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L'âge de l'innocence? Justice pour les enfantsLisbet Palme *
Nul ne saurait contester le droit des enfants à la satisfaction des nécessités essentielles de la vie: amour, nourriture, logement , soins de santé, éducation. Mais ils ont encore un autre droit fondamental, plus difficile à faire comprendre et accepter: bénéficier d'une procédure légale régulière. Rares sont les pays qui prennent au sérieux le droit des jeunes à se voir traiter équitablement par le système judiciaire, et les adultes conscients de ce droit. Quand un jeune entre en conflit avec la loi, au lieu d'assistance et de compassion, c'est souvent une dure sanction qui l'attend, sans qu'il puisse bénéficier des mêmes protections juridiques que l'adulte. Parfois, les jeunes délinquants sont punis comme s'ils étaient des adultes, avec cette maturité et cette expérience qui permettent à l'adulte de distinguer le bien du mal. Il peut même leur arriver pire encore. Avant qu'un adulte puisse être détenu légalement, il doit être accusé d'une infraction; mais dans bien des pays, un juge peut faire interner un enfant pour simple «conduite aberrante» - parce qu'il est sale, parce qu'il dort dans la rue, ou parce qu'il a perdu ses papiers. La sanction se dissimule parfois sous des dehors de bienveillance, les enfants étant enfermés «pour leur bien». En Inde par exemple, la police peut appréhender des jeunes s'ils «sont susceptibles d'être soumis à de mauvais traitements ou exploités à des fins immorales ou illégales, ou pour des gains illicites» - autrement dit, n'importe quel enfant pauvre peut être victime, au nom de l'altruisme, du système judiciaire. Et il arrive que les jeunes détenus soient brutalisés et violés, voire torturés, par ceux-là mêmes qui sont censés veiller sur eux. Ce traitement inhumain est contraire à la Convention relative aux droits de l'enfant adoptée en 1989 par l'Assemblée générale des Nations Unies et ratifiée par tous les Etats du monde, sauf deux (les Etats-Unis d'Amérique et la Somalie). Lorsque des jeunes entrent en conflit avec la loi, ils ont besoin d'aide et non de vengeance. Je n'avais que 20 ans quand j'ai commencé à travailler pour et avec des enfants détenus. L'expérience que j'ai acquise avec le temps m'a confirmée dans la conviction que nous devons élaborer pour les mineurs des systèmes de justice qui allient rationalité et compassion. Nos enfants ont droit à un traitement équitable, et quand ils le reçoivent, c'est toute la société qui en bénéficie. |