Afghanistan

Pour aider les enfants afghans pauvres, l’UNICEF soutient des centres d’accueil

Image de l'UNICEF
© UNICEF Afghanistan/2009/Walther
Des enfants dans l'un des trois centres d’accueil ouverts à Torkham, en Afghanistan. La pauvreté oblige 80 pour cent des enfants de la région frontalière du Pakistan à travailler et à faire passer en contrebande des marchandises illégales.

Par Cornelia Walther

TORKHAM, Afghanistan, 30 décembre 2009 – Sheila, 10 ans, une Afghane qui vit toujours dans le camp pour réfugiés de Pacha Maina, au Pakistan, traverse la frontière qui mène dans son propre pays uniquement pour travailler.

« Je traverse la frontière quatre fois par jour, en portant de la farine, » dit-elle. « Au retour, je ramène du bois de chauffage pour le vendre sur le marché. »
Selon une évaluation effectuée en 2006 par l'organisation non gouvernementale Terre des Hommes et l'UNICEF, la zone frontalière située autour de Torkham, en Afghanistan, compte plus de 1000 enfants au travail. Cela représente environ 80 pour cent de la totalité des enfants du secteur âgés de 10 à 18 ans. Comme Sheila, la grande majorité est d'origine afghane et beaucoup d'entre eux vivent avec leurs familles au Pakistan dans des camps de réfugiés.

À la base, la pauvreté

Dans ce district frontalier montagneux de la province de Nangarhar, les possibilités dans l'agriculture et l'élevage sont rares. Comme les familles sont importantes, tous les membres doivent participer au revenu du foyer.

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Sheila, 10 ans, fait partie de ces centaines d'enfants afghans qui travaillent mais elle a bénéficié des services des centres d’accueil appuyés par l'UNICEF dans la région frontalière de Torkham, en Afghanistan. Les enfants y ont la possibilité de s'amuser et de se préparer à une scolarité normale.

Les types de travaux effectués par des enfants comme Sheila consistent entre autre à transporter de marchandises, à ramasser des ordures et du bois de chauffage, à servir d'aide dans les boutiques et à mendier. Parce que les enfants sont considérés comme moins voyants, les commerçants adultes les utilisent pour faire passer en contrebande des produits illégaux comme des explosifs ou de la farine (dont le Pakistan a interdit l'exportation en raison de son prix très élevé) aussi bien vers l'extérieur que de l'intérieur de l'Afghanistan et du Pakistan. 

En tant que contrebandiers, les enfants sont confrontés à des risques énormes. Ils sont maltraités par la police, sont l'objet de menaces de la part des commerçants ou sont tués par des engins explosifs. Ils sont également sans défense contre l'exploitation et reçoivent des salaires extrêmement faibles : Sheila gagne autour de 1 à 2 dollars par jour. 

Les risques physiques pour les enfants au travail sont également très réels.

« En mars, alors que je me rendais à Torkham, j'ai été renversée par un camion, » raconte Sheila. « Quand les douaniers nous attrapent, ils nous battent très violemment alors j'avais peur et je faisais plus attention à eux qu'à la circulation. »

A la suite de cet événement, un travailleur social d'un centre d’accueil de Torkham l'avait trouvée dans la rue sans connaissance. Il l'a amenée à l'hôpital, lui sauvant la vie.

Briser un cercle vicieux

La grande majorité des enfants des environs de Torkham ne sont jamais allés à l'école. En plus de la pauvreté à laquelle sont confrontées leurs familles, il n'y a pas de prestations scolaires dans le secteur : l'école la plus proche se trouve au Pakistan et exige des frais de scolarité que les familles n'ont pas les moyens de payer.

C'est un cercle vicieux dans lequel l'absence d'éducation maintient les enfants dans la pauvreté mais convaincre les parents d'investir dans l'éducation de leurs enfants reste extrêmement difficile.

L’Alliance parmi les partenaires pour la protection de l'enfance dans les zone frontalières, une approche innovante qui met en liaison les organisations non gouvernementales, les Nations Unies/UNICEF, les autorités locales ainsi que les commerçants, les chefs religieux et les parents des deux côtés de la frontière, pourrait être une solution.

Dès 2008, environ 400 enfants ont bénéficié d'un enseignement informel et d'activités de loisirs coordonnées par l'Alliance. Dans trois « centres portes ouvertes » gérés par le partenaire de l'UNICEF Terre des Hommes, les enfants viennent pour apprendre, s'amuser et simplement être ce qu'ils sont : des enfants. Sheila est l'un d'eux.

Depuis 2006, 300 enfants qui travaillent ont effectué la transition du travail à l'école.

Un code de conduite

Le gouvernement local est également en train de prendre des mesures pour protéger les enfants dans la région. Comme de nombreux enfants au travail sont confrontés à des situations dangereuses, un Code de conduite a été introduit à Torkham. De plus en plus de négociants et de commerçants ont commencé à le respecter, assurant aux enfants un déjeuner, leur permettant de changer de vêtements une fois par jour et de retourner chez eux avec leurs parents.   

Bien qu'on se trouve encore loin de la concrétisation des droits de l'enfant au repos, au jeu et à l'enseignement, de tels changements peuvent améliorer la santé et le bonheur des jeunes de cette région frontalière. 

Sheila, qui passait autrefois tout son temps dans la rue, arbore aujourd'hui un sourire rayonnant dans les classes qu’elle suit. Elle attend avec impatience le moment où elle ira dans une école normale. Cependant, comme tant d'autres enfants, elle continue pour l'instant à traverser chaque jour cette frontière dangereuse. 


 

 

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