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Une situation intolérable: la violence antiféminineCharlotte Bunch* La violence qui frappe les femmes et les jeunes filles est à l'heure actuelle la violation la plus répandue des droits humains fondamentaux. Tantôt flagrante, tantôt subtile, elle a sur le développement un retentissement considérable. Mais elle est si profondément enracinée dans les cultures du monde entier qu'elle est presque invisible. Pourtant, cette brutalité n'est pas inévitable. Une fois qu'on la reconnaît pour ce qu'elle est - un système de pouvoir et un moyen de maintenir le statu quo - il est possible d'en venir à bout.
Ce groupe existe. Il englobe la moitié de l'humanité. Pourtant, on reconnaît rarement que la violence à l'égard des femmes et des jeunes filles, dont beaucoup sont brutalisées depuis le berceau jusqu'à la tombe simplement en raison de leur sexe, est la violation la plus fréquente des droits humains dans le monde d'aujourd'hui. La violence fondée sur le sexe est également un problème majeur de santé et de développement, avec de lourdes conséquences pour les générations à venir comme pour la société en général. Il est essentiel d'éliminer cette violence pour construire le paradigme de la sécurité humaine - et par cela j'entends la paix, la paix à la maison et la paix au sens large. Sans elle, la notion de progrès de l'humanité n'est qu'une utopie. Néanmoins, ouvrir le dossier de la violence à l'égard des femmes revient à se tenir sur le seuil d'une immense pièce obscure vibrant d'angoisse collective, mais où les cris de protestation sont tellement étouffés qu'ils ne sont plus que murmures. Là où il devrait y avoir de l'indignation face à un statu quo intolérable, on ne voit que la négation du problème et l'acceptation passive des «choses comme elles sont». Examinez quelques faits tirés de cette pièce obscure - des faits qui montrent sans doute aucun que la violence antiféminine mérite une place prédominante dans le programme international des droits de l'homme.
De prime abord, la litanie brutale des statistiques peut sembler nettement exagérée. Pourtant, s'il est vrai que la violence à l'égard des femmes est un nouveau domaine de recherche et que les études sont souvent de taille limitée, il est néanmoins évident que le nombre de cas signalés est généralement très inférieur au nombre réel. Ainsi que les spécialistes en sciences sociales s'en rendent maintenant compte, l'ampleur et l'universalité des actes violents à l'égard des femmes et des filles défient les manières de voir les mieux informées. Il est tout aussi choquant de constater que la plupart de ces actes de violence demeurent non seulement impunis, mais sont tolérés en silence - le silence de la société et celui des victimes. La peur des représailles, > les tabous entourant les questions sexuelles, la honte et le sentiment de culpabilité des femmes violées, l'acceptation aveugle de la tradition et le bâillon de la domination masculine sont autant de facteurs qui jouent un rôle et vont de pair, dans beaucoup de pays, avec la complicité active ou passive de l'Etat et d'autres institutions d'autorité morale. De surcroît, si la violence à l'égard des femmes est aussi vieille que le monde, c'est seulement depuis dix ans qu'elle est publiquement reconnue, systématiquement étudiée et qu'elle fait l'objet de lois l'interdisant dans une mesure tant soit peu significative. Dans les années 90, cette violence a finalement été mise en lumière à l'échelon international et on a reconnu qu'elle constituait une question relevant des droits de la personne. Ce sont des nouvelles encourageantes, et la plus grande partie du mérite revient aux groupes de femmes qui ont lutté dans des conditions extrêmement difficiles pour faire connaître ce problème. Mais ce n'est pas une raison pour baisser les bras. Alors que le second millénaire touche à sa fin, on observe une contre-attaque visant les progrès dans ce domaine - correctement jugés comme une menace pour la suprématie masculine. Quelques études suggèrent même que certaines formes de violence à l'égard des femmes et des filles sont en augmentation. Car la violence antiféminine, dans toutes ses manifestations multiples, n'est pas infligée par hasard et n'est pas de nature sexuelle. Elle sert une fonction sociale délibérée: affermir le contrôle exercé sur la vie des femmes et les maintenir dans leur rôle de citoyens de deuxième classe. Une vigilance constante est nécessaire pour protéger les progrès fragiles accomplis jusqu'à présent, pour continuer dans la voie vers l'égalité - et pour mettre fin au torrent de violence quotidienne qui dégrade les femmes, mais aussi toute l'humanité. |