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Villes et santé des enfantsLeonard Duhl * et Trevor Hancock *
La vie est beaucoup plus facile dans le monde industrialise qu'elle ne l'était il y a 150 ans. La plupart des gens vivent plus longtemps, mangent davantage et travaillent moins. Beaucoup habitent dans des logements individuels et se rendent à leur travail dans leur propre voiture. D'un bureau à l'autre, à travers tous les continents, on communique instantanément par téléphone, télécopie ou courrier électronique. Les entreprises lancent de nouveaux produits plus vite que les consommateurs ne peuvent les acheter dans des centres commerciaux toujours plus gigantesques. Toutefois, les avantages de la vie moderne ne sont pas accessibles à tous, et il faut en payer le prix: de nouveaux types de problèmes de santé, souvent causés par nos propres habitudes nocives, ou par la pollution de l'air et de l'eau due aux usines; la perte d'espaces verts au profit des autoroutes qui engloutissent les terrains libres; le déclin de l'alphabétisme, du fait que la télévision mobilise plus l'attention des enfants que les enseignants; les chômeurs et les sans-abri oubliés par l'économie de marché; et les vastes banlieues désolées où les voisins sont des étrangers et où la peur de la délinquance isole les gens derrière des portes verrouillées. A tout cela s'ajoute depuis 15 ans la baisse des investissements dans les services et l'infrastructure physique, qui a essentiellement touché les citadins, les pauvres en particulier. Les coupes dans les allocations de crédits publics en faveur des programmes sociaux sont encore plus dures quand on les considère dans le contexte d'un monde où le fossé entre riches et pauvres va s'élargissant. Par suite du délabrement des systèmes de protection sociale, très grave aux Etats-Unis, la proportion des enfants américains de moins de six ans vivant dans la pauvreté est passée de 20 % en 1980 à 24 % en 1995. Les programmes élaborés pour remédier à la détérioration des conditions de vie urbaines ne pourront apporter de solutions durables s'ils ne s'attaquent pas à ces inégalités fondamentales. Même quand les institutions publiques et les organisations privées ont la volonté politique et les moyens économiques requis pour s'attaquer à ces maux, l'approche est habituellement fragmentée et spécialisée: on crée un programme pour résoudre un problème. On ouvrira un dispensaire pour soigner une maladie, sans tenir compte du fait que la bonne santé est beaucoup plus que l'absence de maladie. On va développer des écoles, mais leur programme ignorera les leçons apprises dans les rues et dans les médias, qui façonnent les croyances et les perceptions des enfants. Il existe un meilleur moyen, découlant de l'idée simple, mais révolutionnaire, que la santé est moins une question de soins médicaux que d'accès équitable à des conditions préalables fondamentales telles que l'alimentation, le logement, les transports, la propreté de l'air et de l'eau, l'éducation, la sécurité physique, les relations sociales et des emplois utiles suffisamment rémunérés. Ce type de pensée repose sur la conviction qu'aucune personne ou famille n'est une île; la vie de chacun est liée à l'ensemble de la communauté. |