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Une éducation de qualité: bien des questions, une seule réponse

Harry Sawyerr *

Trois ans avant le nouveau millénaire, 140 millions d'enfants ne sont toujours pas scolarisés, en dépit de l'engagement pris par les pays d'universaliser l'éducation de base d'ici l'an 2000. Un grand nombre des jeunes qui vont à l'école se trouvent compressés sur des bancs trop petits, dans des classes délabrées, sans même une ardoise pour écrire, pendant que l'instituteur débite mécaniquement ses leçons. Au cours des 20 dernières années, tandis que les pays s'empressaient de multiplier le nombre des écoles et des enseignants, la qualité et la pertinence de l'enseignement ont trop souvent été laissées de côté. Mais la quantité ne saurait remplacer la qualité, et il est temps de s'occuper davantage de ce qui se passe dans les salles de classe.

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Comment amener à comprendre les droits fondamentaux de la personne? Réaliser un développement économique et social durable? Résoudre des conflits ethniques? Mettre fin aux discriminations sexistes? Faire disparaître le travail des enfants? Supprimer l'exploitation sexuelle des enfants? Donner espoir à une nouvelle génération d'enfants grandissant dans un monde toujours plus complexe?

La réponse est dans l'éducation - une éducation de qualité, pertinente, qui prépare les jeunes à jouer un rôle constructif dans leur propre développement, dans leur propre communauté et dans un environnement plus large. L'accès à une éducation de qualité est un droit humain fondamental, inscrit dans la Convention relative aux droits de l'enfant. Sans elle peu ou même aucun de ces problèmes ne pourront être résolus.

Les bonnes écoles ne se contentent pas de donner aux enfants les compétences de base, elles leur apprennent aussi leurs droits - et les protègent contre la violation de ces droits. Pour l'Organisation internationale du Travail, le moyen le plus efficace pour juguler l'exploitation du travail des enfants est d'élargir et d'améliorer l'enseignement scolaire de manière qu'il attire et retienne les jeunes.

Ce n'est un secret pour personne que la plupart des pays ne paraissent pas prêts à réaliser la promesse faite en 1990 au Sommet mondial pour les enfants: universaliser l'éducation de base d'ici l'an 2000. On compte aujourd'hui dans le monde quelque 140 millions de jeunes qui ne sont pas scolarisés, et près d'un milliard d'adultes illettrés (dont deux tiers de femmes).

L'éducation se heurte aux mêmes obstacles que le progrès économique et social: la pauvreté généralisée, le manque de personnel compétent, des bureaucraties où toutes les décisions viennent d'en haut, une croissance démographique rapide, la mauvaise répartition des crédits de l'éducation, le gonflement des dépenses militaires, et le fardeau écrasant de la dette extérieure. Mais en fait, toutes ces raisons peuvent se résumer en ceci: c'est la volonté qui manque.

L'éducation exige un engagement plus important que n'importe quelle autre activité de développement, parce que c'est la plus coûteuse. Il ne s'agit pas d'injections sporadiques, mais d'un processus continu qui demande beaucoup de travail. Il faut un personnel compétent, hautement qualifié, capable de poursuivre son dur labeur année après année avec patience et dévouement. Il faut de bons programmes d'étude, ainsi que des manuels, des craies, des ardoises en quantité suffisante. Il faut des bâtiments, et des bancs. Pour fournir tout cela, les pays - et les parents - doivent décider que l'éducation d'un enfant mérite qu'on lui sacrifie d'autres priorités. On ne peut pas rabattre sur le prix de l'éducation.

S'il est possible de mobiliser la volonté requise, il est aussi possible de trouver les fonds. En Afrique subsaharienne, il suffirait de 2,5 milliards de dollars supplémentaires (un cinquième environ des 10 à 13 milliards de dollars que coûte chaque année le service de la dette extérieure) pour assurer à chaque enfant un siège dans une salle de classe. On pourrait aussi trouver cette somme en redistribuant un tiers des crédits militaires de la région. A l'échelle mondiale, la plupart des experts estiment qu'en affectant à l'éducation entre trois et six des 680 milliards de dollars actuellement dépensés chaque année pour les armements, il serait possible de donner à tous les enfants une place dans une école décente.

Ce n'est pas le cas. En Afrique, les crédits moyens de l'éducation, par habitant, sont passés de 41 dollars en 1980 à 26 en 1985, et n'étaient que de 28 dollars en 1995 - des chiffres qui sous-estiment la diminution des crédits, car ils n'ont pas été ajustés en fonction de l'inflation. La part de l'aide internationale allouée à l'éducation a régulièrement diminué, tombant de 17 % en 1975 à 9,8 % en 1990, avec une légère remontée - à 10,7 % - en 1994.

Après la Conférence mondiale sur l'éducation pour tous qui s'est tenue en 1990 à Jomtien (Thaïlande), des pays du monde entier ont fait un effort en vue de scolariser tous leurs enfants. L'accent a été mis sur le nombre - d'écoles, d'enseignants, d'enfants scolarisés. Ces efforts n'ont pas été vains, mais restent insuffisants. Les parents savent reconnaître les écoles qui ne sont pas bonnes, et n'y envoient pas leurs enfants; les jeunes perdent vite tout intérêt pour des programmes et des modes d'enseignement qui ne correspondent pas à leurs besoins. Si l'insuffisance quantitative des écoles et des enseignants est à coup sûr la raison principale de l'échec rencontré jusqu'ici dans l'universalisation de l'éducation de base, l'insuffisance de qualité et de pertinence en est aussi une raison importante, parce qu'elle aboutit à la déception des familles et au gaspillage des ressources.

Si les parents sont persuadés qu'à long terme, les avantages de l'éducation de leurs enfants dépasseront la contribution que ceux-ci pourraient apporter, employés à des tâches domestiques ou à des postes non qualifiés, ils feront leur possible pour envoyer leurs enfants à l'école. Mais dans certains cas cela est irréalisable, pour des raisons économiques. Par ailleurs, des jeunes qui ont commencé leur scolarité abandonnent l'école, parce qu'ils sont mal préparés - soit que, malnutris, ils ne puissent soutenir leur application, soit qu'il leur ait manqué dans leur petite enfance les attentions physiques et émotionnelles indispensables au développement du corps et de l'esprit des jeunes. Tous ces problèmes sont bien connus, et si nous ne nous y attaquons pas, la qualité de nos écoles s'en ressentira.

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