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L'injustice pour les jeunes

N'hésitons pas à le reconnaître: à tout moment, sur toute la terre, des jeunes sont en butte à de graves injustices. A la Jamaïque, des enfants de dix ans à peine se voient enfermés pendant des durées indéterminées, souvent avec des adultes, dans des cachots humides. En Egypte, des enfants sous la coupe de proxénètes se trouvent non seulement sexuellement exploités à des fins commerciales mais, poursuivis comme des criminels, ils encourent aussi des pénalités plus dures que les prostitués adultes. Au Rwanda, des enfants qui n'ont pas encore l'âge de la majorité pénale dans ce pays (14 ans) sont emprisonnés pour des questions en rapport avec le récent génocide.

En Australie, le taux d'incarcération est 18 fois plus élevé pour les enfants aborigènes que pour les autres. Au Soudan, des sanctions comme le fouet, l'amputation et la crucifixion ont été infligées à des enfants. Au Kenya, le «crime» d'être sans abri amène jusqu'à 120 enfants par semaine devant le tribunal pour mineurs de Nairobi. La plupart des enfants condamnés en Cisjordanie au titre des lois de sécurité israéliennes n'ont pas eu droit à l'assistance d'un avocat.

On sait qu'au cours des 15 dernières années, des jeunes ont été exécutés dans neuf pays pour des crimes remontant à leur minorité. Aux Etats-Unis, 137 jeunes ont été condamnés à mort depuis 1973, et neuf d'entre eux exécutés pour des crimes commis quand ils n'avaient pas 18 ans. Si la Chine a interdit les exécutions capitales d'enfants de moins de 18 ans, en pratique des adolescents de 16 ans peuvent être condamnés à mort - l'exécution de la sentence étant suspendue jusqu'à leurs 18 ans.

Les jeunes accusés d'actes monstrueux ne représentent qu'une partie infime des adolescents qui ont affaire à la justice. La tragédie est justement que la grande majorité des jeunes poursuivis devant les tribunaux n'ont commis que des délits mineurs - ou ne sont coupables de rien. Beaucoup de ceux qui sont en prison n'ont même pas été condamnés, ils attendent simplement - parfois très longtemps - de passer en justice. Au Liban par exemple, 90 % des enfants incarcérés sont en attente de jugement, certains depuis deux ans.

Le pourcentage d'enfants détenus est une indication de l'efficacité avec laquelle les pays s'occupent des jeunes délinquants. En Italie (57 millions d'habitants), environ 650 mineurs sont arrêtés chaque jour; aux Etats-Unis, pour une population juste cinq fois supérieure , la proportion est 150 fois plus élevée: près de 100 000 jeunes. Des arrestations aussi massives ne peuvent en aucun cas se justifier.

La plupart des pays ont, face à la justice pour mineurs, une attitude passive, prouvée par leur incapacité de présenter des comptes. Très rares sont les gouvernements à garder trace du nombre d'enfants qui ont maille à partir avec les juridictions pour mineurs. Dans n'importe quel pays, le service national des statistiques pourra vous indiquer le pourcentage d'enfants nés trop petits, ou vaccinés, ou inscrits à l'école. Mais demandez le pourcentage des enfants emprisonnés, et la plupart du temps vous n'aurez aucune réponse précise. Comment, en l'absence d'une information aussi fondamentale, pourrions-nous prendre le soin voulu de nos enfants?

Dans le monde entier, les pouvoirs publics ont accepté de dresser des statistiques sur la santé et le développement des enfants, pour favoriser les progrès en ce domaine. Il faut qu'ils élaborent des indicateurs du même genre sur les jeunes et le système judiciaire. Chaque pays devrait au moins connaître le nombre des enfants détenus, ainsi que le motif et la durée de cette détention.

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