Le progrès des nations 1998
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Vaccination: encore un petit effort

UNICEF/93-0073/Lemoyne

Dr Ralph H. Henderson

La vaccination est l'un des plus beaux succès jamais remportés en santé publique. Entre 1980 et 1990, grâce à un effort massif de tous les pays, les taux de couverture sont passés de 5 % à 80 % dans le monde. Cependant, au moment précis où une nouvelle génération de vaccins est prête à sortir sur le marché - pouvant sauver encore des millions d'enfants chaque année, mais à un coût beaucoup plus élevé - l'élan de la vaccination se ralentit.

Il y a 20 ans, 5 % à peine des nourrissons du monde en développement étaient protégés contre les six maladies les plus meurtrières de l'enfance (tuberculose, diphtérie, tétanos, coqueluche, poliomyélite et rougeole). Aujourd'hui, environ 80 % des enfants sont vaccinés - un succès imposant.

Les décès dus à ces six maladies ont été réduits de trois millions par an et l'on sauve 750 000 enfants au moins de la cécité, de la paralysie et de l'arriération mentale. Grâce à une campagne active d'éradication mondiale, la poliomyélite devrait d'ici la fin de la décennie disparaître comme l'a fait la variole, rendant la vaccination inutile - et permettant aux gouvernements du monde d'économiser chaque année 1,5 milliard de dollars de vaccins, traitements et frais de rééducation.

L'effort international de vaccination a conduit au plus beau succès jamais remporté en santé publique. La vaccination est aussi une bonne affaire, puisque son coût ne dépasse pas 15 dollars par enfant: un dollar pour les six vaccins d'origine, plus les frais d'administration des vaccins dans certains des endroits les moins accessibles de la planète. Ce modeste investissement a des conséquences énormes sur la vie des enfants et de leurs parents.

L'avenir nous promet des résultats encore plus brillants. Le potentiel de la nouvelle génération de vaccins, qui va bientôt être sur le marché, est extraordinaire: des vaccins contre un nombre croissant de maladies; des vaccins à dose unique, qui éliminent la nécessité des rappels; des vaccins qui s'adressent à des enfants toujours plus jeunes, pour les protéger à un âge vulnérable; et même des vaccins non injectables qu'il suffit d'étaler sur la peau.

Quatorze vaccins nouveaux ou améliorés ont apparu sur le marché depuis 1980, et des douzaines d'autres sont en cours de mise au point. Ils préviendront certaines des maladies les plus pernicieuses des enfants, comme les maladies diarrhéiques et les infections respiratoires aiguës. Les experts prédisent qu'au début du nouveau millénaire, ces antigènes pourront sauver jusqu'à huit millions d'enfants chaque année.

Avec les vaccins de base déjà disponibles contre les «six grandes maladies», on pourrait sauver chaque année jusqu'à deux millions d'enfants qui succombent encore à des affections que les vaccins auraient pu prévenir - si l'on parvenait à atteindre tous les enfants.

Et c'est bien là le hic. Même si la série actuelle des vaccins ne coûte pas cher, beaucoup des enfants les plus pauvres du monde, les plus vulnérables à la maladie, passent déjà à travers les mailles du filet vaccinal.

L'Afrique subsaharienne enregistre les plus mauvais résultats: chaque année, près de la moitié des enfants ne reçoivent pas, comme ils le devraient, les trois doses du vaccin DTC nécessaires pour prévenir la diphtérie, le tétanos et la coqueluche. Bien que dans les autres régions les taux de couverture soient plus élevés, il n'en demeure pas moins que tous les ans 26 millions de nourrissons dans le monde ne reçoivent pas leurs trois injections DTC.

Si nous n'atteignons pas ces enfants maintenant, avec les vaccins déjà disponibles, quelles probabilités y a-t-il de les atteindre avec les vaccins de demain?

Pour protéger la santé et le bien-être des enfants, deux conditions doivent être réunies. D'abord, toucher les enfants qui ne reçoivent pas les vaccins peu onéreux actuellement disponibles. Deuxièmement, prendre sans tarder des mesures pour que ces enfants ne soient pas oubliés par les merveilles de la prochaine génération de vaccins, qui coûteront plusieurs fois le prix de ceux d'aujourd'hui.

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