|
Page d'accueil | Activités de l'UNICEF | Dossiers | Information et publications | Cartes de vux, cadeaux et dons | Coin des médias | La voix des jeunes | A propos de l'UNICEF |
Des traditions nuisiblesDans toutes les sociétés, la pauvreté, la discrimination, l'ignorance et l'agitation sociale sont fréquemment des indices de la violence à l'égard des femmes. Pourtant, les ennemis les plus tenaces de la dignité et de la sécurité des femmes sont les forces culturelles visant à préserver la domination masculine et la soumission féminine - souvent défendues au nom d'une vénérable tradition.
Dans les pays en développement, les actes de violence contre les femmes sont souvent considérés comme faisant partie du tissu culturel, et soutenus à ce titre. On estime par exemple dans de nombreux pays que battre sa femme fait partie de l'ordre naturel - une prérogative masculine célébrée dans les chansons, les proverbes et les cérémonies de mariage. A l'extrême, la violence antiféminine s'exprime dans les crimes «d'honneur», la mutilation sexuelle féminine et les assassinats pour raison de dot, ainsi que dans une préférence pour les garçons profondément enracinée et même meurtrière pour les filles. Devant les juridictions pénales, «l'honneur» est une méthode de défense institutionnalisée dans certains pays du Moyen-Orient et d'Amérique latine, permettant aux pères ou aux maris d'être acquittés des meurtres qu'ils ont commis. Dans 12 pays d'Amérique latine, un violeur peut être relaxé s'il propose d'épouser la victime et si celle-ci accepte. Dans un pays, le Costa Rica, il peut être absous même si elle refuse son offre. Les parents de la victime font fréquemment pression sur la jeune fille pour qu'elle épouse son violeur, ce qui, à leurs yeux, restaure l'honneur de la famille. Le concept d'honneur masculin, et la peur du pouvoir féminin, sont également sous-jacents dans la pratique de la mutilation sexuelle féminine. Cette opération atroce consiste dans l'ablation partielle ou totale des organes génitaux externes d'une fillette et provoque chez certaines femmes des problèmes de santé permanents. Son objectif est de garantir la chasteté féminine et d'assurer les perspectives de mariage; elle y parvient aux dépens du plaisir sexuel de la femme et de son intégrité physique. Jusqu'à 130 millions de femmes et de fillettes vivant aujourd'hui dans au moins 28 pays, pour la plupart en Afrique, ont subi à des degrés divers l'excision de leurs organes génitaux. Les défenseurs de ce rite, qui comptent beaucoup de femmes dans leurs rangs, estiment que la mutilation sexuelle féminine est une pratique culturelle traditionnelle qui ne regarde pas les étrangers. Cet argument n'est pas nouveau. Tout au long de l'histoire, trop souvent «la culture» a été invoquée pour justifier des pratiques ignobles allant de l'esclavage au bandage des pieds des femmes. La mutilation sexuelle féminine doit être éliminée parce que c'est une grave violation des droits de la personne et une menace sur la santé publique qui dépasse toutes les frontières culturelles. Ce sont aussi des traditions qui perpétuent la pratique des assassinats liés à la dot, dans lesquels une jeune épouse est tuée parce qu'elle est incapable de verser la dot exigée par sa belle-famille. En Inde, plus d'une douzaine de femmes meurent chaque jour par suite de différends de ce genre, essentiellement dans des incendies de cuisine destinés à passer pour des accidents.
La préférence pour les garçons est une autre force antiféminine insidieuse, particulièrement en Asie. Les tests génétiques permettant une sélection selon le sexe, bien qu'ils soient officiellement interdits, sont devenus un commerce florissant en Chine, en Inde et en République de Corée. Il semble également, d'après diverses indications, que certaines communautés en Asie pratiquent l'infanticide proprement dit, généralement sur des filles nouveau-nées, tandis que dans diverses régions, la discrimination opérée dans les soins de santé écourte aussi la vie des petites filles non désirées. Dans les pays où les gens disposent de soins de santé adéquats et d'une alimentation suffisante, il naît en moyenne 105 garçons pour 100 filles, mais il meurt plus de garçons que de filles avant l'âge d'un an, ce qui traduit l'avantage biologique inhérent des femmes. Dans certains pays, en Asie surtout, l'on compte nettement plus d'hommes que de femmes. Au total, les pratiques discriminatoires violentes dirigées contre les filles et les femmes ont fait disparaître 60 millions de personnes de sexe féminin. Pourtant, au lieu de soulever l'opinion internationale, la tragédie des «femmes disparues» ne fait habituellement l'objet que d'une brève mention dans le chapitre Femmes des rapports sur le développement. A mesure que la guerre devient moins une bataille entre pays qu'une lutte pour la suprématie entre groupes ethniques, les femmes et les jeunes filles sont de plus en plus exposées aux viols et aux grossesses forcées. On sait que bien plus de 20 000 femmes musulmanes ont été violées en Bosnie-Herzégovine pendant la guerre des Balkans, et plus de 15 000 femmes violées en un an au Rwanda. Ces dernières années, on a aussi signalé l'utilisation du viol massif comme arme de guerre au Cambodge, au Libéria, en Ouganda, au Pérou et en Somalie. Ce ne sont là que quelques-uns des moyens par lesquels la société exprime qu'à ses yeux la vie d'une femme et sa dignité - ses droits humains - valent moins que celles d'un homme. Depuis le jour de leur naissance, on dénigre et dégrade les filles, prises au piège de ce que le regretté directeur général de l'UNICEF, James P. Grant, appelait de manière poignante «l'apartheid sexuel». Bien après que l'esclavage a été aboli dans la plus grande partie du monde, de nombreuses sociétés traitent encore les femmes comme des êtres asservis: leurs chaînes sont le manque d'instruction, la dépendance économique, le pouvoir politique limité, l'accès restreint à la maîtrise de la fécondité, les conventions sociales rigoureuses et l'inégalité aux yeux de la loi. La violence est un instrument essentiel pour les maintenir dans ces chaînes. |