Burkina Faso

Au Burkina Faso, la reconversion permet d’assurer aux enfants un avenir plus sûr, loin de la mine

Image de l'UNICEF
© UNICEF Burkina Faso / 2009
Aissatou, troisième à partir de la gauche, est tout sourire avec ses collègues couturières dans leur atelier.

Par Sylvana Nzirorera

GANGAOL, Burkina Faso, 8 juin 2009 – Le village de Gangaol est situé entre la région du Sahel et le centre-nord du Burkina Faso. C'est un endroit aride bordant le désert où la terre, de plus en plus rare, est utilisée pour la culture du millet et du sorgho, les seules cultures ici possibles. La région a été frappée par de fréquentes sécheresses et des invasions de criquets provoquant des famines en 1973, 1984 et 2005.

Les conditions climatiques semblent empirer à cause du réchauffement planétaire, du déboisement et de l'avancée du désert. Chaque jour, la population s’efforce de trouver de l'eau et de la nourriture. De nombreuses familles rêvent de trouver de l'or, un miracle pour assurer un avenir meilleur. Ils creusent la terre pour le trouver, utilisant chaque personne de la famille capable d'apporter son aide, y compris les enfants.

« Ma mère a travaillé tant d'années mais elle n'a jamais trouvé une pépite de bonne taille, » se souvient Aissatou, une jeune fille qui a commencé à travailler quand elle avait seulement quatre ans, vendant de l'eau aux mineurs, même quand elle gardait sa sœur et son frère cadets. Elle gagnait environ 35 centimes de dollar par jour.

« Nous étions déjà trois enfants et ma mère ne gagnait pas assez d'argent pour nous nourrir et nous habiller et notre père ne vivait pas avec nous, » explique Aissatou.

A l'âge de huit ans, Aissatou a commencé à travailler à la mine avec sa mère. Ensemble, elles gagnaient jusqu'à six dollars par jour, assez pour ramener de quoi manger pour une famille qui s'était élargie à huit personnes.

Sa mère pouvait aussi se permettre d'acheter quelques médicaments pour les enfants qui étaient souvent malades.

« Ma mère a perdu deux de mes frères. Ils toussaient et elle ne pouvait pas les faire soigner, » dit Aissatou.

Enfances exploitées

La situation d'Aissatou n'est pas rare. Au Burkina Faso, environ 47 pour cent des enfants âgés de 5 à 14 ans doivent travailler. Environ 10 000 d'entre eux travaillent dans des mines d'or et des carrières. Beaucoup sont assignés à des tâches dangereuses dès l'âge de cinq ans. De tels travaux se terminent souvent par des blessures et beaucoup de ces enfants sont victimes de maladies chroniques et n'ont pas d'accès aux soins de santé. 

« Nos responsabilités, à l'UNICEF, sont de veiller à ce que les familles, communautés locales, responsables locaux mais aussi décideurs au plus haut niveau soient conscients du fait que ces enfants ont été privés de leurs droits, » affirme le Représentant de l'UNICEF au Burkina Faso, Hervé Périès. « Ils doivent être protégés contre l'exploitation et les préjudices. La place de ces enfants est à l'école. »

Aide en faveur des mères et des enfants

Aissatou, aujourd'hui 18 ans, fait partie d'environ 500 enfants qui ont bénéficié d'un programme appuyé par l'UNICEF et mis en place par une organisation locale, Action pour la promotion des droits de l'enfant au Burkina Faso (APRODEB). Depuis 2005, l'organisation s'est efforcée de sensibiliser les enfants et les parents aux dangers posés par le travail dans les mines.

Les mères reçoivent également de l'argent pour lancer de petites activités leur permettant de générer un revenu. Plus de 160 mères du programme apprennent à gérer l'argent et suivent des cours d'enseignement élémentaire. Une garderie pour les enfants est également assurée.

Les jeunes reçoivent une formation professionnelle en menuiserie, en mécanique automobile et dans le bâtiment. Les filles sont principalement formées à la couture, à la garde d’enfants, à la confection de nattes pour les cheveux et à la culture maraîchère sur de petites parcelles de terrain.

Aissatou a reçu une formation de couturière et elle gagne aujourd'hui cinq dollars par jour. Elle est mariée à un jeune homme qu'elle a rencontré à la mine et qui s'est reconverti comme maçon. Ils peuvent vivre plus confortablement qu'une grande partie de leurs voisins dans une maison que le mari d'Aissatou a bâtie lui-même.

Le rêve d'Aissatou est d'avoir cinq enfants et de les envoyer à l'école pour qu'ils deviennent enseignants ou infirmiers.
« Je ne les laisserai jamais travailler dans les mines d'or, » dit-elle. « C'est très dangereux. »



 

 

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