats de N’Djaména, la capitale du Tchad, se trouvent des dessins qui commencent par représenter les horreurs de la guerre puis deviennent progressivement les symboles d'espoirs et de rêves. D'abord, on trouve des dessins d'hélicoptères conduisant des attaques et sur lesquels tirent des troupes d'enfants et d'adultes, des habitations incendiées et des armes à feu qui vont d'AK-47 à des mitraillettes dont on voit sortir des balles.

 VIDÉO : regarder

« Ils dessinent d'abord toujours des scènes de guerre, cela avant toute chose, » dit le directeur du centre de transit et d'orientation pour enfants soldats démobilisés appuyé par l'UNICEF.

Vers le milieu du mur et à son extrémité, les dessins sont ceux d'écoles, ceux d'un enfant tenant un livre et portant un uniforme scolaire, se rendant à pied en cours; et ceux de l'emblème du club de football de Barcelone.

Dans une pièce sont assis deux garçons en train de jouer aux cartes. Sur le mur a été fixée une photo de Britney Spears. Je leur demande en français s'ils savent de qui il s'agit. « Bien sûr ! » disent-ils avec un sourire puis ils poursuivent leur jeu.

« Pour un enfant, la guerre c'est l'esclavage »

A la fin de la visite, je m'assois pour discuter avec une partie des garçons. Ils me disent de transmettre ce message : « Pour un enfant, la guerre c'est l'esclavage ». Ils disent qu'ils aimeraient que tous les autres enfants qui sont en train de se battre dans l'armée nationale et les groupes rebelles soient démobilisés. Ces garçons, dont certains n'ont que 11 ans, ont connu directement la guerre et leurs visages, juvéniles et endurcis par la douleur, reflètent les histoires vécues par les milliers d'enfants du monde entier qui sont utilisés par les groupes armés comme soldats, cuisiniers, esclaves sexuels ou éclaireurs.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1152/Asselin
Un garçon est assis devant un mur couvert de dessins d'armes et de véhicules militaires dont des armes à feu et un hélicoptère dans un centre de transit et d'orientation pour ex-enfants soldats appuyé par l'UNICEF, à N’Djaména, au Tchad.

J'ai été l'un de ces enfants obligés de combattre à l'âge de 13 ans dans mon pays, la Sierra Leone, dans une guerre qui a coûté la vie à ma mère, à mon père et à deux de mes frères. Je ne connais que trop bien le stress émotionnel, psychologique et physique qui survient lorsqu'un enfant, ou personne de n’importe quel âge d’ailleurs, est exposé à la violence.

Protéger les plus vulnérables

Je désire tout simplement que ce qui a consumé mon enfance n'arrive pas aux autres. Par conséquent, la protection des enfants contre les conflits armés, qui empêchent les plus vulnérables d'aller à l'école, les maintiennent dans la pauvreté et sous la menace de sévices, reste un sujet qui me passionne. C’est ainsi que je me trouvais dans la capitale du Tchad, N’Djaména … participant à une importante réunion régionale organisée par l'UNICEF et le Gouvernement tchadien. 

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1153/Asselin
Un enfant en train de dessiner un véhicule militaire dans un centre de transit et d'orientation pour ex-enfants soldats, à N’Djaména, au Tchad.

La conférence rassemblait des chefs de gouvernements de la région, des ministres et des fonctionnaires de haut-rang venus du Cameroun, du Tchad, de la République centrafricaine, du Niger, du Nigéria et du Soudan d'une part, et des ONG, des chefs de communautés et des ex-enfants soldats d'autre part, afin de discuter des moyens de mettre fin au recrutement et à l'utilisation d'enfants par les armées nationales et les groupes rebelles. 

 Il s'agit d'un pas important pour renforcer la collaboration entre les décideurs, les partenaires pour le développement, la société civile et les communautés pour pouvoir veiller à ce que les enfants soient protégés des combats dans des guerres d'adultes et que ceux qui ont déjà combattu   reçoivent l'aide nécessaire pour effectuer une transition vers la vie civile. 

Convention relative aux droits de l'enfant

La réunion  [s'est déroulée] seulement quelques semaines après des pressions de la part des Nations Unies en vue d'une ratification universelle de deux Protocoles facultatifs de la Convention relative aux droits de l'enfant concernant la participation des enfants dans les conflits armés et la traite des enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants.   

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2010-1156/Asselin
Un ex-enfant soldat en Sierra Leone et le Défenseur pour l'UNICEF des enfants affectés par la guerre Ishmael Beah s'entretiennent avec d'autres ex-enfants soldats dans un camp de transit et d'orientation de N’Djaména, au Tchad.

Le protocole sur la participation des enfants dans les conflits armés a été ratifiée par 132 États alors que 25 États l'ont signé mais pas ratifié et que 36 ne l'ont jamais signé ou ratifié. Et ils devraient; autrement, leur inaction est un soutien indirect à ceux qui recrutent des enfants pour la guerre et à tous les sévices qui l’accompagnent.

Le gouvernement et les groupes rebelles doivent s'engager à mettre un terme au recrutement et aux sévices contre les enfants. Il incombe à chacun d’entre nous de veiller à ce que tous les acteurs adhèrent à ce protocole et que ceux qui violent les droits des enfants en soient tenus responsables.

Lors de la conférence du Tchad, les participants ont discuté des moyens de faciliter la réalisation d'une partie de ces objectifs. Ils se sont attachés aux facteurs qui conduisent au recrutement des enfants dans les forces et les groupes armés; ils ont déterminé quelles étaient les bonnes méthodes qui permettent de prévenir et de réduire la vulnérabilité des enfants à la mobilisation dans les groupes armés; ils ont examiné les façons de réinsérer les garçons et les filles qui ont servi dans les forces armées et celles de mieux surveiller les violations concernant le recrutement et le mauvais traitement des enfants.  

Responsabilité collective

A la fin de la réunion, les participants ont signé un document juridiquement contraignant intitulé « Déclaration de N'Djaména » qui décrit les engagements spécifiques permettant de mettre fin au recrutement et à l'utilisation des enfants par les forces et groupes armés. Le document représente une étape importante dans cette région touchée par les conflits et permet de jeter des bases pour mettre un terme au recrutement et à l'utilisation des enfants dans les guerres.

Pour veiller au respect des engagements pris, un comité de surveillance a été mis en place dans le cadre de la déclaration. Il est censé lancer l’alarme si les États ne sont pas à la hauteur de leurs engagements. 

Mais en dernière analyse, si les gouvernements et les ONG ne respectent pas les moyens sur lesquels ils se sont mis d'accord, où s’ils ne sont pas tenus pour responsables au cas où ils manquent à leurs obligations internationales juridiquement contraignantes, le monde ne changera pas pour les nombreux enfants qui demeurent sur le front.

Il est de notre responsabilité collective d'assurer que les droits des enfants soient soutenus et de  faire savoir quand ils sont violés. Autrement, des milliers d'enfants continueront à perdre leur enfance dans la brutalité des guerres.


 

 

Vidéo (en anglais)

10 juin 2010 : le reportage du correspondant de l'UNICEF Guy Hubbard sur la démobilisation et la réinsertion des ex-enfants soldats au Tchad et une visite effectuée sur place par Ishmael Beah..
 VIDÉO  haut | bas

Obtenez des vidéos de
qualité professionnelle
chez The Newsmarket

Recherche