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L'ennemi intime
Effectivement, la violence familiale est tragiquement ordinaire. Elle ne connaît pas de frontières d'instruction, de classe, de revenu et d'ethnie. Analysant 35 études récemment menées dans des pays industrialisés et en développement, la Banque mondiale a révélé qu'entre un quart et une moitié des femmes avaient été brutalisées physiquement par leur compagnon. Et, si l'on n'a pas encore assez de données pour pouvoir établir des comparaisons précises entre les pays, on constate cependant que le taux et les caractéristiques de la violence sont remarquablement analogues d'une culture à l'autre. Les statistiques sur le viol montrent des proportions étonnamment semblables dans les pays industrialisés et les pays en développement: d'une femme sur cinq à une femme sur sept sera victime d'un viol pendant sa vie. Il serait logique de penser que l'émancipation croissante des femmes aurait réduit le champ de la violence. Pourtant, la violence domestique résiste obstinément aux progrès des droits de la femme. Dans de nombreux pays occidentaux, la violence familiale est dans la ligne de mire de la loi et des médias populaires, mais elle n'a pas déclenché les mêmes campagnes insistantes que la conduite en état d'ivresse ou le tabagisme. En outre, dans la majorité des pays, les violences domestiques sont officiellement considérées comme une question familiale privée. Si les voies de fait et les agressions sexuelles hors du foyer sont en règle générale considérées comme des délits, dans la plupart des pays, la loi est muette quand elles se produisent dans le cadre familial. Des lois qui s'arrêtent à la porte du domicile familial sont une forme d'hypocrisie morale. Et il y a d'autres raisons tout aussi impérieuses pour que cette question reçoive de toute urgence une attention fervente du public. Premièrement, la violence familiale menace dangereusement de se propager à la génération suivante. Les enfants de pères violents sont souvent physiquement maltraités en même temps que leur mère. De plus, les études montrent que les enfants de parents violents risquent davantage non seulement de répéter ce comportement avec leurs propres enfants, mais aussi de commettre des actes violents dans des cercles plus larges. Il faut donc briser ce cycle dangereux. Deuxièmement, il existe des parallèles évidents entre le comportement à la maison et à l'extérieur. Si l'oppression systématique des femmes et des filles est largement tolérée au niveau familial, la société dans son ensemble sera façonnée en conséquence. Des études montrent très clairement que la violence familiale est un élément clé des problèmes sociaux incluant les enfants des rues, le travail des enfants et la prostitution. Troisièmement, c'est une question de santé publique. La violence affaiblit les femmes et les filles physiquement, psychologiquement et socialement, avec parfois des séquelles permanentes. Quatrièmement, la violence familiale entrave le développement et la productivité de toutes les sociétés. Personne aujourd'hui ne saurait nier que les femmes sont à la base de tout développement durable; il est donc essentiel de protéger leurs droits et de relever leur statut dans des domaines qui vont de la planification familiale à la production alimentaire. C'est une leçon apprise tôt, pendant l'enfance, quand l'ombre de la violence commence à restreindre ce que la petite fille imagine qu'elle pourra faire et devenir. Cette leçon n'est jamais oubliée. Quelle femme n'a pas ressenti un frisson de peur face à l'agression masculine - et limité ses activités en conséquence?
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