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Coût réel des préparationsLe coût de l'allaitement artificiel est un problème pour les familles, mais aussi pour les ministres des finances. De la Chine à la Zambie, ou encore en Haïti, les pays en développement qui importent des substituts du lait maternel doivent employer pour cela une partie de leurs maigres ressources en devises étrangères, des ressources dont ils ont désespérément besoin pour d'autres priorités vitales. Et par la suite, il faudra encore dépenser de précieux crédits du budget de la santé pour soigner des maladies induites par l'allaitement artificiel. Si les 51 % de mères indiennes qui alimentent exclusivement leur enfant au sein devaient remplacer leur lait par une préparation commerciale, cela reviendrait à quelque 2,3 milliards de dollars. Une étude réalisée en Indonésie dans les années 80 a calculé que les mères «produisaient» chaque année plus d'un milliard de litres de lait, et qu'il en coûterait 400 millions de dollars pour remplacer ce lait maternel par du lait acheté dans le commerce. En outre, on a estimé à 120 millions de dollars les économies réalisées grâce à l'allaitement maternel tant dans les dépenses de santé que par la diminution des taux de fécondité. En Haïti, où le taux d'allaitement maternel exclusif atteint tout juste 3 %, l'achat des préparations pour nourrissons revient à dix dollars par semaine, soit plus du double du revenu habituel dans le pays. C'est pourquoi, lorsque cessent les distributions gratuites et que la mère s'aperçoit que sa lactation a diminué, l'effet est aussi catastrophique. La tentation est énorme, pour les femmes qui ne peuvent se procurer des aliments pour bébés en quantité suffisante, de trop diluer les biberons.
L'initiative des «hôpitaux amis des bébés» est un moyen d'améliorer les taux d'allaitement maternel. Pour qu'un hôpital soit déclaré «ami des bébés», son personnel doit s'engager à ne pas distribuer ou promouvoir de toute autre manière des laits artificiels pour les nourrissons, et à mettre en uvre des mesures spécifiques pour favoriser l'allaitement au sein. Cette initiative est excellente, mais elle ne protège pas les femmes lorsqu'elles rentrent chez elles en quittant l'hôpital, ni les nombreuses femmes qui dans les pays en développement accouchent à domicile. C'est là que la publicité en faveur des préparations pour enfants va les atteindre, par les médias, les représentants des fabricants, et l'influence commerciale des agents de santé au travers de ce qui est dit éducation professionnelle. Pour tenir en bride les multinationales, nous avons besoin de lois rigoureuses qui fassent respecter le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel dans tous les pays. Des lois de ce type sont indispensables pour rectifier des pratiques qui ont sapé l'allaitement maternel, et prévenir ces pratiques dans les pays où les pressions commerciales ne se sont pas encore enracinées. Le respect du Code doit être imposé par les gouvernements qui s'y sont engagés. Avec l'industrie qui accroît chaque jour sa puissance du fait de la mondialisation de l'économie, il n'est pas facile de faire adopter de telles lois. Seize pays toutefois sont parvenus à se doter d'une législation reprenant toutes les dispositions du Code. Quant à savoir si ces lois seront strictement appliquées, c'est évidemment une autre question.
Il n'est pas surprenant que les fabricants aient attaqué certaines de ces nouvelles lois devant les tribunaux nationaux, avec des arguments parfois assez fantaisistes. Ainsi, en Inde, Nestlé a prétendu qu'il lui était impossible de porter sur les emballages mention de la supériorité du lait maternel, comme le veut la loi; celle-ci prévoit en effet qu'une étiquette doit être apposée au centre des boîtes de préparation - or personne ne peut dire où se trouve le centre d'une boîte cylindrique. Les mesures légales ne sont qu'un début. Nous avons aussi besoin de programmes visant à dissiper les mythes qui ont cours sur l'allaitement maternel. Aux Etats-Unis, les attitudes sociales sont telles que les mères qui allaitent dans les lieux publics s'exposent souvent à des ennuis, parfois même de la part de personnels de police ignorant que dans le pays tout entier il est légal d'allaiter en public. Un plus grand nombre de pays devraient suivre l'exemple de la province canadienne du Québec, qui apporte aux femmes un soutien explicite puisque les femmes bénéficiaires d'une aide publique perçoivent un supplément de 50 dollars par mois quand elles allaitent leur enfant. Enfin, l'industrie devrait se demander pourquoi elle s'acharne sur ce marché, étant donné ce que cela coûte à son image. Les multinationales paraissent croire qu'elles pourront avoir leurs opposants à l'usure, mais je me refuse à admettre que l'IBFAN - ou tous autres organismes ou personnes au courant des faits - puisse céder dans une bataille qui a pour enjeu la vie d'un million et demi de nourrissons par an. Les profits tirés de la fabrication de laits artificiels pour les bébés ne peuvent sûrement pas être si importants qu'ils disposent les multinationales à mettre en danger les bénéfices qu'elles retirent de leurs autres produits en poursuivant avec entêtement pour les préparations des stratégies de marketing contraires à l'éthique. Il ne faudrait faire aucune publicité en faveur des laits artificiels pour les bébés, un point c'est tout. Il y a une place, c'est vrai, pour ces aliments, mais cette place est dans les pharmacies. Il faudrait que les femmes réfléchissent sérieusement à leur décision quand il s'agit de choisir entre lait artificiel et allaitement maternel. Elles sont libres de préférer le premier, mais ce choix doit être éclairé par la vérité sur le coût réel que cela impliquera pour elles et pour leur enfant. |