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Les vaccins manquants
Ce devrait être l'une des nouvelles les plus retentissantes de l'histoire: la perspective de disposer de vaccins susceptibles de sauver la vie à huit millions d'enfants par an, c'est-à-dire 22 000 enfants par jour. Pourtant, le silence règne. Serait-ce parce que ces huit millions sont, dans leur grande majorité, les enfants invisibles et silencieux des milieux pauvres? Force est de reconnaître que certains vaccins déjà sur le marché ne sont jamais arrivés jusqu'aux destinataires prévus. L'antigène de l'hépatite B - une maladie qui tue près d'un million de personnes chaque année -est disponible depuis le début des années 80. Mais beaucoup de pays qui en ont besoin, notamment l'Azerbaïdjan, le Bénin, le Cambodge, la Tanzanie et le Viet Nam, n'ont pas les moyens de l'acheter, même si son coût a été ramené de 150 dollars à l'origine à moins d'un dollar par dose. La fièvre jaune frappe une fois de plus en Afrique et en Amérique latine, le Gabon, le Ghana et le Nigéria ayant connu des flambées en 1994, et le Libéria et le Pérou en 1995. Dans chaque cas, il a fallu procéder à des vaccinations d'urgence à grand prix pour enrayer l'épidémie. Il y a cinq ans, des responsables de la santé publique ont recommandé d'ajouter les vaccinations contre l'hépatite B et la fièvre jaune au groupe des vaccins de base, en même temps que des compléments nutritionnels de vitamine A. Pourtant, sur les 34 pays africains à risque, rares sont ceux qui ont pu inclure le vaccin anti-amaril dans leurs programmes de vaccination, même au prix réduit consenti par l'UNICEF de 0,17 dollar seulement. Ainsi que cela a été démontré en 1994 et 1995, il semble plus facile de trouver des fonds pour enrayer la maladie quand elle commence à se propager - mais non, apparemment, pour empêcher son apparition. D'autres vaccins butent eux aussi sur l'obstacle de la rentabilité, par exemple ceux contre Haemophilus influenzae type B, cause majeure de pneumonie et de méningite chez les enfants en bas âge, ou contre les rotavirus, à l'origine de diarrhées qui coûteraient chaque année la vie à près d'un million d'enfants. Ce même type de problème assombrit les perspectives pour deux autres vaccins - contre le paludisme et contre le VIH/SIDA - susceptibles de sauver des vies dans l'avenir. La mise au point d'un antigène du paludisme se révèle à la fois lente et coûteuse, et celle d'un vaccin anti-VIH ne reçoit toujours pas le soutien nécessaire. Dans les deux cas, le problème vient sans doute en partie de la réticence des fabricants devant les défis scientifiques, politiques et financiers posés par des vaccins qui seront presque certainement hors de portée des pays qui en ont le plus besoin.
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