Protection de l'enfant contre la violence, l'exploitation et les abus

Nouveau rapport de l'UNICEF sur les mutilations génitales féminines / excision : de l’opposition à l’action

Faîtes entendre votre voix plus fortement et plus clairement dans la sphère publique contre les mutilations génitales féminines et l’excision, recommande un nouveau rapport de l'UNICEF. L’UNICEF rend compte de la compilation la plus complète de données et d'analyses sur cette question à ce jour.  Regarder dans RealPlayer

 

Par Priyanka Pruthi

Un rapport inédit de l’UNICEF conclut que, alors que beaucoup de progrès ont été accomplis dans l’abandon des mutilations génitales féminines/excision, des millions de filles courent toujours le risque de les subir. Il présente aussi les mesures essentielles qui sont nécessaires pour éliminer une bonne fois pour toute cette coutume.

NEW YORK, États-Unis d’Amérique, 22 juillet 2013 – « Je ne veux pas qu’on m’ôte la moindre partie du corps. Je ne veux pas être excisée, » dit Kheiriya Abidi, 10 ans, de la localité de Boorama, au nord-ouest de la Somalie.

Kheiriya est terrifiée par le sang mais aussi par la douleur et la torture physique qu’elle devra subir si elle est excisée.

La pression exercée sur elle pour être excisée s’accroît de jour en jour et elle est souvent ridiculisée et insultée par ses amies pour être « différente ». Les mutilations génitales féminines/excision (MGF/E) sont une pratique profondément enracinée dans la culture somalienne ; cette coutume est quasi générale. Les filles et les femmes sont vouées à se faire enlever leurs organes génitaux externes, intégralement ou partiellement, certaines quand elles sont seulement en bas âge, d’autres au moment de la puberté, cela au nom de la préservation de l’honneur familial, de la chasteté, de la beauté et de l’éligibilité au mariage.

Image de l'UNICEF
© UNICEF/NYHQ2009-2260/Holt
Fatima, 7 ans, est assise sur un lit dans sa maison dans la région d'Afar, en Ethiopie. Elle a été soumise à l’ MGF/E quand elle avait 1 an.

Mais Kheiriya refuse d’être parmi elles. Elle reste ferme face aux critiques avec le soutien de sa famille et des agents sanitaires locaux qui font partie d’un mouvement plus vaste visant à éliminer les MGF/E.

Opposition croissante

Un rapport inédit de l’UNICEF révèle que, plus que jamais, de plus en plus de filles comme Kheiriya  ainsi que des hommes et des femmes, disent « non » aux MGF/E et que de plus en plus de communautés sont en train d’abandonner cette tradition vieille de plusieurs siècles. 

Dans « Mutilations génitales féminines /excision: aperçu statistique et étude de la dynamique des changements », l’UNICEF  rassemble et analyse les données de 74 enquêtes représentatives sur le plan national qui ont été réalisées sur une période de vingt ans dans 29 pays d’Afrique et du Moyen-Orient dans lesquels sont pratiquées les MGF/E.

« Ce rapport est à ce jour le recueil le plus complet de statistiques et d’analyses de données sur les MGF/E, » dit Claudia Cappa, Chargée des statistiques et du suivi à l’UNICEF. « Il est extrêmement important parce qu’il illustre pour la première fois ce que nous savons de l’ampleur de cette coutume, des comportements qui l’entourent et des raisons pour lesquelles elle continue d’exister. C’est aussi le premier rapport qui contient des données pour des pays comme l’Iraq pour lequel nous ne disposions pas de chiffres au niveau national. »

Les conclusions du rapport montrent une forte baisse des MGF/E dans les nombreux pays où elle est pratiquée. La prévalence a presque diminué de moitié parmi les adolescentes du Bénin, de République centrafricaine, d’Iraq, du Libéria et du Nigéria. « Dans la plupart des pays examinés, la majorité des filles et des femmes qui ont été soumises à cette coutume n’en voient pas les avantages et pensent qu’on devrait y mettre un terme, » constate Claudia Cappa. « Davantage de mères ont conscience du fait que les MGF/E peuvent conduire au décès de leur fille ou de toute autre fille. Il y a donc une meilleure compréhension des conséquences, ce qui, en soi, est un progrès très important. »

« Nous n’en parlons pas »

Sans doute, l’une des révélations les plus frappantes est le degré de contradiction entre le faible soutien reçu par les MGF/E et la prévalence élevée de cette coutume. Même dans les pays dans lesquels la plupart des filles et des femmes sont excisées, une proportion importante de la population est opposée à cette coutume.

 

Image de l'UNICEF
© UNICEF NYHQ/ 2013/Asselin
Joséphine Akissi Coulibaly, pratiquait les MGF/E. Elle a abandonné la pratique, grâce au travail de plaidoyer de l'UNICEF et d’une organisation partenaire, OIS Afrique.

« Cela confirme qu’il y a une obligation sociale, que cette pratique est relationnelle, » explique Francesca Moneti, Spécialiste hors classe de la protection de l’enfance à l’UNICEF. « Je fais ce que je fais parce que je sais que vous attendez de moi que je le fasse et vice-versa. L’idée évidente qui se dégage du rapport, en terme de programme, est qu’il faut rendre visible le fait que les gens, dans leur vie privée, ne défendent pas cette coutume. Ainsi, je ne défends peut-être pas l’excision, et vous ne la défendez peut-être pas mais je vous vois exciser votre fille, vous me voyez exciser ma fille et vous pensez que je défends l’excision parce que vous me voyez exciser ma fille. Mais nous n’en parlons pas. »

Le rapport présente quelques mesures essentielles pour éliminer les MGF/E. L’une d’elle est la recherche de moyens destinés à rendre visibles les comportements qui favorisent l’abandon de cette coutume de façon à ce que les familles sachent qu’elles ne sont pas seules. Francesca Moneti souligne qu’une visibilité accrue créerait une réaction en chaîne contre les MGF/E qui entraînerait une fin relativement rapide de cette coutume.

« Par cela, j’entends des décennies d’ici à ce qu’elles disparaissent complètement d’un groupe de population… mais ce n’est pas une très longue période en termes de développement, surtout si vous pensez que cette coutume est en usage depuis plus de mille ans, » dit-elle.

Faire entendre sa voix haut et fort

Plus de 125 millions de filles et de femmes vivant aujourd’hui ont subi des MGF/E dans les 29 pays d’Afrique et du Moyen-Orient où la pratique est concentrée et 30 millions de filles sont exposées au risque d’être excisées d’ici la prochaine décennie.

« Les  MGF/E sont une violation des droits des filles à la santé, à leur bien-être et à leur autonomie, » affirme Geeta Rao Gupta, Directrice générale adjointe de l’UNICEF. « Ce qui ressort clairement de ce rapport est que la législation à elle seule n’est pas suffisante. Le défi est à présent de laisser les filles et les femmes, les garçons et les hommes faire entendre leur voix haut et fort et faire savoir qu’ils veulent que cette coutume néfaste soit abandonnée. »

29 countries, more than 125 million girls and women
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